CHAPITRE
l'espèce humaine.
L'ensemble des animaux qu'on appelle hommes présente trois groupes principaux : le groupe blanc ou caucasique, Tolivâtre ou asiatique, le noir ou africain, lesquels se subdivisent eux-mêmes en groupes secondaires. Ces groupes sont-ils des races ou sont-ils des espèces? Doit-on dire Y Espèce humaine ou le Genre humain'} Si les groupes sont les diverses races d'une même espèce, il s'ensuit que l'espèce humaine a pour origine un seul couple de parents. Les partisans de cette doctrine se nomment, pour ce motif, monogénistes (fzdvoç, unique; yévoç, origine). Si les groupes sont les espèces distinctes d'un genre, chaque espèce descendra d'un couple distinct; le genre humain aura donc plusieurs souches : d'où le nom de polygé-
nistes (tto^vî, plusieurs; ysvoç, origine) donné aux partisans de cette dernière doctrine (1).
Au fond, ce qui divise les monogénistes et les polygénistes, c'est la manière dont ils entendent TespèGe. Pour les monogénistes l'espèce réside essentiellement dans la filiation : c'est l'espèce physiologique. Les polygénistes, au contraire, définissent l'espèce par la structure et la forme : c'est l'espèce morphologique. On sait, par lés discussions précédentes, quelle est,
(1) L'ardeur étrange qui a eoflammé la querelle entre les monogénistes et les polygénistes tient à Tintroductiou, dans le débat, d'une question religieuse et d'une question sociale.
Comme la Bible enseigne que les hommes descendent d' A ~ dam et d'Ëve^ les biblistes se sont fait monogénistes ; les antibiblistes, par un sentiment d'hostilité, ont adopté le polygénisme.
Quant à la question sociale^ l'Amérique a eu le privilège et aussi les douleurs de la poser et de la résoudre. Les partisans de l'esclavage ont soutenu le polygénisme afin de ranger les nègres, leurs victimes, dans une espèce inférieure. Le nègre n'étant plus le frère du blanc, mais quelque chose d'intermédiaire entre le blanc et la brute, les esclavagistes s'arrogeaient le droit d'en user comme d'un bœuf ou d'un porc. Phénomène imprévu ! on vit môme des monogénistes soutenir non-seulement la légitimité, mais encore la sainteté de l'esclavage, et cela au nom de la Bible ! Voici l'admirable fondement de leur démonstration : Noé, un jour, s'étant soûlé de vin, tomba ivre-mort dans sa tente. En sie roulant à terre, au mjlieu de ses vomissements, il s'était décoijvert le corps d'une façon peu décente. « Et Cham, père de Chanaan, ayant vu la nudité de son père, sortit et le rapporta à ses deux frères. » {Genèse ^ chap. ÏX, verset S2.) Ainsi la Bible ne dit même pas que Cham
ù nos yeux, la véMlable, la seule espèce ; on sait aussi quel arbitraire règne dans Timportance que chaque naturaliste attache à tel ou tel caractère morphologique. Par conséquent, la logique comme la vérité nous conduisent à l'expose des raisons qui militent en faveur du monogénisme. Bien entendu, le monogéniste, tout en adoptant un seul couple comme point de départ de l'humanité, s'inquiète peu de savoir quel était le nom de ce couple, ni comment il est apparu sur la terre : ce n'est pas son affaire.
30 soit moqaé de son père. En supposant même qa'il Te ùt fait, c'eût été eans doute une action réprébensible. Mais, au demeurant, quelle peccadille en comparaison de la conduite honteuse du père ! Lorsque le Tieil iyrogne eut cuvé sou vin et reprises sens, vous isavez ce qu'il fit. Au lieu de demander pardon à ses fils d'avoir ainsi profané ses cheveux blancs et de leur avoir donné un spectacle propre à éteindre tout respect et tout amour filial, il entra en fureur contre Cham, et maudit, qui? Chanaan, le petit enfant de Cham ! « Noé dit : Que Chanaan soit maudit; qu'il soit l'esclave des esclaves de ses pères ! Et Noé dit : Béni soit le Dieu de Scm, et que Chanann soit l'esclave de Sem ! Que Dieu étende les possessions de Japhet et que Chanaan soit son esclave ! » (Versets 25, 2G, 27. Traduction de M. de Genoude.) Ainsi Cham commet une fauté, c'est son enfant qui est puni. La faute est certes très-légère, l'enfanl innocent est condamné à l'esclavage par son propre grand père ! et avec lui toute sa postérité ! Voilà pourquoi MM. les hiblistes' américains regardent comme un devoir légitime» étroit, d'abrutir et de torturer les nègres, descendants présumés de Chaniau! Voilà comment a été proclamé trois fois saint l'esclavage, ce crime le plus abominable qui ait souillé la terre. la jolie morale !
La méthode h suivre s'impose d'elle-même; elle est celle qui nous a servi à distinguer et à caractériser les races et les espèces animales. Puisque les groupes d'ôtres humains sont des racés, il faut prouver que : morphologiquement y la nature et l'étendue des variations dans les races humaines sont analogues à celles qu'on voit dans les races domestiques ou sauvages; qu'elles ne les dépassent pas et qu'elles s'expliquent également par l'action du milieu, par l'hérédité et par la sélection; enfin et surtout que : physiologiquement, la fécondité des croisements est facile, continue, avec phénomènes d'atavisme. Tels sont, en efi*et, les caractères que nous avons reconnus comme distinctifs des races.
§ l*"^. — * Morphologie.
La nature des variations chez les races humaines est la môme que dans les races domestiques; l'étendue n'est pas plus grande; elle est môme inférieure à celle qu'on remarque chez des animaux reconnus comme appartenant à la môme race par les défenseurs les plus ardents de la fixité des espèces.
L~La Peau. — Considérée au microscope, la peau se divise en trois parties distinctes : 1° la couche superficielle ou épiderme; T le réseau muqueux deMalpighi, ainsi nommé parce qu'il a été découvert par le grand anatomiste italien Malpighi; 3* la couche profonde ou derme. La structure et la composition de
1 a peau est la même chez tous les hommes, noirs ou blancs.
A. Coloration, — Dans le réseau de Malpighi on aperçoit, appliquée sur le derme, une première zone •de cellules pleines et gonflées; puis au-dessus, une deuxième zone de cellules un peu aplaties; enfin, à répiderme, une troisième zone de cellules aplaties. Ces cellules sont remplies ^d'un liquide jaune pâle chez les blancs, noir foncé chez les nègres. Ce liquide, susceptible de colorations diverses, s'appelle pigment, du mot IdiXm pigmentum, matière colorante.
