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IL -^ Variation désordonnée et retour au type

— Un exemple de variation désordonnée avec retour au type a été donné précédemment (croisement de la linaire jaune et de la linaire rouge). En voici un autre, emprunté au règne animal (insectes). Il s'agit du croisement du ver à soie de l'allante, bombyx cynthia^ avec le ver à soie du ricin, bombyx arrindia, essayé en 1859 par M. Guérin de Méneville. Les hybrides obtenus participaient des deux types, mais plutôt du type allante» Ce cachet général se retrouvait à la fois dans les papillons et dans les cocons. Croisés entre eux, ils donnèrent une deuxième génération où l'uniformité qui les distinguait disparut : la diversité des couleurs se manifesta entre les papillons ainsi qu'entre les cocons (variation désordonnée). A la troisième génération, les hybrides produits retournèrent les uns au type riciujles autres au type ailante; la presque totalité au type ricin (retour au type)*

III. — Greffe animale et végétale. -^ On sait que greffer un végétal sur un autre, c'est, quel que soit le procédé, transporter un fragment (bourgeon) d'un végétal sur un tronc étranger. Or la greffe peut s'exercer entre racés de même espèce, ou entre espèces du même genre, ou entre espèces de genres différents.

Il y a donc là des phénomènes analogues, mais simplement analogues^ à ceux du métissage et de l'hybridation.

Il résulte des expériences faites entre végétaux que la greffe réussit toujours entre les races d'une même espèce, à condition qu'on prenne les précautions ordinaires; qu'elle réussit souvent entre espèces du même genre, ce qui étend la limite de reproduction; qu'elle ne réussit jamais entre espèces de genres différents.

Dans ces dernières années, plusieurs habiles physiologistes ont fait des essais de greffe animale, qui ont été couronnés de succès. Il faut entendre par greffe animale le transport d'une partie d'un animal sur un autre animal. Deux expérimentateurs se sont particulièrement distingués dans cette voie nouvelle, MM. les chirurgiens OUier et Paul Bert.

M. OUier a transporté des fragments de périoste (membrane fibreuse, blanche et résistante qui enveloppe l'os) pris à certains animaux de même espèce ou d'espèces différentes. Dans le premier cas, il a toujours vu la greflfe implantée «ans le nouvel organisme s'y développer et produire un tissu osseux normal. Dans le deuxième cas, elle s'est toujours déformée et n'a donné naissance à aucun tissu.

M. Paul Bert a opéré surtout avec des queues de rat qu'il a implantées ou introduites sous la peau de différents animaux. Sur les rats et les mulots l'expérience a toujours réussi. Par exemple, un fragment de deux centimètres de la queue d'un jeune rat, inséré sous la peau d'un rat du même âge, acquit en

trois mois le développement normal do neuf centimètres. Sur les chiens et les chats, l'insertion de courts fragments de queue de rat amenait toujours Tun des deux résultats suivants: ou bien il y avait inflammation, suppuration et finalement expulsion de ce , corps étranger; ou bien il était résorbé par une espèce de digestion locale.

On voit par là que les phénomènes de greffe animale présentent une grande analogie avec ceux du ^métissage et de Thybridation.

Appendice. — On peut affirmer qu'une partie détachée du corpsid'un animal conserve- pendant quelque temps une vie individuelle. Quelle est la durée et la vigueur de cette vie partielle ? Voici le résultat de quelques expériences.

M. 011 ier a remarqué qu'uii lambeau périostique pris sur un lapin mort depuis vingt-quatre heures, était encore susceptible d'ôtr^ greffé sur un autre lapin. Bien plus, ce tissu gardait la propriété de donner naissance à un os nouveau. Il avait donc pu conserver, après ce qu'on appelle la mort de l'animal, sa vie individuelle et ses propriétés spéciales.

La greffe la plus surprenante est peut-être la suivante : M. Bert coupa la queue d'un rat; il la mit sécher dans le vide de la machine pneumatique et dans le voisinage d'acide sulfurique concentré, afin de lui enlever toute l'humidité qu'elle pouvait contenir. Puis il la plaça dans un tube de verre et pendant cinq jours l'y laissa ^enfermée. Au

bout de ce temps, il la soumit pendant plusieurs heures à une température de 98** ceotigrades, dans une étuvc sèche, puis il la remit pendant quatre jours dans son tube. Enfln, jugeant Tépreuve suffisante, il greffa sur un autre rat cette véritable momie animale. Le succès fut complet. La greffe reprit si bien que, trois mois après, des vaisseaux s'étaient formés dans la partie greffée, absolument confine si elle eût été transplantée toute fraîche d'un animal sur un autre.

M. Bert a ^aussi tenté avec un plein succès la soudure entre deux animaux : c'est ce qu'il appelle la greffe siamoise.

1* Greffe siamoise entre individus de la même race. — Deux rats blancs, âgés de quinze jours, furent soudés l'un à l'autre par la partie latérale du corps. Pour cela, une plaie fut faite à la peau; puis, une suture réunit, d'un rat à l'autre, les lèvres de cette plaie mitoyenne; enfin un bandage maintint l'un contre l'autre ces deux animaux, si bien qu'au bout de six jours, ils étaient solidement unis par la cicatrice et qu'on put les abandonner à eux-mêmes. Au moyen d'une solution alcoolique d'atropine, M. Bert constata que les vaisseaux des deux animaux communiquaient entre eux.

2° Greffe siamoise entre individus d'espèces voisines. — Un rat blanc fut soudé à un surmulot; un autre rat blanc à un rat de Barbarie. D'une façon générale,

M. Bert a remarqué que deux rats greffés Tun à l'autre se prenaient d'une aversion qui croît avec Fâge. Au bout de deux mois au plus, il faut les séparer : ils s'entre-dévoreraient.

3° Greffe siamoise entre individus d espèces éloignées, —L'opération est difficile et demande les plus grandes précautions. M. Bert a réussi à souder un rat et un chat ! (Docteur Marey.)

Les anomalies des animaux que les saltimbanques montrent dans les foires proviennent généralement de greffes animales.

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