GORILLE
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IP Bras 80
2° Jambe 117
30 Main 26
40 Pied 35
Comme on le voit, les différences proportionnelles, pour ces parties du corps, sont moins grandes entre rbomme et le gorille qu'entre le gorille et d'autres singes anthropoïdes, le gibbon surtout. Elles ne sauraient donc justifier le classement, en Ordres distincts, de Fhomme et des singes.
IL — Colonne vertébrale, côtes, bassin (composition et aspect). — 1° Colonne vertébrale. — Chez rhomme, la colonne vertébrale considérée dans son ensemble offre une élégante courbure sigmoïde (forme d's). Le squelette étant vu de face, la colonne est convexe dans la région du cou, concave au dos; puis convexe dans la région des reins ou lombes, elle redevient concave dans la région sacrée.
Chez le gorille, les courbures sont un peu moins marquées, voilà tout. D'autre part, chez les jeunes orangs, la colonne vertébrale est droite ou même concave (vue de face), dans la région lombaire.
Donc la dilférence, sur ce point, entre Thomme et
le gorille est moins grande qu*enlre le gorille et d'autres singes anthropoïdes.
2° Côtes. -^ La colonne vertébrale, chez Thomnae, comprend sept vertèbres au cou ou vertèbres cervicales; douze vertèbres dorsales, auxquelles s'insèrent les côtes; cinq vertèbres lombaires, qui ne portent point de côtes. Vient ensuite Vos sacrum constitué par cinq vertèbres réunies; enfin trois ou quatre petits os plus ou moins mobiles constituent le coccyx ou queue nidimenlaire(l).
Chez le gorille,'la division de la colonne vertébrale est la môme; le nombre des vertèbres dorsales et lombaires est également de dix-sept. Seulement le gorille ayant une paire de côtes en plus, il s'en suit que le nombre des vertèbres dorsales devient treize, et que celui des lombaires s'abaisse à quatre. Cela est sans importance, car les vertèbres dorsales ne se distinguent des lombaires que par la présence ou l'absence des côtes. Au reste, on a souvent constaté, chez les hommes, des cas de treize paires de côtes (Camper, Fallope, Tyson). D'autre part, un squelette d'orang, au musée du collège royal des chirurgiens à Londres a douze vertèbres dorsales et cinq lombaires,
(I) Car l'homme diffère des animaux à queue uoiquement par le développement de l'organe et non par l'absence du même organe : une simple question de quantité. Voir page 399 les détails sur l'anomalie d'une queue apparente chez l'homme, et sur la cause de cette anomalie.
Mais si Ton compare h capacité crânienne du gorille avec celle des autres singes , on trouve que la capacité de quelques-uns des singes inférieurs descend au-devssous de celle des singes les plus élevés presque autant que celle du gorille s'éloigne de celle de Thomme. Yogt a donné un tableau trèscomplet dei» capacités crâniennes de cinquante singes anthropomorphes; le maximum hii fut fourni par un vieux gorille, oOO gr.; le minimum par un jeune orang, 280 gr. D'autre part, en étudiant les microcéphales {lunpôçy petite; Ktfoàijy tête, enfants idiots), Vogta trouvé comme maximum 622 gr., et comme minimum 460 gr. Or les microcéphales sont des hommes; la série des capacités crâniennes est donc complète.
En conséquence, au point de vue si important de la capacité crânienne les difféi'ences qui existent entre rhomme et le gorille, n'autorisent pas à séparer rhomme de l'Ordre des Primates.
IV. — Dents. — Les dents du gorille ressemblent étroitement à celles de l'homme, quant au nombre, au genre et h la disposition générale de leur cou-
R. A\'aguer, le cerveau le plus lourd, 1,873 grammes, est celui d'une femme; puis vient celui de Cuvier, 1861 grammes; puis Byron, 1,807 grammes; eofiQ celui d'um fou, 1,783 grammes. Le cerveau d'adulte le plus léger, 720 grammes,- est celui d'une femme idiote. Les cerveaux de cinq enfaots âgés de quatre ans pesaient entre 1,273 et OOi grammes.
distinctes : ïe tarse ou cou-de-pied ; le métatarse ; les phalanges.