Chez l'homme, on trouve, au point de vue de la coloration, trois types fondamentaux : le blanc, le jaune, le noir. Ces trois types se trouvent également chez plusieurs espèces d'animaux. L'espèce galline, entre autres, renferme : i** des races blanches (poules cauchoises); 2° des races jaunes (poules cochinchinOises); 3° des races nègres (à la Martinique, au Japon, à Java, en Suisse).
La couleur de la peau est indépendante de la couleur des plumes. La poule aux plumes soyeuses et blanches du Japon a la peau noire, tandis que chez les poules nègres de la Martinique, de Java, etc., le plumage est souvent noir. Chez plusieurs poules negrès, le mélanisme (mot grec qui signifie couleur noire) est beaucoup plus profond que chez l'homme nègre.
La peau noire se trouve souvent aussi chez les caniches, chez les chevaux, d'après le témoignage des
éleveurs. Tous ces animaux appartiennent respectivement à une môme espèce : ils ne forment que des races.
• La coloration jaune pâle, particulière aux blancs, n'est môme pas uniforme par tout le corps. Certaines parties sont fortement colorées, par exemple Tauréole du mamelon ; celle-ci est souvent noire chez les femmes grosses ou qui allaitent.
La coloration rouge cuivré, chez les Indiens d'Amérique, semble le résultat d'un mélange. D'ailleurs, la coloration rouge se trouve encore en Afrique, en Chine, en Abyssinie, et môme h Naples. L'amiral Fitz-Iloy a vu apparaître la coloration rouge chez des enfants nés du croisement d'un Nouveau-Zélandais ou d'un Polynésien avec un Anglo-Saxon.
La coloration noire n'est point l'apanage ^exclusif desr nègres africains ; elle se trouve chez des races très-diflerentes. Il y a des Hindous (Asie) et des Abyssins (Afrique) qui sont plus noirs que certains nègres rencontrés par Livingstone au. cœur de l'Afrique. D'après M. Simonol, la rive droite du Sénégal est habitée par des Mauixîs entièrement noirs ; or le type maure est très-différent du type nègre.
La coloration du liquide pigmen taire dépend, comme toutes les sécrétions, de diverses causes, soit extérieures, soit intérieures. Nous avons vu que l'auréole du mamelon féminin devenait souvent noire pendant la grossesse ou la lactation. Les femmes blondes, durant les chaleurs de l'été, se couvrent souvent de taches de rousseur, c'est-à-dire que le pig-
ment des cellules se colore en jaune sous raction solaire. On sait combien le grand air et le soleil agissent énergiquement sur la peau des travailleurs champôtrcs ; on rencontre chez eux des colorations qui varient du rouge au brun noir. Enfin, l'introduction de substances chin^iques dans l'économie (l'azotate d'argent, par exemple) peut amener la coloration noire de la peau par suite de l'action exercée sur le pigment des cellules.
D'après Isidore Geoffroy, quelques oiseaux granivores, notamment le bouvreuil, sont sujets à devenir noirs lorsqu'on les soumet à l'usage habituel d'une nourriture abondante et excitante, surtout du chénevis.
Les taches (nœvus) vulgairement appelées envies sont des altérations du pigment par suite de causes inconnues. Elles peuvent être d'un bleu foncé aussi bien que rouges.
Lorsque le pigment diminue ou môme est absent, on a l'albinisme ; la peau est blanche, les cheveux et les poils sont blancs, etc. L'albinisme se rencontre chez toutes les races humaines, chez la plupart des animaux, mammifères, oiseaux, poissons. Avant que la science eût reconnu dans l'albinisme une simple modification pigmentaire, les albinos étaient rangés en espèces distinctes (1).
(1) Voir Isidore Geoffroy. Histoire des anomalies, t. !«', p. 297 et suir. : « L'albinisme, que l'on avait cru être une modifica<
En résumé : i° Les trois groupes blanc, jaune, noir se trouvent également chet des races animales appartenant iVune môme espèce;
2° Une coloration quelconque se trouve indifféremment chez les peuples les plus divers (Nègres, Mlîures, Hindous, Abyssins, Peaux-Rouges, Africains, Chinois, Abyssins, Naî)olitains, métis Polynésiens, etc.) ;
3** La coloration pigmentaire peut varier sous Faction du soleil, de substances chimiques, d'états pathologiques; enfin Talbinisme est commun aux mammifères, aux oiseaux, aux poissons.
Donc la coloration de la peau ne peut pas ôtre admise comme caractère distinctif d'espèces.
lion constante dans une ou deux races d'hommes et caractéristique pour elles, peut noD-seulement se produire dans toutes d'une manière accidentelle, mais il se montre même chez divers animaux appartenant à des classes très-différentes. Il est même peu d'anomalies dont on connaisse des exemples dans un aussi grand nombre d'animaux. Pour ma part, j'ai observé l'albinisme plus ou moins complet parmi les mammifères sauvages^ chez plusieurs espèces de singes des deux continents, chez une chauve-souris, la barbastelle, dans plusieurs espèces de mus" caraigne, chez la taupe commune, cbez le raton laveur, chez la belette et la fouiae, chez la loutre, chez un grand nombre de rongeurs de divers genres, entre autres chez le castor du Canada, cbez l'antilope à bourse^ enfin dans plusieurs espèces de cerfs. Les éléphants blancs de l'Inde ne sont que des variétés albines de l'éléphant ordinaire d'Asie.
Les exemples d'albinisme sont aussi peu rares, peut-être
B. Cheveux et poils, — Dans Tespèce canine, les variations pileuses s'étendent depuis Tabondante toison des chiens de Poméranie, des chiens des Pyrénées et des chiens-moutons jusqu'à la peau presque nue des chiens turcs et à Ja peau entièrement nue de certaines races au Pérou, au Paraguay, dans le golfe du Mexique, dans la Guinée.
De môme chez les chevaux : la race cosaque çst très-velue, tandis qu'à l'intérieur de l'Afrique il
inoin^ rares encore chez les oiseaux que chez les mamiuirères. J'ai, en effet, observé cette Anomalie plus ou moins complètement dans toutes les espèces suivantes : '
Le gobe-mouche gris.
Le merle ordinoire.
La grive.
Le marlin ordinaire.
La lavandière.
