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LA SÉLECTION NATURELLE

Lorsque rhomme veut créer une race capable de briller par une qualité déterminée^ il choisit (4) avec soin ceux des animaux qui déjà possèdent à un certain degré la qualité voulue, et il les accouple. En vertu de la loi d'hérédité, cette qualité se fixe dans la progéniture et y prend d'ordinaire un épanouissement croissant. Telle est la sélection de t homme ^ sélec^ tion méthodique et consciente*

Puisque les individus ont à lutter, soit entre eux pour la possession de la nourriture, soit contre le climat et tous les accidents de la nature extérieure ; bref, puisque la concurrence vitale est la loi universelle, il est nécessaire que les uns succombent dans la lutte, tandis que les autres triomphent grâce à

(1) En latin seligere^ choisir ; seleûtxo, choixi

des qualités particulières mieux appropriées aux conditions du combat. C'est à cette supériorité relative qu'ils doivent d'avoir survécu. En leur accordant cet avantage, la nature les a pour ainsi dire marqué de son sceau et choisi comme vainqueurs dans la bataille pour la vie. Telle est la «efec^ionna^wre/fe, conséquence nécessaire de la concurrence vitale.

I. — Sélection de l'homme. — ((La nature fournit les variations ; l'homme les ajoute dans une direction déterminée par son utilité ou son capriôe. » (Darwin). Au XVIIP siècle, toutes les laines pures venaient d'Espagne. Le gouvernement français, voulant s'affranchir de ce tribut, chargea Daubenton de créer avec les races françaises une laine aussi belle que celle des mérinos d'Espagne. Daubenton prit des béliers de Roussillon et les unit à des brebis de Bourgogne. Les expériences se faisaient à Montbard, dans la Gôte-d'Or. La laine d'Espagne se distingue par quatre qualités : longueur, abondance, finesse, pureté. Les béliers du JEloussillon avait une laine longue de six pouces, les brebis de Bourgogne une laine de trois pouces. Dès la première génération, Daubenton obtint une longueur de cinq pouces. En choisissant pour chaque accouplement les sujets à laine plus longue, Daubenton, au bout de sept à huit générations, avait obtenu une laine de vingt-deux pouces de longueur. La toison du premier bélier pesait deux livres; celle du huitième en pesait douze. La finesse et la pureté furent obtenues dès les premiers accouplements.

Sous la main des éleveurs, Torganisation d'un animal est comme une matière plastique que l'homme peut modeler au gré de sa fantaisie. On sait quel est le grand nombre des races de pigeons et quelles différences profondes semblent les séparer, «c En trois ans, disait sir John Sebright, je reproduirai quelque plumage que ce soit. Mais il m'en faudra six pour obtenir la tête et le bec. »

II. — Sélaetion de la nature. — Ce que l'homme fait d'une manière méthodique et consciente la nature le fait, à la longue, par l'action des lois qui régissent le monde physique. Par naturty il faut entendre l'action combinée et le résultat complexe des lois naturelles; et par /où, la série nécessaire des faits telle qu'elle nous est connue aujourd'hui.

Supposons une espèce de loups qui se nourrissent de divers animaux, prenant les uns par ruse, les autres par force, ceux-là par agilité. Supposons que, par suite d'une disette ou par toute autre cause, la seule proie restant dans la contrée soit le daim. Il s'ensuit que parmi les loups ceux-là seuls survivront à la famine qui joindront la force à la plus grande agilité. De là une descendance de loups dont la vitesse ira croissant par accumulation sélective. De là aussi et parallèlement la diminution progressive du gibier. Si, au contraire, la proie eût été un animal de haute taille, ce sont les loups doués d'un corps trapu et vigoureux qui eussent triomphé de la concurrence vitale.

Cette hypbthëse eilt depuis longtemps réalisée. Dans les ttidfitagneë de Gatskill aux Etats-Unis^ il existe deux Variétés dé loUps>L'utle^ dé forme élancée, assez semblable à nos lévriers, poursuit les bêtes fauves. L'autre, plus itlèlssive, attaqué fréquemment les troupeaux.

ni. — Différence entre la sélection de l'homme et la sélection de la nature. — i"" L'homme. — L'homiflé hë choisit qu'eti vue de son propre avautÂge. Il gàMë dâh^ Ift mdmé contrée les natifs de divers cliitlktl^ ; tl exercé rarement d'utie manière spéciale et convenable eUaque organe nouvellement abquis ; il tloùrHt deis mômes alimeUta un pigeon à bec coUt^t et Uti pigedn à bec long ; il expose au même climat les mdutdns à laine épaisse et les moutons à UiUé f at*é ; il ne piermet pad aux mâles les plus vigdUreUt de côihbattre pour s'approprier les femelles ; il tiô déti^Uit pas rigoureusenient tous les individus inférieurs ; mais autant qu'il est en son pouvoir de le faire, il protège en toute saison tous ses produits ; ehfiti, il (commence souvent son Action sélective par qUël(|ue forme à demi ihonstrueUse ou au moins par quelque modification assez apparente pdur attirer son attentioh ou pout* lui être immédiatement utile. En Un Ulotj rhomme choisit eiî vue de soh propre bien, cu Vue du bien de Thommex

2" La mature, -^ La nature choisit seulement en vue du bien de l'être dofit elle preiid soin. Elle accorde son plein exercice à chaque organe nouvelle-

ment formé ; et l'individu modifié est placé dans les conditions de vie qui lui sont le plus favorables. Sous la loi de nature, la plus insignifiante différence de structure ou de constitution suffit à faire pencher la balance presque équilibrée des forces ; elle peut ainsi se perpétuer. Les caprices de Thomme sont si changeants, sa vie est si courte, comment ses productions ne seraient-elles pas imparfaites en comparaison de celles que la nature peut perfectionner pendant des périodes géologiques tout entières! Journellement, à toute beqre et h twers le monde entier, la sélection naturelle scrute chaque variation, .môme la plus imperceptible, pour rejeter ce qui est mauvais, conserver et ajouter tout ce qui est bon. Elle travaille ^insi, insensiblement et en silence, partout et toujours, Jès que l'opportunité s'en présente, au perfectionnement de chaque être, par rapport à ses conditions d'ej^istenco. Nous ne voyons rie^ de ces lente§ et progressives transformations jusqu'^ ce que la main du temps les ait marquées de son empreinte ; et môme alors, nos aperçus i^ travers les incommensurables périodes géologiques sont si incomplets que nous voyons seulement une chose : c'est que les formes vivantes sont différentes aujourd'hui de ce qu'elles étaient autrefois.

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