Le tarse comprend deux rangées d'os ; la première a deux os appelés l'astragale et le calcanéum ; et la seconde, cinq. Le métatarse a cinq os; les phalanges de chaque orteil sont au nombre de trois, excepté le gros orteil qui manque de phalange moyenne.
Première différence entre la maiiret le pied: Le nombre des os est de huit pour le carpe, et de sept seulement dans le tarse.
Deuxième difféi^ence : Lés rangées ne sont pas disposées de la même façon ; l'astragale et le calcanéum diffèrent radicalement de leurs homologues du carpe.
2* Mmcles, — A. Pour fermer le poing, il faut le concours de muscles appelés fléchisseurs ; pour ouvrir la main et raidir les doigts, il faut des muscles nommés extenseurs. Tous ces muscles, fléchisseurs ou extenseurs, sont appelés muscles longs parce que, fixés par leur partie charnue aux os du bras, ils se terminent en tendons ou cordes arrondies qui passent dans la main et s'attachent aux os qu'ils doivent mouvoir.
B. Dans le pied, on trouve également des muscles fléchisseurs et des muscles extenseurs ; mais l'un des fléchisseurs principaux est court, et l'un des extenseurs est courty c'est-à-dire que leurs parties charnues, au lieu d'être fixées dans la jambe (qui répond au bras), le sont sur le dos et la plante du pied, ré-
gions qui répondent au dos et à la paume de la main. C'est donc une importante différence de forme et de position.
En outre, lorsqu'ils sont en action, ils nç sont pas distincts à la façon des fléchisseurs de la paume de la » main, mais ils s'unissent et se mêlent d'une singulière façon.
Mais le caractère distinctif le plus absolu des mus^ clés du pied est peut-être Texistence duJow^ péroniery muscle qui n'a pas de correspondant dans les muscles de la main.
Résumé. — En résumé, le pied de l'homme se distingue de la main par les différences anatomiques suivantes :
1° Par la^disposition des os du tarse;
2° Par la présence d'un court fléchisseur et d'un ^ court f^xtenseur des appendices. digitaux du pied;
3° Par l'existence du muscle appelé long péronier.
En disséquant le membre antérieur d'un gorille, on le trouve composé des mêmes os, des mêmes muscles que le membre antérieur de l'homme, et rangés dans la même disposition : C'est donc* bien une jnain» .
En disséquant le membre postérieur d'un gorille, on trouve un tarse composé des mêmes os que le tarse de l'homme, même nombre, même disposition, môme forme. Quant aux muscles, il y a un court flc-
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chisseur, un court extenseur, et un long péronier, agissant exactement comme les muscles du pied de rhomme : C'est donc bien un pied.
Le pouce de la main de Thomme est très-mobile; il peut s'opposer aux extrémités des autres doigts : on l'appelle donc opposable. Le gros orteil n'a pas cette mobilité; cela tient surtout à nos habitudes civilisées qui nous font enfermer et comprimer nos pieds^ dès l'enfiEtnce, dans des chaussures. Chez les peuplades non civilisées et qui marchent nu-pieds, le gros orteil conserve une -grande mobilité et même une sorte d'opposabilité. Les bateliers chinois peuvent s'en servir pour ramer; les ouvriers du Bengale pour tisser; les résiniers des Landes pour arracher l'écorce de l'arbre à résine, saisir l'instrument qui sert à entailler, remuer en tous sens et enfin ramasser le^ plus petits objets. M. Broca a cité le cas d'un homme qui se servait de son pied comme d'une véritable main, et de son orteil comme d'un pouce. Il croit même se rappeler que cet homme pouvait, par ce procédé, enfiler des aiguilles.