L'alouette des champs.
L*alouette à gros bec.
Le bouvreuil.
Le pinson.
Le moineau,
La linotte des vignes.
La pie ordinaire.
Le choucas.
Le colibri topaze.
Le pic vert à tête grise.
Le pic à sourcils noirs.
Le perroquet amazone.
Plusieurs espèces de perdrix.
La caille commune.
L'autruche.
La bécasse commune.
La bécai^sine commune.
Le eanard sauvage.
La sarcelle.
Parmi les poissons, j'ai quelquefois produit l'albinisme chez de jeunes cyprins dorés de la Chine, nés avec leurs couleurs normales.
Enfin l'albinisme s'observe également parmi les animaux inférieurs. Les exemples en sont môme très-peu rares dans quelques genres de mollusques, notamment parmi les olives (gastéropode buccinoïde).
existe des chevaux dénués complètement de poils. (Fitzinger, Godron.)
De même chez les bœufs : en Amérique, on trouve tous les intermédiaires entre la toison la plus abondante (bœufs des hauts plateaux des Cordillières)-et la peau presque nue des pelones, ou môme la peau entièrement nue des calongos.
Quelles que soient les variations pileuses qu'on observe chez les groupes humains, jamais elles n'ont atteint, et h beaucoup près, celles qu'on voit chez les animaux de la môme espèce. De même que parmi les Européens on voit un grand nombre d'individus aux poils rares, de môme on rencontre des Indiens à moustaches espj^gnoles. (A. de Humboldt.) La quantité peut différer, mais jamais les poils ne sont absents : certaines parties du corps en sont toujours pourvues.
C. Tissu adipeux. — Il existe au-dessous de la peau un tissu composé de cellules qù s'amasse la graisse, c'est le tissu adipeux {adeps, adipisy graisse). Lorsque la couche de graisse est très-épaisse, elle prend le nom de lard, chez le cochon, par exemple. Le tissu adipeux est sujet à de grandes variations au point de vue de la quantité. Tout le monde a pu voir, dans nos expositions publiques, jusqu'à quel degré d'obésité les races ovine, porcine et bovine peuvent atteindre.
Quelle que soit l'obésité des feqimes dans TOcéanie et dans les harems de l'Drient, jamais elle n'atteint
la proportion qu'on voit chez le bœuf Durham, les porcs du Yorkshire et duNcw-Leicester. ^
Pailas a rencontré chez les hordes à moitié sauvages de l'Asie centrale une race de moutons dont la queue disparue est réduite à un petit coccyx. Celte race présente à gauche et à droite, sur les deux fesses, deux masses graisseuses hémisphériques pesant 15 et 20 kilogrammes. Lorsque les Russes emmènent, pour les élever, ces moutons dans une autre contrée, les masses graisseuses disparaissent. C'est donc bien un effet du climat.
Chez les Hottentots, les femmel, comme on le sait, ont les fesses très-grossies par des amas graisseux. Ce
phénomène est appelé stéatopygie {(TTi9Lp, oréaToç graisse nxjyh fesse). Il est dû probablement au climat et aux habitudes, car les femmes des Boërs, colons hollandais purs de tout croisement avec les Hottentots, ont une tendance pront)ncée à la stéatopygie. Mais il s'en faut beaucoup que ces amas de graisse atteignent les proportions de 15 et 20 kilogrammes qu'on remarque chez les moutons sibériens. Il n'y a rien dans ce phénomène qui puisse. autoriser la croyance à une espèce distincte.
IL-T- Le Squelette. — La comparaison du squelette entre animaux de même espèce montre de plus gran- * des variations qu'entre individus de groupes humains.
1° Ve7'tèbres. — Dans certaines races porcines, l'écart (en nombre) des vertèbres dorsales peut s'étendre
de 44 à 54. Chez d'autres animaux on a trouvé quelques vertèbres dof sales et quelques côtes en plus.
Sauf quelques cas isolés d'une vertèbre cervicale en supplément, , on n'a jamais constaté de semblables variations chez les groupes humains.
2** Tête, — A raison de l'importance des organes renfermés dans la tête, il semblerait que celle-ci dût le moins varier. Il n'en est rien.. Blumenbach fait observer avec raison qu'entre une tête de blanc et une tôte de nègre la différence est bien moins grande que :
A. Entre une tôte de sanglier et une tête de cochon;
B. Entre deux têtes de chèvres, dont le chanfrein est tantôt concave, tantôt convexe ;
G. Entre deux têtes de chiens, bouledogue et lévrier;
D. Entre deux têtes de bœufs, durham et gnato ^ (camard) ;
E. Entre deux têtes de poules, poule ordinaire et
poule huppée. Le crâne de la poule ordinaire est uni
et lisse; le crâne de la poule huppée offre une saillie
de l'os frontal et deux énormes ampoules osseuses.
< Et de même chez nos races domestiques de pigeons,
de canards, etc. Les variations entre deux crânes hu-
^ mains extrêmes sont de beaucoup inférieures à celles
qu'on remarque entre animaux appartenant à la môme espèce.
Les comparaisons sont faites d'après les moyennes. Si, au lieu de la moyenne donnée par chaque race, on se contente d'observer les différence^ entre deux individus de la môme race, on trouve que ces différences sont supérieures à celles qu'offre la moyenne d'une race entière comparée à la moyenne d'une autre race. Exemples :
Pouces cubes.
A. Capacité moyenne du crAne chez les blancs.. 87
B. Capacité moyenne du crâne chez les nègres. 78
Différence 11
A. Capacité maximum d'un crâne de blanc 109l
B, Capacité minimum d'un crâne de blanc 73
Difftîrence , 34
Ces mesures ont été prises par le polygéniste américain Morton. Un autre polygéniste, Davis, a recherché le poids des cerveaux; il a trouvé que les Anglais occupent le premier rang avec un cerveau pesant \ ,387 grammes; les Français seulement le W avec un cerveau de 1,233 grammes, bien au-dessous des Cafrcs, des Siamois, des Peaux-Rouges et des Esquimaux, ces derniers ayant un cerveau de 4,319 grammes!
