III. — La loi des conditions d’existence
« Comme rien ne peut exister, dit Cuvier, s’il ne réunit les conditions qui rendent son existence possible, les différentes parties de chaque être doivent être coordonnées de manière à rendre possible l’être
total, non-seulement en lui-môme, mais dans ses rapports avec ceux qui F entourent. » Telle est la loi des conditions d’existence. Cette loi agit toujours, soit par les adaptations actuelles des parties variables de chaque être à ses conditions de vie organiques ou inorganiques, soit au moyen d’adaptations depuis longtemps effectuées pendant quelqu’une des longues périodes géologiques écoulées. Or, ces adaptations actuelles ou acquises, qu’est-ce autre chose que les effets nécessaires de la sélection naturelle sous l’aiguillon puissant de la concurrence vitale, et transmis aux descendants en vertu de la loi d’hérédité ?
IV. — Le progrès organique. — La sélection naturelle agit exclusivement pour la conservation en accumulant peu à peu les variations accidentelles qui peuvent ctre avantageuses à l’individu dans les conditions d’existence où il est appelé à vivre. Elle a donc pour résultat final que toute forme vivante doit devenir de plus en plus parfaite, relativement du moins à ses conditions d’existence. Or, ce perfectionnement continuel des individus organisés doit inévitablement conduire au progrès général de l’organisme parmi la pluralité des êtres vivants répandus à la surface do la terre.
Observation. — On voit par ces considérations avec quelle prudence et quelle réserve Darwin touche à cette difficile question du progrès organique. Qu’est-ce, en effet, que le progrès ? Quelle part l’intelligence doit-elle y prendre, et quelle part la force matérielle
et physique? Problème ardu, dont la solution implique au fond et préalablement celui même de l’univers, du pourquoi etducomment des choses! Croyant ou philosophe, théiste ou panthéiste, chacun donnera une définition concordant avec sa manière d’envisager la nature, et par conséquent rien ne sera plus dissemblable que ces définitions respectives. Cependant si, écartant le côté intellectuel où éclatent surtout les divergences d’appréciations, on restreint la question au seul domaine physique, c’est-à-dire à la vigueur des membres et à leur meilleure appropriation, on peut trouver alors un assentiment presque général à la règle qu’ont adoptée les plus grands naturalistes pour mesurer le progrès organique : Division physiologique du travail ou localisation de chaque faculté dans un organe particulier.