‹ Le Darwinisme (volume 2)Chapitre 43 sur 65 · V. — Soulèvement de la côte de Norwége. — Le · texte numérisé non relu

V. — Soulèvement de la côte de Norwége. — Le

soulèvement de la côte de Norwége où se trouvent

(1) Comptes-rendus de r Académie des sciences^ 1869^ page 637.

(2) LyeM. — Ancienneté de thomme, pages 39^ â9, ^1, Q9>, 399^ H5,

les cottdies marines post-lertiaires, en supposant que la rapidité d'exhaussement vertical continu fût de 75 centimètres par siècle (ce qui est une moyenne très-élevée), ce soulèvement exige au moins 24,000 ans.

VI.— Submersion du pays de Galles.— La submersion du pays de Galles, d'après l'amplitude de 420 mètres que prouvent les coquilles glaciaires, exigerait 56,000 ans. M. le professeur Ramsay, d'après ses propres observations, évalue cette durée à plus du triple.

VIL — Tourbes de la Somme. — L'évaluation des années qu'a demandées la formation des tourbes de la Somme est presque impossible, tant le non^re en est effrayant. Ces tourbes ont 9 mètres d'épaisseur. Or, M. Boucher de Perthes, d'après ses recherches et ses observations, estimait que l'accroissement par siècle ne devait pas dépasser 3 centimètres. Mais, comme le fait observer judicieusement sir Ch. Lyell : «Il ne faut pas chercher à appliquer en France la loi de l'accroissement trouvée en Danemark : les différences dans l'humidité du climat, dans l'intensité et la durée des chaleurs de Tété et des froids de l'hiver, aussi bien que la diversité des espèces de végétaux dominants, sont autant de causes qui modifient l'accroissement de la tourbe quand il s'agit de comparer non-seulement diverses contrées de l'Europe, mais

môme deux périodes successives dans un môme pays. »

VIII. — Bancs de houille. — D'après le calcul de M. Élie de Beaumont, le charbon que pourraient fournir nos forêts actuelles formerait, tout au plus, sur rétendue des houillères exploitées, une couche de 16 millimètres en cent ans. Or, dans le midi de la France, on trouve des bancs de houille qui ont 30 mètres de profondeur. En accordant à la végétation des temps anciens une activité dix lois plus grande, la durée de formation dépasserait encore 18,000 ans,

IX.^Corau2fdes îles (1).— Certaines espèces de po- .lypes vivent à une profondeur de 400 mètres dans la mer. Il n'en est pas de même des coraux. Ils vivent près de la surface et ne s'en éloignent pas plus de 40 mètres. Ces deux conditions sont indispensables à leur vie. L'agitation de la surface entraîne loin d'eux les matières rejetées ou sécrétées par leur corps, lesquelles seraient pour eux un poison, et en même temps leur amène incessamment leur nourriture. Ainsi, le corail est limité dans son accroissement : il ne peut ni vivre hors de l'eau ni s'étendre en profondeur. Qu'arrive-t-il lorsque les polypiers ont atteint la surface de l'eau? L'existence deviendrait pour eux im-

(1) Genres asirée, caryophylUe^ méandrine^ oculioe^ madrépore^ etc; ce sont les deux genres astrée et caryophyllie qui contribuent le plus à la construction des récifs.

possible si le sol ne s'affaissait lentement et ne laissait toujours une nappe d'eau suffisante au-dessus de la colonie qui continue de s'accroître. Si donc on peut, par une observation attentive, constater quel estTaccroissement d'un corail par an, on aura un moyeu certain de calculer le nombre d'années qu'aura exigé la formation d'un polypier. Voici le résultat des études faites par plusieurs naturalistes :

D*après M. Dana, les madrépores branchus croissent de 41 centimètres par an.

M. Hunt observa à Wcstkey, dans la Floride, en 1857, une méandrine qui avait acquis en onze ans 165 millimètres, c'est-à-dire 15 millimètres par an.

Une oculine, observée par le même naturaliste, croissait environ de 19 millimètres par an.

M. Ehrenberg, qui a consacré plus d'une année à l'examen des coraux de la mer Rouge, attribue des milliers d'années h des m(5andrines ayant 2 mètres 74 centimètres de diamètre.