Appendice. — Etendue des variations psychologiques. L'examen dés variations psychologiques est non moins
favorable à l'unité de Tespèce humaine. L'étendue des variations que l'homme fait subir aux animaux est bien plus considérable que celles que subissent les divers groupes humains. L'homme, en effet, est parvenu à renverser complètement les instincts de certains animaux. C'est ainsi que le sanglier, animal nocturne, est devenu, spus le nom de cochon, un animal diurne. Les chiens libres chassent à courre, l'homme en a fait des chiens d'arrêt. Le castor est
naturellement social et bâtisseur; traqué par l'homme, il devient solitaire et terrier. C'est ce qui est arrivé aux castors des bords du Rhône; c'est ce qui arrivera bientôt à ceux de l'Amérique du Nord.
§ 2. — Physiologie,
Ce qui caractérise essentiellement le métissage, c'est-à-dire le croisement d'une race avec une autre race appartenant à la môme espèce, c'est :
1° La fécondité des croisements et très-souvent l'accroissement de fécondité ;
2° La fécondité continue des métis;
3° L'atavisme.
Ces caractères distinctifs sont corroborés par l'égalité du temps de la gestation. Tel est le critérium.
L — Gestation. — Le temps de la gestation est le même chez tous les groupes humains : il n'y a pas
d'exception, sauf les différences individuelles qui se trouvent également dans tous les groupes.
II. — Fécondité des croisements. — Tous les croisements entre individus de races différentes sont fécond^. On a essayé d'objecter quelques exceptions; celles-ci ont été reconnues fausses. Ainsi, un voyageur avait prétendu que, dans la Tasmanie (île située au sud de TAustralie), il ne s'était point formé de race métisse d'Anglo-Tasmaniens. Gela est vrai, maisla cause en est simple. Les relations que les Anglo- Saxons ont eues avec les Tasmaniens ont consisté à massacrer impitoyablement les indigènes, si bien que la race Tasmanienne n'existe plus.
Môme observation à l'égard de la non-formation de métis Ànglo -Australiens. Durant les premiers temps de la colonisation, les blancs massacraient, pendaient ou brûlaient vifs tous les Australiens qu'ils prenaient; ceux-ci, à leur tour, tuaient sans pitié tous les enfants provenant d'unions entre blancs et femmes australiennes. Comment une race métisse se serait-elle formée ? Mais là où les tribus de l'intérieur n'ont pas eu h souffrir du voisinage des grandes colonies de la côte et par conséquent n'ont pas eu de ressentiments à concevoir, les unions d'Australiennes avec les trappeurs blancs ont été fréquentes et toujours fécondes.
Deux missionnaires, Butler Earp et Mackenzie, qui ont vécu vingt ans parmi les tribus australiennes; qui regardent môme les Australiens comme des singes
dégénérés, attestent que les métis sont très-nombreux là où les causes d'infanticide n*ont pas eu l'occasion de se produire. Il n'y a donc pas d'exception fondée contre la fécondité des croisements entre groupes humains.
Il est toutefois une importante remarque à faire, c'est que le changement de climat influant sur la santé peut rendre l'émigré moins apte à la fécondation. Ce n'est là qu'une action de milieu affectant passagèrement l'exercice de la force plastique sans rien enlever à son énergie intrinsèque. Une fois cette action annulée, soit par l'acclimatation, soit par d'ingénieux artifices, l'émigré reprend ses aptitudes antérieures et sa vertu procréatrice.
III. — Accroissement de fécondité par le métissage. — Le croisement entre races humaines accroît la fécondité. Parmi les nombreux témoignages de ce fait, il. en est un considérable, car son auteur, le célèbre voyageur Levaillant, ne prévoyait certainement pas les débats qui se sont élevés sur ce point d'histoire naturelle. « Les Hottentotes obtiennent de leurs maris de trois à quatre enfants tout au plus. Avec les nègres elles triplent ce nombre, et plus encore avec les blancs. » ^
Un médecin polygéniste, M. Horûbron, dont l'affirmation ne peut être suspecte, a produit un argument décisif en recueillant l'observation suivante : « Pendant les quatre années que j'ai passées au Brésil, au Chili et au Pérou, je me suis amusé à observer le
singulier mélange des nègres avec les aborigènes. J*ai même tenu note exacte du nombre des enfants qui résultaient, dans un grand nombre de ménages, de Talliance d'un blanc avec une négresse, d'un blanc et d'une Américaine, d'un nègre et d'une Péruvienne ou d'une Chilienne, d'un Américain avec sa compatriote, et enfin d'une négresse avec un nègre. Je puis affirmer que les unions des blancs avec les Américaines m'ont présenté la moyenne la plus élevée; venaient ensuite le nègre et la négresse, enfin le nègre et l'Américaine. L'infériorité des Américains entre eux, sous le rapport de la reproduction, dépend probablement derleur peu d'ardeur mutuelle.»
Dans cette observation si intéressante, un point à noter est le maximum de fécondité donné par le croisement du groupe le moins fécond avec un groupe étranger. Comparez ces faits avec la stérilité qui suit presque toujours le croisement de deux espèces, et jugez !
IV. — Fécondité eontinue des métis. — La fécon^ dite continue des mulâtres qst une chose- bien con« nue. Non-seulement les nombreux créoles qui vien* nent en Europe faire leurs études classiques ou fonder, des établissements industriels sont, sur ce point, d'un accord unanime, mais encore la présence de familles mulâtres qui vivent dans nos murs, et sous nos yeux, se couronnent d'une florissante progéniture, donne à ce fait l'évidence de la certitude^
On a essayé d'opposer quelques faits de fécondité
limitée, entre autres celle des métis de Malais et Hollandais dans rîle de Java. Mais comme ces mêmes métis sont très-féconds dans d'autres îles orientales, il s*en suit que cette restriction de fertilité est due à Faction du milieu. Cette interprétation est acceptée même des polygénistes les plus ardents.
On trouve des races métisses dans chaque partie du Monde, en Afrique, en Amérique, etc. .Dans une grande partie de TAmérique (Mexique, Guatemala, Colombie, la Plata, Brésil), les races métisses en 1824 for^iaient le cinquième de la population t elles ont suivi une progression croissante.
