‹ Le Darwinisme (volume 3)Chapitre 19 sur 75 · I. — Organes rudimentaires ou atrophiés. — Les · texte numérisé non relu

I. — Organes rudimentaires ou atrophiés. — Les

organes rudimentaires témoignent d’une manière éclatante que les espèces Sont issues d’un commun progéniteur. Il est évident, en effet, que si ces organes ne provenaient point d’un héritage commun, jamais l’exercice ni l’habitude n’auraient pu les faire naître, puisqu’ils sont d’une utilité médiocre ou môme sans emploi.

II. — Embryon. — La structure de l’embryon est en classification d’une importance supérieure à celle môme de l’adulte. L’embryon, c’est l’animal dans son état le moins modifié ; par cela même il nous révèle la structure de ses anciens progéniteurs. Si donc deux groupes d’animaux différant actuellement beaucoup l’un de l’autre d’habitudes et d’organisation passent par des phases embryonnaires identiques ou analogues, on peut tenir pour certain qu’ils sont descendus tous deux de communs parents ou de parents presque lesmômes, L’identité destruc-

ture embryonnaire décèle donc la communauté de filiation, quelles que soient les modifications que la structure de l’adulte ait subies. Cette importance de l’embryon est fondée sur la loi de l’hérédité à l’âge correspondant : elle en est la conséquence rigoureuse.

Par exemple, les membres antérieurs, qui servaient de pieds aux espèces mères, peuvent par fie cours prolongé des modifications s’adapter chez un descendant à servir de mains, chez un autre de nageoires, chez un autre d’ailes. Or, d’après la loi de l’hérédité, chaque modification successive se manifeste en général à un certain âge et réapparaît â l’âge correspondant. Les membres antérieurs de l’embryon des divers descendants modifiés d’une même souche se ressembleront toujours étroitement; car ils n’auront pas été atteints par les modifications survenues plus tard.

Mais dans chacune de nos nouvelles espèces, les membres antérieurs de l’embryon différeront considérablement des membres antérieurs de l’animal adulte, car les membres de l’adulte ont subi de profondes modifications à un âge déjà avancé et se sont ainsi transformés en mains, en nageoires et en ailes. Quelle que soit l’influence que le long usage ou le défaut d’exercice puisse avoir pour modifier un organe, cette influence affectera surtout l’animal adulte, qui a acquis toute l’activité de ses facultés et qui doit pourvoir à ses besoins. Or, les modifications produites à l’âge adulte seront héréditaires également, à

l’âge adulte, tandis que l’embryon sera sans modification ou peu modifié par les effets de l’usage ou du défaut d’exercice.

Les larves, meme actives, subissent plus ou moins la loi des ressemblances embryonnaires. Les cirrhipèdes en offrent un frappant exemple. L’illustre Cuvier lui-même ne s’est pas aperçu qu’une baleine était en réalité un crustacé, bien qu’un seul coup d’œil jeté sur la larve ne puisse laisser aucun doute sur ce sujet. C’est que Cuvier, malgré son génie, n’avait pas la clé de la véritable, de la seule classification naturelle, la classification généalogique.

§ 3. Uniformité d’un ensemble de caractères

Les caractères considérés isolément peuvent présenter mille variations diverses, mais Y ensemble de tous les caractères conserve un aspect uniforme qui révèle la parenté commune. Si en France chaque individu diffère de son concitoyen presque à chaque détail, cependant les Français considérés dans leur ensemble ont un air de famille qui leur est propre. C’est cette physionomie originale, legs d’ancêtres communs, qui caractérise chaque peuple en Europe. De même les Européens, quoique différant l’un de l’autre par des variations infinies, se distinguent des Chinois ou des Africains par l’ensemble des caractères. Cela explique l'aphorisme de Linné : a Les caractères ne donnent pas le genre, mais le genre

donne le caractère. » En effet, les caractères pris isolément ne peuvent donner le genre, puisque le genre dépend d’un aspect d * ensemble. Mais le genre, synthèse de caractères, donne par cela môme les caractères particuliers qu’il renferme.

§ 4. Chaîne des affinités existante ou retrouvée

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