II. — La Sélection. — La sélection, qui produit
— boitant de races domestiques, ne peut évidemment pas être exercée par Thomme sur lui-même. Cependant il est permft de préjuger, par certains exemples, ce qu'elle aurait pu accomplir en ce sens.
1° Sélection humçiine. — D'après les lois de Lycurgue, tout enfant à Spartq qui naissait contrefait était mis à mort. De là cette beauté, si célèbre en- Grèce, du type Spartiate.
Sur le mont Eryx en Sicile était un temple fameux dédié à Vénus. Pour servir de prêtresses à la déesse, on choisissait les plus belles femmes, lesquelles n'étaient point vouées au célibat ainsi que les vestales. De là une race féminine remarquable par sa beauté » qui subsiste encore au village de San Giuliano situé sur le mont Eryx.
Personne n'ignore que le premier roi de Prusse, Frédéric-Guillaume, avait réussi à se former une garde composée d'hommes admirables par leur stature et leur vigueur, en mariant les plus beaux hommes de son armée avec les plus grandes filles du pays.
2^ Sélection naturelle, — La race des Indiens, toujours eniguerre ou en chasse, était vraiment remarquable. La cause en était que tout enfant incapable de supporter les fatigues incessantes d'une vie aussi pénible succombait. Les plus vigoureux, seuls survivants, transmettaient à leur postérité les qualités physiques qui les distinguaient.
3® Ob$tacle$ à la formation de race$ vigoureuses. -^ On se plaint aujourd'hui, avec raison, de la dégénérescence presque universelle des racete humaines en Europe, surtout dans les grandes villes. Gette décadence physique tient, entre autres causes, à deux principales :
A. A la légèreté avec laquelle on bâcle les mariages ; on s'inquiète exclusivement de la richesse ou de la condition sociale, et très-peu, point du tout même, des conditions physiques : d'où procréation d'enfants chétifs, etc.
B. Aux progrès de la médecine ; oui, aux progrès de la médecine! En sauvant la vie aux personnes affaiblies, maladives, on arrête net- la sélection qui aurait épuré la race. Résultat assez inattendu, de voir les progrès de la science contribuer à l'abâtardissement de l'espèce humaine. Le correctif serait surtout dans le choix des époux. Après tout, la vigueur de l'esprit est bien autrement précieuse que la vigueur cqrporelle. Vivre, c'est cultiver son intelligence et pratiquer le devoir : la médecine peut donc sans scrupule nous arracher aux maladies pu à une mort prématurée.
Résumé. — Au point de vue morpholopique, les différences extérieures et les modifications du squelette chez les groupes humains, non-seulement ne dépassent pas, mais le plus souvent n'égalent pas l'étendue des variations que présentent les races des animaux domestiques. «
Au point de vue essentiel de la physiologie, nous trouvons tous les caractères distinctifs de la race : i'* fécondité des croisements; 2° accroissement de la fécondité; 3* fécondité continue des- métis; 4° atavisme.
Enfin, comme causes de la formation des îaces, le Milieu, l'Hérédité avec son cortège d'anomalies analogues à celles des races animales, donnent une explication suffisante, sinon absolue, des variations les plus considérable!^.
Donc les différents groupes d'hommes appartien-r nent à une même espèce ; on doit dire l'Espèce humaine,, et non le Genre humain. La conséquence logique est que l'espèce humaine dérive d'une seule paire de parents. Est-ce une certitude ? Hélas ! il en est de cette origine comme de toute autre origine, comme de tout commencement : ce n'est qu'une hypothèse, un idéal, si l'on aime mieux. Le passé n'est plus en notre puissance ; nous ne pouvons qu'étudier le présent, chercher et découvrir les lois de ce qui est : le reste nous échappe. « Tout ce que l'intelligence humaine peut faire, dit amèrement Pascal, est d'apercevoir quelque apparence du milieu des choses, dans un désepoir éternel d'en connaître le principe ni la fin, » Que la science fonde ses inductions sur les faits; que ses hypothèses soient toujours vérifiables par l'expérience et rendent compte des phénomènes naturels, voilà le champ qui lui est dévolu : en dehors, tout est ténèbres.
•Une remarque importante à faire, c'est que plus la
science fait de progrès, plus le nombre, des espèces morphologiques diminue; peu à peu on reconnaît que les caractères assignés comme dîstinctifs d'un groupe d'êtres n'ont pas cette valeur :. ces espèces deviennent des races. C'est une présomption de plus contre le polygénisme. -Cela se comprend ; en s'appuyant uniquement sur la morphologie, le polygénisme emploie pour définir les espèces un critérium dont la valeur est subjective, et par conséquent exposée à se réduire à zéro. Malheureusement, dans l'état actuel de la science, ce critérium, pour l'immense pluralité des êtres animés, est le seul possible : telle est la cause principale qui soutiendra longtemps le polygénisme.
Tout opposée est la destinée de la physiologie. Les découvertes faites par elle lui demeurent à jamais acquises ; son domaine va- s'agrandissant de ce que perdent les espèces morphologiques. C'est que son critérium est objectif ; c'est qu'il n'est que l'expression même du fait réel, palpable, de la transmission d'existence, dont la valeur reste immuable. Aussi une espèce physiologique est-elle toujours identique, toujours une pour le naturaliste. Quand on a vu naître un fils, on ne peut pas faire de lui une espèce distincte de son père : la filiation a un caractère absolu.