Les races mélisses humaines ne peuvent pas rester pures, comme les races d'animaux domestiques que rhomme surveille avec tant de soin. Elles se mélangent donc généralement, ce qui peut rendre difficile à démêler les caractères reçus de parents si divers. Mais cette circonstance est loin d'atténuer la preuve de la fécondité entre croisements ; bien au contr^aire 1 Cependant l'histoire naturelle a consigné le fait extrê* mement intéressant d'une race métisse qui a vécu un demi-siècle dans Tisolemetit. 11 s'agit des matelots révoltés du navire anglais la Bounty qui débarquèrent à Pitcaim, petite île voisine de Taïtii Après quelques années de guerre intestine et de meurtres, il ne res^ tait plus en 1793 que deux Anglais et dix Polynésiennes. L'union des Anglais et des Polynésiennes donna naissance à une race métisse qui en 1856 comptait 189 membres. Dans l'espace de 60 ans elle avait ainsi plus que décuplé; L'îlot de Pitcairn éttot trop
petit, les colons-métis émigrcrent tous à Taïti, d'où le gouvernement anglais les transporta dans Fîle de Norfolk. Les renseignements s'arrôten^t là. La formation de cette petite colonie de métis offre un intérêt analogue à celui d'une expérience faite avec soin dans un laboratoire de chimie.
V. — Atavisme. — Les exemples d'atavisme sont très-nombreux. Seulement, soit ignorance de la multitude, soit inattention causée par Tentraînement des affaires publiques et privées, ils passent le plus souvent inaperçus. « Il faut beaucoup de philosophie, disait J.-J. Rousseau, pour voir les choses qui sont sans cesse devant nos yeux. » Qui de nous n'a pas vu dans une famille un père blond et petit engendrer un fils brun et grand, reproduction du type d'un aïeul ? Par suite des progrès de la civilisation, non-seulement les croisements se sont faits et se font pêle-mêle entre les diverses races indigènes, mais encore les alliances avec les peuples étrangers sont devenues très-fréquentes. Il est donc malaisé de discerner dans les enfants issus d'un métissage aussi complexe les retours isolés à un type bien défini. Cependant l'œil du naturaliste, plus instruit et mieux exercé, sait encore démêler les caractères d'un type antérieur. Ici on retrouve les traits du Germain, là ceux de l'Anglo- Saxon, etc. Mais ce qui frappe les yeux de tous, ce sont les cas où l'opposition extrême de la couleur appelle et fixe malgré soi l'attention. Tels sont les cas d'atavisme dans les familles où le nègre et le blanc
ont môle leur sang. En voici un exemple remarquable: Dans la Virginie, une négresse mariée à un nègre mit au monde une fille blanche. Elle fut très-effrayée; mais son mari la rassura en lui disant qu'il comptait parmi ses aïeux un blanc, et qu'il y a!vait toujours eu un enfant blanc dans les familles alliées à la sienne. La fille blanche à l'âge de 45 ans fut vendue à l'amiral Ward pour ôtre montrée à la Société royale de Londres (docteur Parsons). Ces cas d'atavisme sont loin d'être rares en Afrique, aux Antilles, etc. (1).
VL — Hessemblance. — Ainsi que chez les métis des races domestiques, la ressemblance chez les métis humains est quelquefois unilatérale, mais Icplus souvent bi-latérale mixte.
« L'enfant d'un père européen et d'une mère chinoise, dit M. Schertzer naturaliste autrichien delaiVo* vara, est au hasard ou Chinois ou Européen. »
• (1) Voir dans P. Lucas. V Hérédité, tome JI, page 44 et suivantes, plusieurs cas d'atavieme de coloration
Les anomalies rendent les atavismes très-saisissables^ Il n'est point de difformité ni de monstruosité^ parmi celles mêmes qui semblent le moins susceptibles de se reproduire, qui n'offrent des exemples d'hérédité en retour. Ainsi, un homme sexdigitaire procrée des fils qui sont exempts de» cette* anomalie. Ces fils engendrent des enfants chez qui l'anomalie des six doigts reparaît. Dans les deux familles sexdigitaires de Colburn (Angleterre) et de Gralio Kalléja (ile de Malle), l'a nom aie a sauté de la 1'" à la 3« et 4" génération.
Il en est de môme des becs de lièvre : un homme bien con-
A Berlin, un ménage mixte (famille do cordonnier) eut des flls blancs et des filles noires.
A Paris, le docteur Prosper Lucas *a constaté deux cas du plus haut intérôt :
1* Un père noîr et une mère blanche eurent pour enfants d'abord un négrillon pur sang; ensuite un vrai mulâtre; enfin un fils blanc, figure agréable, cheveux blond rouge, très-frisés. Dans cet exemple on retrouve à la fois la ressemblance unilatérale et bi-latérale.
2" Un père blanc et une mère noire ont eu d'abord un mulâtre tirant sur le noir; ensuite un mulâtre tirant sur le blanc; enfin une fille blanche, figure agréable, beaux yeux, pétillants d'esprit. Nouvel exemple de ressemblance unilatérale et bi-latérale (1).
formé, mais dont les parents étaient atteints da bec de lièyre, eut^ d*un premier mariage, onze enfants dont deux ayaient le bec de lièvre; et^ d'un second mariage, deux enfanta qui avaient la môme difformité.
La gibbosité, la claudication^ etc., offrent souvent dans leur propagation la même intermittence. En voici un exemple frap'pant.
1" génération* — Un frère et Une sœur, de taille droite, mais issus de parents rachitiques, se marient»
2« génération* — Le frère engendre deux filles bossues. La sœur a sept enfants, tous bossus.
3» généraliooi — Trois de ces enfants bossils se marient et donnent naissance à sept enfants droits.
4« généiration. -=■ Trois membres de cette génération droite se marient; ils ont chacun une fille bossue.
(1) Prosper Lucas. — L'Hérédité^ tome l*', page 213. « Winterbotton a vu, à Wangapong, un jeune albinos, d'environ dix-huit ans, grand, bien fait, dont le père était un nè^
La ressemblance est ordinairement bi-latérale mixte chez les mulâtres avec prédominance du type nègre. Tel est le témoignage de Burmeister, l'un des savants qui ont le plus observé les mulâtres dans TAmérique du Sud et dans les îles du Mexique; tel est aussi celui de Pruner-Bey, qui a étudié les mulâtres en Egypte et en Asie. Voici les caractères qui attestent cette pré* dominance :
1° Chevelure frisée et laineuse;
2** Front bas et fuyant;
3° Prognathisme marqué (mâchoire qui avance);
4° Pieds pjats.
Un des faits les plus curieux est fourni par un mulâtre, M. Lislet Geoffroy, ingénieur à Tîle de France et correspondant de l'Académie des sciences. Il était
fils d'un blanc et d'une négresse très-bornée. M, Lis-
let Geoffroy était entièrement nègre par les traits, la couleur et môme par l'odeur particulière à la race noire. Par le développement intellectuel et moral, il était entièrement blanc, si bien qu'il était parvenu à vaincre le préjugé si enraciné aux colonies contre les nègres : il était reçu darîs le salon des blancs ! Exem-
gre albinos. Sa mère, ses trois frères, deux de ses sœurs étaient noirs; mais Vune de ses sœurs était blanche comme lui,
» Jefferson a va deux sœurs albinos eugendrer, la première un enfant albinos comme elle ; la seconde un enfant Irès-noir comme sou père.