En possession d'un tel critérium, on peut avec méthode et sûreté déterminer l'âge d'un polypier. Deux exer^ples suffiront, le premier emprunté aux îles Fidji, le second aux récifs de la Floride.

1° Les récifs coralliens des îles Fidji ont jusqu'à 900 mètres de hauteur. Or, l'accroissement annuel du corail générateur est d'environ 3 millimètres. H s'ensuit que Je récif des îles Fidji atteste au moins 300,000 ans d'existence.

2^ Sans parler des récifs des îles Gambier qui ont 300 mètres ni de ceux de Taïti qui ont 76 mètres, \me

preuve éclatante de longue durée nous est fournie par les récifs de la Floride. C'est au célèbre naturaliste Agassiz, adversaire déclaré du Darwinisme, qu'on doit ces belles observations. 11 avait d'abord estimé que les quatre bancs concentriques qui entourent la pointe méridionale de la Floride remontaient à plus de 30,000 ans. Tel était le résultat d'une première étude en 1851. « Or, un nouvel examen des récifs de la Floride, dit Agassiz en 1869, m'a convaincu que cette estimation tombe au-dessous de la réalité. Le temps moyen du développement des coraux, déterminé par l'observation directe, n'est pas de moitié aussi rapide que je l'avais supposé d'abord. Je suis maintenant convaincu qu'on peut, sans exagération, porter l'âge de ce récif à 100,000 ans, tant sont lentes toutes les opérations de la nature. » D'après la nouvelle évaluation d'Agassiz, il faudrait porter au double le temps nécessaire à faire émerger de TO^ céan la partie de la péninsule de la Floride située au ^ud du lac Ogeechobée. Or, eh 1857, Agassiz avait attribué à cette période de temps une durée de âOO,000 ans (1) !

X. — Conclusion. — Nous voilà bien loin des six mille ans de Cuvier* Et si l'on songe que ce n'est pas seulement dans le cercle restreint de la dernière épo- 'que géologique, mais dans la série entière des évolu-

(1) Agassiz. De Vespèce et de la dassifœatioH en zoologie^, pages 80, fili

Voir aussi Sonrel* Fond de la mer, page 314 et suivantes.

lions terrestres que se meut la théorie de la variabilité, que restera-t-il de cette objection fondée sur la limitation du temps? Guvier lui-même n*a soutenu que dans son premier Mémoire la théorie des destructions totales suivies de créations d'êtres entièrement nouveaux. Ne dit-il pas dans le paragraphe même où il assigne la date de six mille ans au dernier cataclysme : « C'est depuis cette révolution que le petit nombre d'individus épargnés par elle se sont répandus et propagés sur les terrains nouvellement mis à sec. » A l'article Nature du Dictionnaire des scienùes naturelles, il va même jusqu'à écrire : « Nous ne croyons pas même à la possibilité d'une apparition successive des formes diverses. » S'il y a une doctrine aujourd'hui qui ait Tassentiment des géologues, c^est qu'il n'y a jamais eu de destructions totales et que la chaîne des êtres n'a jamais été violemment interrompue. Le débat sur la descendance modifiée des espèces ne peut donc pas être écarté par une objection qui se fonde sur une évaluation aujourd'hui convaincue d'erreur. C'est sur le terrain même de la longue durée des époques' géologiques qu'il doit être porté, ainsi que l'a fait Agassiz. Quelle que soit la divergence (les opinions sur ce point, il n'en est pas moins vrai que les évaluations, même les plus modérées, suffisent à la théorie darwinienne. « La théorie dynamique de la chaleur du soleil, dit sir W. Thomson (1), rend

(1) Revue des Cours sciefiti figues, 6® année, page 39.

presque impossible Thypothèse que la surface de la terre ait été illuminée par le soleil pendant un grand nombre de dizaines de millions d'années. Enfin, formellement, lorsque nous considérons Tétat de la température souterraine, nous sommes conduits par toute espèce de considérations à conclure que Tétat actuel des choses sur la terre, la vie que nous j voyons, toute la série zoologique dont nous considérons le développement, doivent être limités à une période d'une centaine de millions d'années. )> Cent millions d'années !... A défaut de l'infini, c'est encore un assez vaste champ : la théorie de Darwin peut aisément s^en contenter.

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