‹ Le Darwinisme (volume 2)Chapitre 52 sur 65 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'hybribité.

On appelle hybridation Taction de croiser deux espèces distinctes; l'hybride est Têtre produit par ce croisement, lorsque celui-ci est fécond. L'hybrîdité est la condition de ranimai ou du végétal hybride.

I. — Fécondité bornée ou infécondité des uniônii entre espèces. -— Dans les deux règnes, végétal et animal, le croisement entre deux espèces éloignées est toujours stérile. La fécondité entre les espèces voisines çst donc la seule dont on puisse donner des exemples. Inutile d'ajouter que le mot espèce est ici nécessairement employé dans le sens morphologique.

Yégétaux. — Le croisement entre espèces voisines donne presque toujours des hybrides; mais ces hybrides sont le plus souvent stériles ou retournent promptement au type primitif. Sauf une exception, celle de

Vœgilops speltœfoj^nis dont il sera parlé avec détail, on peut affirmer qu'il n'existe pas de races hybrides méritant ce nom.

Animaux. — § État sauvage. — En général, les hybridations naturelles sont extrêmement difficiles : les animaux paraissent répugner à ces unions en quelque sorte forcées.

Entre mammifères, on ne peut citer aucun cas.

Chez les oiseaux, on a constaté quelques hybridations entre les perdrix et les tétras, entre l'hirondelle de fenêtre et l'hirondelle de cheminée, entre la bergeronette grise et la noire, entre la corneille mantelée et la noire. On ignore si les accouplements ont donné naissance à des hybrides, excepté les unions des perdrix et des tétras (coqs de bruyère, gélinî)ttes, lagopèdes). *

Entre reptiles, aucun exemple. Il yésulte des fécondations artificielle^ tentées par Spallanzani (4) que le liquide fécondant du crapaud n'exerce aucune action fertilisante sur les œufs de grenouille. L'humeur des crapauds empoisonne les grenouilles; ^elle les tUe généralement dans l'espace d'une heure. Il suffit même^ d'en étendre une certaine quantité sur le dos de l'animal pour obtenir ce résultat. Mais elle n'exerce aucune action toxique sur les crapauds eux-mêmes (Vul-

(1) Spallanzani^ chirargien et naturaliste italien^ né eu 1729, mort en 1799.

pian). Ce qui prouve que les grenojiilles appartiennent à une espèce très-distincte.

§ État domestique ou captivité, — Voici le résumé presque complet des hybridations chez les mammifères, obtenues par les soins de Thomme.

1° Tigre et lion. — En captivité, le tigre et la lionne ont donné naissance à des hybrides qui n'ont jamais été féconds (i).

2° Ane et hemione. — L'union de l'hémione et de l'âne est féconde. On a obtenu, au Muséum, en croisant l'hémione et l'ânesse, un hybride mâle qu'on avait appelé Polka. Cet hybride a pu féconder des ânesses et des hémionesses.

3* Ane et jument. — De l'union d% l'âne avec la jument naît le mulet, hybride très-ardent, mais infécond. Après avoir observé les faits contemporains, recueilli et contrôlé les fitits anciens, on est arrivé aux trois conclusions suivantes :

(1) Dans une ménagerie anglaise^ une tigresse originaire de Calcutta eut, en dix années^ cinq portées d'un lion né en ménagerie d'un lion de Barbarie et d'une lionne du Sénégal. Les trois petits de la dernière portée survécurent seuls, m Moins rayés que les vrais tigres^ ces hybrides l'étaient plus que ne le sont les lionceaux, et, sous ce rapport, leur robe tenait à peu près le milieu entre celle des deux espèces dont ils descendaient. De même pour la physionomie. » (Gervais.)

A. Infécondité absolue des mulets unis aux mules ;

B. Infécondité probablement absolue du mulet uni, soit à la jument, soit à Tânesse;

C. Fécondité extrêmement rare de la mule croisée avec le cheval ou avec Tàne.

4® Cheval et ânesse. — Le produit de Thybridation du cheval et de Tânesse est le bardot. Le bardot étant plus faible et plus petit que le mulet, on tfa aucun intérêt à le faire naître ni à le propager.

5** Chien et loup, — Voir le 'chapitre précédent, ainsi que pour le croisement du chien et du chacal.

6** Lièvre et lapin. — On appelle léporides les produits de rhybrîdition du lièvre et du lapin. Cette hybridation, constatée d'abord en 1774 par Tabbé Dorainique Gagliori, a été, en 1850, l'objet d'une exploitation industrielle par M. Roux, président de la Société d'agriculture d'Angoulême. D'une longue controverse, d'une enquête sérieuse ainsi que d'expériences faites avec succès par M. Gayot, il résulte que le lièvre s'unit aux lapines et donne naissance à des hybrides, lesquels retournent au type lapin vers la troisième génération.

7° Chèvres et brebis. — Au Chili, on croise facilement le bouc et la brebis. L'hybride, appelé chabin

ou ovieapre, est l'objet d'un fructueux commerce. D'après le témoignage décisif de M. Qay, le chabin retourne aux espèces pures au bout de quelques générations.

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