» Du croisement des négreeses albinos avec les nègres, naissent des enfants pies, c'est-à-dire ' variés de taches noires et blanches. » Page o04.
pic étrange de ressemblance bi-latérale^ par juxtaposition du corps de la mère et de Tâme du père.
D'ordinaire, pour ce qui concerne la coloration de la peau, il y a fusion dans le mulâtre. Cependant les cas de juxtaposition sont loin d'ôtre rares. Il y a, en effet, des nègres-pies, de môme qu'il y a des chevauxpies, des chiens-pies, des moutons-pies, etc. La similitude des métis humains et des métis animaux est aussi complète sur ce point que sur les autres. Nouvelle preuve de l'unité de l'espèce humaine. Buffon, Lawrence, White, Parsons,Prosper Lucas citent plusieurs exemples, en voici deux remarquables :
i° Un nègre, domestique dans une famille, avait épousé une femme blanche qui servait dans la môme maison. Ils eurent une petite fille blanche, dont la cuisse. et la fesse droite étaient noires. Le docteur Parsons fut appelé pour constater le fait.
* à** A la Martinique, White et Prichard citent des mulâtres qui ont la peau bariolée de plaques blanches et noires; d'autres mulâtres ont le corps moitié blanc, moitié noir, etc.
On a vu, ci-dessus, des exemples de ressemblance unilatérale; tantôt les enfants sont entièrement noirs, tantôt entièrement blancs. Ces croisements avec retour au type paternel ou maternel au début du métissage humain concordent avec les oscillations signalées au début du métissage animal. Il faut aux races métisses humaines comme aux races métisses animales un certain temps pour se fixer et s'asseoir. Une fois stabilisées, les cas d'atavisme n'apparaissent plus qu'i-
solément et par intervalles, attestant à la fois Tinvincible énergie de l'hérédité et la démarcation caractéristique qui sépare le métis de Thybridc.
§ 3. — Cames de la formation des races.
Les causes de la formation des races humaines sont, comme chez les animaux :1° le Milieu; 2° THérédité; 3° la Sélection. Le Milieu produit la variation; l'Hérédité la transmet; la Sélection la règle et l'uniformise.
Il est une remarque préliminaire qu'il importe de faire au sujet du Milieu et de son influence sur les^ variations. L'énergie modificatrice du climat et dô la nourriture devait être incomparablement plus grande alors que l'homme, ignorant et bestial, n'avait rien inventé pour lutter contre elle. Le contraste entre la pénurie primitive et les moyens de résistance que possède l'homme contemporain est résumé par sir John Lubbock dans les -lignes suivantes: « Il y a des raisons qui permettent de croire que. les changements de conditions extérieures, ou pour mieux dire de pays, produisent moins d'effet aujourd'hui qu'autrefois. A présent, quand de» hommes émigrent, ils emportent avec eux les usages et les habitudes de la vie civilisée. Ils construisent des maisons plus ou moins semblables à celles auxquelles ils sont accoutumés; ils emmènent des troupeaux et acclimatent dans leur nouvelle patrie les principales plantes qui servaient à leur nour-
riture dans Tancienne. S'il fait froid dans leur nouveau séjour, ils se vêtent davantage; s'il fait chaud, ils se vêtent moins. Par ces moyens et mille autres du même genre, Tinfluence du déplacement ne se fait sentir que beaucoup plus tard.
Mais il n'ena pasété toujours ainsi. Quand l'homme se répandit pour la première fois sur la terre, il n'avait pas d'animaux domestiques, pas même le chien peutêtre, il ne connaissait point l'agriculture; ses armes étaient des plus grossières, et ses demeures à peine dignes de ce nom. Son alimentation, ses habitudes et tout l'ensemble de sa vie variant donc nécessairement à mesure qu'il passait d'un pays dans un autre, il a dû être bien plus soumis à l'action des circonstances extérieures, et, selon toute probabilité, bien plus
usceptible de changement. Déplus, on peut supposer avec raison que le ,type humain, aujourd'hui fixé par
^ar une répétition qui dure depuis de longs âges, a t lui-même plus modifiable autrefois que mainte-
^nt.»
Le milieu et l'hérédité. — Sous l'action prolongée des ravons solaires, les femmes au teint blanc se couvrent de taches de rousseur. Ce fait est tellement vulgaire qu'il passe inaperçu. « On c rierait au prodige, dit plaisamment M. de Quatrefages, si une vache blanche revenait tachetée de noir d'un pré où elle aurait subi l'insolation. Cependant les deux phénomènes sont de même ordre, et l'un ne devrait pas paraître plus significatif que l'autre»»
Les pêcheurs chinois qui, complètement nus, passent leur vie à pêcher le long des fleuves, prennent une couleur noir cuivré (le voyageur anglais Abel).
Les pêcheurs européens, transportés dans Tlnde, y deviennent plus rouges que les Peaux-Rouges d'Amérique (Hamilton Smith).
En Abyssinie, les habitants du pays noircissent sur les plateaux élevés et blanchissent lorsqu'ils descendent dans les plapies plus chaudes (Th. Lefebvre et M. d'Abbadie). M. d'Abbadie, membre de l'Académie des sciences, originairement blond, revint d'Abyssinie coloré en bronze foncé; M. Schimper et Pruner-Bey éprouvèrent le même effet, mais moins prononcé. Les cheveux de Pruner-Bey, ordinairement très-clairs et lisses, brunirent et devinrent bouclés.