Le pied du gorille a un gros orteil mobile, avec lequel il peut prendre et saisir mieux que ne le font les résiniers des Landes ou l'homme de M. Brojca; maïs ce gros orteil appartient à un vrai pied, i\ un pied composé des mômes parties fondamentales que le pied de l'homme. En vérité, il est incroyable qu'on ait fondé une distinction d'Ordre sur la mobilité plus ou moins grande d'un orteil. Pour être logique, il aurait fallu créer un règne spécial pour les hommes
sexdigitaires. Un doigt de plus à chaque main^ voilà une différence autrement caractéristique !
VI. — Cerveau. — La comparaison, pour le cerveau, a lieu sur deux points : la conformation et le poids.
1° La conformation, — Le cerveau du chimpanzé est conformé comme celui de l'homme. Il renferme le lobe postérieur, l'ergot de Morand ou petit hippocampe, et la corne d*Ammon, dont quelques naturalistes avaient, à tort, nié l'existence chez le singe.
Quant aux circonvolutions, les cerveaux des singes s'échelonnent depuis le cerveau lisse du marmouset ou ouistiti jusqu'à ceux de l'orang et du chimpanzé, qui sont de fort peu au-dessous de celui de l'homme. Aussitôt que^ se montrent les principales circonvolutions, elles se dessinent sur le modèle des sillons correspondants de l'homme : concordance très-remarquable» Garl Vogt a noté une grande ressemblance entre les hémisphères cérébraux presque lisses du cerveau humain à vingt mois et les hémisphères privés de plis des petits ouistitis.
2* Le poids. — En parlant de la capacité crânienne, nous avons dit combien le cerveau de l'homme l'emportait en poids sur celui du gorille. Cette différence cérébrale entre l'homme et le singe est "valable pour la distinction en genres : la distinction de famille re-
pose principalement sur la dentition, le bassin et les membres inférieurs.
VIL — Conclusion. — En défînitîVe, les differences anatomiques qui séparent Thomme du gorille et du chimpanzé ne sont pas aussi considérables que celles qui séparent le gorille des singes inférieurs. Or entre les singes anthropoïdes et les autres singes on n'admet que des différences de famille, il n'y a donc pas une seule raison anatomique pour que l'homme soit placé dans un Ordre distii^ct. L'homme appartient donc à l'Ordre des Primates.
§ 3. — Facultés animiques.
(( La science a accompli sa fonction quand elle a constaté et énoncé la vérité, )^ dit excellemment M. Huxley. Mais voici, de tous côtés, des cris qui s'élèvent : — « Nous sommes hommes et femmes et non point seulement une meilleure espèce de singes, avec une jambe un peu plus longue, un pied plus compacte et un cerveau plus volumineux que vos brutes de chimpanzés et de gorilles. La faculté de connaître, la conscience du bien et du mal, la tendresse pleine de compassion des affections humaines, nous élèvent au-dessus de toute réelle intimité avec les bêtes, si voisines qu'elles semblent de nous.» Aces objections, qui partent d'un bon naturel, M. Huxley répond : «Mais
ce n'est pas moi qui fais reposer la dignité de Thomme sur son gros orteil ou qui insinue que nous sommes perdus si le singe possède un petit hippocampe ! » Non, la dignité ne repose pas sur des différences anatomiques; sur ce point; aucune ligne de démarcation ne peut être tracée entre le singe anthropoïde et rhomme. Bien plus! « Toute tentative en vue d'établir une distinction psychique est également futile ; car les facultés les plus élevées du sentiment et de Tintelligence commencent à germer dans les formes inférieures de la vie. )> Agassiz lui-même, si profondément religieux, si imprégné de spiritualisme, laisse échapper cet aveu : « Il m'est impossible d'apercevoir une différence de nature entre les passions des animaux et celles de l'àme humaine, bien qu'elles puissent différer beaucoup dans le degré et dans l'expression... Je ne saurais dire en quoi les facultés mentales d'un enfant diffèrent de celles d'un jeune chimpanzé (1). »
Mais si l'homme ne possède dans Tordre physique ni dans l'ordre moral rien qu'on ne trouve aussi, à un degré plus ou. moins grand, chez les autres animaux, s'en suit-il que cette double communauté condamne * l'homme à la dégradation, à la bestialité? M. Huxley démontre la fausseté de cette déduction avec une force pleine d'éloquence : « Peut-on dire, en vérité, que le poète, le philosophe ou l'artiste, dont le génie est la gloire de son temps, est déchu de sa haute di-
(i) Agassiz. De l' Espèce , p. 07 et 90.
