CHAPITRE IV
CLASSIFICATION GÉNÉALOGIQUE DES LANGUES
La classification dans les langues a toujours été généalogique, car la dérivation, ainsi qu'on rappelle, n'est pas autre chose que la filiation. On peut dire que la linguistique est la première en date qui ait conçu et appliqué la vraie méthode de classification. Si les sciences naturelles sont restées si longtemps aveugles en présence de cette vérité, c'est que l'esprit humain est lent à comprendre les phénomènes qu'il a sous les yeux. Une fois entraîné dans une fausse voie, il a de la peine à s'élancer hors du sentier battu. Ce n'est que contraint par l'évidence et par le nombre accablant des preuves qu'il se décide à secouer sa vieille erreur et le joug de la tradition.
Puisque les langues se classent par dérivation, c'est-à-dire par élément généalogique, il n'est pas douteux que les règles suivies par les philologues ne
soient, dans un autre ordre, celles mêmes de la méthode naturelle.
§ ^*^ Constance de structure.
Dans les espèces, la communauté d'origine est attestée par la constance de structure, soit dans les organes de haute importance physiologique, soit dans les organes d'une importance physiologique quelconque.
Dans les langues, elle est attestée par la constance de structure, soit dans lès radicaux, organes lexicologiques de la plus haute importance, soit dans les flexiqns, org?ines d'in^portance variée',
JjC tableau suivai^t met en évidence la commui^^uté d'origine des langues dérivées du latin, sous le rapport (Je I4 constance do structure (1).
Mots latins : 1^ Pa,tçr, père ; 2^ Ma,tçr^ mève ; 3° «/wvenis^ jeune; 4"* Novus, neuf; 5° Septem^ sept.
LAl'lM
UUGUI d'oc.
LAHGCI d'oui.
ITiUKI
ESPA6H0L
portugais
VALAQÙE
i" Pater
Pair
Pair, peire
Padre
Padre
Pai, padre
Pariaté
a» Mater
Maire
Maire
Madré
Madré
Mai, madré
Maica, mania
Z'^ Juvetùs
Jove
Joesne
Giovane
Joven
Joven
June
4« Novua
Nou
Neuf
Nuovo
Nuevo
Novo
Nou
5"* Septem
Set
Set
Sette
Siete
Sette
Sépte
Si l'on dressait un tableau comparatif des mots qui
(1) Voir E;gger, Grapimaire com^uirée.
composeat ces diverses langues, on reconnaîtrait facilement et du premier coup d*œil celles qui, par les variations et les sélections, se sont le plus écartées de la langue-mère.
§ 2®. Vestiges de structure primordiale.
Dans les espèces, la communauté d'origine est décélée par les vestiges de structure primordiale : i** organes rudimentairas ou atrophiés; %'' structure de Tembryon.
Dans les langues, elle est décélée : 1^ par les lettres rudimentaires ou atrophiées ; 2° par la structure embryonnaire, c'est-à-dire par la forme qu'avaient les mots et l'orthographe d'une langue dans Içs premières phases de sa création.
Nous avons donné, par analogie, le nom d'atrophiées aux lettres redondantes et sans emploi, et celui de rudimentaires aux lettres -qui, sans emploi dans le mot primitif, jouent un rôle dans les n^ots dérivés. Exemple : dans le mot sang, le g est rudimentaire, parce que, sans emploi dans ce mot, il sert à la forma* tion de l'adjectif sanguin. Nous donnerons le nom de rudimentaires mixtes aux lettres qui, sans emploi dans le mot primitif, subissent une transformation dans les dérivés. Tel le d de pied, dans les dérivés piéton, piétiner; tel le z de nez dans les dérivés nasal, nasiller {i)i
(I) Voir les lois de ces chiiv^ 'méats dans A. Bracbet. Grammaire historique*