Phénomène assez singulier, les climats n'agissent pas de la même façon sur les blonds et sur les bruns. Ainsi, en Abyssinie et en Arabie les races brunes d'Europe noircissent moins que les blondes, tandis que dans l'Inde, à égalité de température, le climat ne colore pas les visages blonds, mais il les parcheminé. La cause de ce phénomène, encore peu élucidée, tient probablement à la manière dont se produit la double action chimique et calorifique des rayons solaires,
Jérôme d'Aguilar, prêtre espagnol qui devint plus tard interprète de Fernand Cortez, fut jeté par un naufrage sur la rive du Yucatan et réduit en esclavage par les Indiens. Pendant huit ans, il eut à subir l'action du climat sans pouvoir en atténuer les effets,
à cause de sa triste condition. Il devint si exactement semblable h ses maîtres que Fernand Gortez ne put le distinguer des Peaux-Rouges qui raccompagnaient.
liaces noires. — Le nègre de Guinée, une fois transplanté en Amérique, se rapproche de plus en plus du blanc, non-seulement quant à la coloration de la peau, mais encore relativement au crâne, à Tintelligence: il perd môme sensiblement Todeur forte qu est particuliôre^à sa race. G'est un fait acquis à la science que le nègre, même en ne se croisant pas avec la race blanche, mais en vivant au milieu d'elle, sous le môme climat et à peu près du même régime, s'élève, à chaque génération, d'un degré de plus vers elle.
Races/aunes. ' — Les races jaunes ne sont pas moins que les races noires soumises à l'action du milieu. A rîle de' la Réunion et dans l'île Maurice, les Hindous, lés Malais importés diminuent de taille dès la deuxième génération, et forment ainsi autant de races petites (M. de Froberville).
Une tribu tartare tout entière s'est modifiée par suite de changement de mœurs: ces Mongols ont quitté la vie errante du nomade pour se faire agriculteurs. G'est au XVI* siècle qu'ils se sont établis dans les environs de Kazan sur le Volga; au XIX® siècle, leur type avait éprouvé les plus heureux changements. Au lieu d'un corps obèse, d'une face large, d'un nez épaté et d'un teint jaune brun, les Tartares
de Kazan ont •le corps musculeux, le visage ovale, le teint frais, le nez arqué et mince aussi bien que les lèvres.
Race blanche. — Dans les îles du golfe mexicain, on sait quelles variations le milieu a produit sur les colons européens, si connus sous le nom de créoles.
Au Canada, le créole français a perdu sa belle carnation normande; son teint a pris une nuance d'un gris-foncé; ses cheveux noirs tombenf à plat comme ceux d'un Indien (Théodore Pavie).
Les Danois qui débarquent en Guinée commencent par être malades, puis ils prennent une coloration j-aune, signe d'acclimatation. Cette teinte jaune passe au cuivré sur le môme individu; elle devient de plus en plus foncée à chaque génération et finit par le noir pur (Monrad, pasteur danois en Guinée de 1805 à 1809).
Les colons hollandais du cap, appelés Boërs, prennent de plus en plus la coloration rouge, avec tendance à la stéatopygie chez les femmes (Livingstone).
L'Anglo-Saxon a subi en Amérique les plus graves modifications, il tend à se rapprocher de l'Indien (Desor, l'abbé Brasseur de Bourbourg, Knox, Smith, Gàrpenter). «L'Anglo-Saxon américain présente, dès la seconde génération, des traits du type indien qui le rapprochent des Leni-Lennapes, des Iroquois, des Ghérokees. Le système glandulaire se restreint au minimum de son développement normal. La peau devient sèche comme du cuir; elle perd la chaleur du
teint et la rougeur des joues, qui sont remplacées chez rhomme par un coloris de limon et chez la femme par une pâleur fade. La tête se rapetisse et s'arrondit ou devient pointue. Elle se couvre d'une chevelure lisse et foncée en couleur; le cou s'allonge. On observe un grand développement des os zygomatiques et des masséters. Les fosses temporales sont profondes, les mâchoires mass^ives. Les yeux sont enfoncés dans des cavités très-profo4ideset assez rapprochées Tune de l'autre. L'iris est foncé, le regard perçant et sauvage. Le corps des os longs s'allonge principalement h l'extrémité supérieure. Le larynx est grand, la voix rauque et cf iarde (4). »
Le changement des conditions d'existence sufSt pour amener la plus grave transformation. Un premier exemple nous a été donné par les Tartares de Kazan, qui de nomades sont devenus laboureurs. En voici un second, d'aulant plus important qu'il a l'Irlande pour théâtre et que l'histoire en est parfaitement connue. Par suite des guerres de 1641 et de 1649, un grand nombre d'Irlandais, pour échapper au massacre, se réfugièrent dans une région montagneuse qui s'étend à Test de Flews jusqu'à la mer. Voici ce qu'ont produit sur ces malheureux deux siècles de misère et de barbarie : la taille moyenne s'est réduite à 4 pieds 7 pouces français, le ventre s'est ballonné, les jambes sont de-
(1) Lettrfis adressées à Pruner-Bey par des médecins allemands établis aux Etatî-Uni?.
venues cagneuses; les traits sont ceux d'un avortoi , C'est le portrait des sauvages de TAustralie.
Hérédité tératologique. — Les variations les plus étranges peuvent survenir dans Tembryon, puis se transmettre par hérédité. Deux cas surtout sont célèbres en tératologie, ce sont la carapace de la famillp Edward Lambert et la polydactylie ée la famille Golburn.
A. Les hommes porcS'épics (1). Edward Lambert naquit en 1717 de parants bien conformés. Il n'offrait d'abord rien d'étrange; mais au bout de neuf semaines, on vit sa peau brunir en s'épaississant de plusei' plus. A l'âge de 14 ans il fut présenté à la Socîr''^ royale de Londres. A ce moment, la peau du vis£f de ^la paume des mains et de la plante des pieds avait son aspect nt)rmal. Tout le reste du corps était couvert d'une carapace brunâtre, épaisse d'un pouce sur certains points, On la comparait à la peau de l'éléphant, du rhinocéros et du phoque; seulement elle était singulièrement fendillée. Sur les flancs elle était découpée en prismes grêles mobiles, faisant du bruit par leur entrechoquement. Delà le nom de homme porc-épics. Tous les ans cette carapace disparaissait à la suite d'une mue. La peau apparaissait alors saine et lisse; puis, bientôt après, elle reprenait sa nature anomale.
(1) Voir de Quatrefages. Reoue des cours sticntifiquesj vol. V* page 733, et P; Lucas, De J^tiéréditè, tome 1, page 316.
Edward Lambert, fort désireux d*ètre débarrasse de cette incommode enveloppe, se soumit à un traitement mercuriel énergique qui, par deux fois, fut poussé jusqu'à la salivation. La carapace disparut, mais pour se reformer immédiatement. Enfin, une variole confluente, dont Lambert se remit, n'amena également que la chute momentanée de son étrange épiderme.
