FRANÇAIS MODERNE
Ancêtres*
!• Fio«, Sar«m
2» Stellaias
3° Anima
4* Garo, carnom
Fo*iii6s mtennédiaires.
V\9T, ik>«r
Estelé, cstoilô Aneme, anmo Carn, charn
Hejeions wmntat
Fleur
Etoile
Ame
Chair } adjectif charnel
Un vieux mat français, pouiUc (liste des biens d'un monastère), venait d'un mot grec par Tintermcdiaire des transcriptions latines, polyptyç/^m, polypticum^
pûtepticum, polettcum, pûlêgiftm, pukrfinHi, d'où le français pouillé. Voilà donc une sôric de mol» ëieinin qui lient une expression française, éteinte elle-môme, à lin ancêtre grec. Ainsi, dans le tableau dos hyènes de M. A. Gaudry, Yhyœna eximia unissait r^y«?nrt bruvirostri^ h VhyœnicHs de Pikcrmi, tous animaux h ja» mais disparus (1).
Mais Texemple le plus frappant peut-être est celui qui nous est donné par le pronom /«?. /e vient du latin Égof
l" Au IX' siècle, ^ {g) o est devenu eo, par la suppression fréquente du g. Exemples : Li (g) o, je lie ; Ne {g) 0, je nie; NI (j^) ella, la nielle, etc. Dans le serment de Louis le Germanique t eu snhamij je sau* verai.
2° Au X° siècle, eo est devenu w, par le changement fréquent de Te en t. Exemples ineê, ^e nie^fer» ûx; cerût, cire, etc.
d*" Au Xlfl'' siècle, io est devenu /o, par le changement régulier de Yi&aj. Exemples i Dibiomfn, DA* jonem^ Dijon; gobianem, gobjonem, goujon) rabiem^ rabjetn, rage; diluvium, diluvjum^ déluge» etc»
4"" Jo est devenu Je^ par une modification du son facile à comprendre*
Le naturaliste qui nie la communauté d'origine de réléphant et du mastodonte^ quoique les membres de ces animaux soient presque semblables et que les découvertes modernes aient intercalé entre eux plus de
(1) Voir page <00,
yîngt-siz espèces, doit être singulièrement étonné de la hardiesse du linguiste. Quoi! Je serait le petitfils de Egol... Us n'ont pas même une lettre commune. — Qu'importe! Grâce aux intermédiaires, nulle filiation n'est plus certaine, (i) — On pourrait appliquer textuellement à ces deux mots ce que Darwin dit de quelques espèces naturelles : « Il y a des crustacés aux deux extrémités de la série qui ont à peine un caractère commun ; et cependant les espèces les plus extrêmes des deux bouts de la chaîne étant évidenmient alliées à celles qui leur sont voisines, cellesci encore à d'autres et ainsi de suite, toutes sont aisément reconnues comme appartenant, sans doute possible, à cette classe particulière des articulés et non aux autres. »
Condiision. — A toutes ces similitudes, à ces analogies vient se joindre une dernière analogie, une dernière similitude : la manière' dont se présente le problème de Torigine^ Les langues dérivent-elles d'une ou de plusieurs langues?... Les espèces sont-elles issues d'un ou de plusieurs couples ?. . . C'est ce que Ton ne sait pas, ce que l'on ne saura jamais. Il en est de toute origine comme de tout idéal : chaque effort rapproche de lui sans qu'on puisse jamais l'atteindre. La science, par ses découvertes graduelles, restrein-
(1) Jour vient de Dies! adjeetif diumus, djumus (italien giorno qu'on prononce djomo); d'où les mots français Jor, jour; ce qui explique les dériTés journée, journal^ etc.
dr^ le nombre des espèces génératrices^ comme la philologie celui des langaes-mères ; mais l'unité primordiale fuira sans cesse devant elles. Elles la concevront, cette unité, comme le type suprême ; elles l'établiront comme le couronnement de leurs démonstrations ; mais, impuissantes à en prouver expérimentalement Tezistence, elles ne pourront pas s'écrier : L'unité est une réalité I Elles diront seulement : C'est un idéal ! Et la certitude de leurs inductions n'en sera pas ébranlée ; car, fondées sur les faits et l'observation exacte des choses, elles peuvent braver les colères mystiques ou les critiques attardées. Fortes, invincibles comme la vérité, elles attendent avec sécurité le jugement de l'incorruptible avenir.
LA SÉLECTION