gnilé à cause de la probabilité historique, pour ne pas dire à cause de la certitude, qu'il est le descendant direct de quelque sauvage nu et brutal, dont rintelligence suffisait à peine pour le rendre un peu plus rusé que le renard et un peu plus dangereux que le tigre ? Ou bien est-il forcé d'aboyer et de marcher à quatre pattes à cause de ce fait indubitable qu'il a été, à un moment donné, un œuf qu'aucune faculté ordinaire de discernement ne pouvait distinguer de celui d'im chien? De ce que la plus légère étude de la nature de Thomme nous montre innées en lui toutes les passions égoïstes et toutes les passions sauvages des quadrupèdes, le philanthrope et le saint doivent- ils ne plus s'efforcer de mener une noble vie? Est-ce que l'amour maternel, enfin, est un sentiment vil parce que les poules le possèdent? Est-ce que la fidélité est une bassesse parce qu'un chien nous aura prouvé son attachement? »
Non, mille fois non ! les vertus sont nobles en soi, quelle que soit la gangue qui les enchâsse. La morale est indépendante de toute condition sociale et de toute origine. L'homme « est-il un Dieu tombé qui se souvient des cieux (Lamartine), » ou n'est-il qu'un singe perfectionné ? Qu'importe ! Il s'agit bien de cela, en vérité, quand le devoir est là, inéluctable, imposé par l'accent impérieux de la raîsoti, ou persuadé par la voix fraternelle du cœur.
Sensation, sentiment, connaissance, voilà l'homme; de plus, il vit avec ses semblables. De ces deux faits jaillissent ses droits et ses devoirs. La grandeur con-
siste à remplir ses devoirs envers autrui et envers soimême; la bassesse, à les négliger ou à les fouler aux 'pieds. Faites pétrir parla main d'un Dieu les Tibère, les Caracalla, ils n'en resteront pasiïioins un objet de mépris et d'horreur pour la postérité. Socrate, Epictôte, Vincent de Paul sont nés dans la plus humble condition; fussent-ils les hybrides d'un sapajou et d'un gorille, leur nom en serait-il moins vénéré (1)? Quelle que soit la souche primoi*diale de l'homme ou celle que la science parvienne h lui assigner, la dignité, et la noblesse n'ont rien à y perdre, ce n'est pas là qu'est leur source ni leur fondement. Si l'homme doit aimer le bien et se vouer à la recherche de la vérité, ce n'est point parce que son cœur et son intelligence sont un présent divin ou l'héritage d'une brute; l'homme le doit, par cela seul qu'il a une intelligence et un cœur.
Pourquoi une vérité aussi claire, aussi inoffensive, n'est-elle pas acceptée paisiblement de tous ? Pourquoi ces invectives et ces fureurs contre les Darwin, les Huxley et cette phalange de savants qui honorent leur patrie et l'humanité entière ? Hélas ! c'est que la pluralité des bimanes de Blumenbach est encore en proie à l'ignorance et à la superstition, double lèpre sur laquelle vivent et pullulent des myriades de pa-^ rasites. Un jour viendra sans doute où ces deux plaies seront cicatrisées; mais combien ce jour est éloigné !
(1) CarlYogt, dans ses Leçons sur Vhomme, a dit : Mieux vaut être un singe perfectionné iju'un Adam dégénéré.
Malgré les persécutions et malgré les obstacles, la libre science continue sa marche. « En vain les voix malveillantes se déchaînent contre elle, elle se sent au nombre des pouvoirs impérissables et que rien n'ébranle. Son œuvre s'accomplira, et elle sera bénie dans son triomphe. » (HuAley. — • Discours sur Descartes,)
APPENDICE