Baker le revit trente-six ans après. Il avait alors cinquante ans, le teint fleuri, la santé excellente et se montrait fort gai. Baker en conclut que s'il se mariait, il pourrait très-bien donner naissance à une race nouvelle. Edward Lambert se maria, en effet, et eut six enfants qui tous, neuf semaines après leur naissance, prirent une carapace semblable à celle de leur père. Un seul survécut et se maria; il eut huit enfants, six filles et deux garçons John et Richard. On n'a pas de renseignements sur les filles; mais les deux garçons, qui furent examinés en 1802, en Allemagne, par Tilésius, présentaient la môme anpmalie que les deux générations précédentes. A partir de ce moment leur trace s'est perdue.
B. Les hommes polydactî/les. — Le célèbre calcuhteur anglais Colburn a été la souche d'une famille dont les membres comptaient douze doigts et douze orteils. Cette anomalie ne se produisait pas également sur les enfants des deux sexes; tantôt les fils seuls en étaient affectés, tantôt c'étaient les filles. On a suivi cette famille polydactyle pend ant quatre gé-
nérations, et quoiqu'elle ne se mariât qu'avec des personnes douées de dix doigts, l'anomalie persistait et atteignit même son maximum à la troisième génération. N
Le médecin Vanderbach, cité par Prosper Lucas, a signalé un autre cas de polydactylie compliquée de palmure à trois des doigts ,du pied et de la main. La famille espagnole qui en était affectée habitait San- Martino de Val-de-iglésias (Nouvelle Castille); le^gens du pays l'appelait /o« />erfag'oi, c'est-à-dire les Collés. Vanderbach, traversant le village, y compta jusqu'à quarante sexdigitaires remontant à la même souche.
Appendice. — Isidore Geoffroy, dans son célèbre ouvrage Histoire des anomalies, cite des exemples nombreux de polydactylie chez les animaux (chèvres, agneaux, chiens, chevaux, cochons, cerfs, salamandres, grenouilles, poules, etc.) Le fameux Bucéphale était polydactyle : cette anomalie fut regardée comme le présage de la grandeur future d'Alexandre.
Voici quelques autres anomalies qui intéressent l'espèce humaine :
1° Anomalie numérique des mamelles chez la femme. (Extrait de P. Lucas).
A. A Copenhague, une femme pourvue de trois mamelles bien formées, dont deux étaient placées au càté gauche, allaitait des trois indifféremment son unique enfant.
B. Rachel Hey, do Castel en Franconie, avait trois mamelles.
C. Le célèbre chirurgien Bartholin assure avoir connu une femme qui portait une troisième mamelle sur le dos.
D. M"** Withès, de Trêves, fort belle femme de son temps, avait trois mamelles disposées en triangle.
E. Une femme de Rome, en 1671, en avait' quatre, qui toutes à chaque grossesse se remplissaient de lait.
F» Une mulâtresse du Cap avait six mamelles; elle faisait les enfants par quatre et cinq à la fois.
G. Une femme ornée de trois mamelles au thorax donna naissance aune fille qui eut aussi trois mamelles; mais l'une des trois était située à l'aine. Plus tard, cette fille étant devenue mère allaita sou, enfant à la mamelle inguinale. L'observation de cette ano-^ malie héréditaire a été communiquée, en 1827, par Adrien de Jussien à deux sociétés savantes.
Voici la généralisation à laquelle a été amené Isidore Geoffroy pour ce qui concerne la multiplicité des mamelles chez les femmes :
«Quel que soit le nombre des mamelles surnuméraires, et dans quelque région qu'elles soient placées, elles sont généralement bien conformées, ont un volume assez considérable et peuvent fournir du lait, si elles sont latérales ;
« Elles sont au contraire très-petites, imparfaite-» ment développées, et inutiles à la lactation, si elles sont médianes.
2° Anomalie d'une queue chez Vliomme, (Extra d'Isidore Geoflroy.)
« D'après les recherches embryogéniques dues à M. Serres, il existe un rapport très-constant entre révolution de la moelle épinièjre et celle de la queue. Primitivement la moelle épinière se prolonge jusqu'à ^extrémité du canal vertébral : à cette époque (dans l'embryon), il existe chez tous les animaux, y compris Thomme, une queue plus ou moins considérable. »
A. Ce degré de développement est le seul auquel s'élèvent normalement un grand nombre d'animaux. Ceux-ci par conséquent ont, pendant toute leur vie, la moelle épinière très-prolongée inférieurcment : leur axe vertébral est donc terminé par un prolongement caudal.
B» Chez d'autres espèces, au contraire^ la moelle épinière remonte peu à peu dans le canal vertébral : la diminution ou même la disparition totale de la queue coïncide avec cette ascension de la jnoelle. C'est ainsi que, chez l'homme et quelques singes, la moelle épinière remonte si bien qu'elle ne dépasse plus la région des reins. La queue est alors tellement rudimentaire qu'elle n'est plus apparente à l'extérieur. (Cette queue rudimentaire est le coccyx.)
Mais s'il arrive que dans l'embryon humain la moelle épinière ne remonte pas, mais continue à s'étendre jusqu'au bout du coccyx, alors au moment de la naissance de l'enfant la colonne vertébrale reste terminée pîar une queue.
M. Serres a observé lui-même un cas de ce genre, et les annales de la science en offrent quelques autres. De Maillet eu cite plusieurs, et parmi eux celui de rintrépide Cruvillier de la Cioutat qui fit la course contre les Turcs. Vn nègre de Tripoli , nommé Mohammed, et doué d'une force musculaire extraordinaire, avait une queue d'un demi-pied de longueur qu'il montra à de Maillet. « Le plus remarquable cas a été observé par Schenck sur un individu d'ailleurs affecté d'anomalies beaucoup plus graves : la queue était très-distincte, assez longue même, et tout à fait comparable à celle d'un cochon. »
Réciproquement, chez les animaux qui normalement à l'état adulte ont une queue, la queue manque si l'ascension de la moelle épinière a lieu, contrairement à ce qui se passe régulièrement dans cette catégorie d'animaux. Cette anomalie d'absence de queue a été constatée chez plusieurs animaux entre autres chez des chiens.
Conclusion, — Puisque l'absence ou la présence d'une queue chez l'animal venu au jour est due à l'ascension ou à la non-ascension de la moelle épinière dans le canal vertébral, il s'en suit que cette anomalie appartient à l'ordre de celles qui^ont dues à un arrêt dans le développement normal de l'embryon, ou, en termes abrégés, à un arrêt *de développement.