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Caractères analogiques et d’adaptation

On doit bien se garder de confondre les caractères analogiques cl d'adaptation avec les affinités réelles. Ainsi la disposition des membres antérieurs en nageoires qu’on observe chez le dugong et la baleine, la ressemblance entre les nageoires de ces deux animaux et les nageoires des poissons sont des caractères purement analogiques et d’adaptation à un certain milieu. En effet, le dugong est un pachyderme, la baleine un cétacé, et tous les deux sont des mammifères.

D’autre part, ces mômes caractères analogiques, qui sont sans valeur quand on compare une classe à une autre classe, un ordre à un autre ordre, acquièrent au contraire une grande importance quand on compare entre eux les individus de la môme classe ou du môme ordre. C’est qu’en effet ils révèlent, dans les individus de la môme classe, des affinités véritables et des rapports de consanguinité. Ainsi la forme du corps et les membres en nageoires sont des caractères purement analogiques dans la compa-

raison d’une baleine et d’un poisson, parce qu’ils résultent dans les deux classes d’une même adaptation qui leur permet également la natation. Mais cette même configuration du corps et ces membres en forme de nageoires prouvent de véritables affinités entre les divers membres de la famille des baleines. Car ces différents cétacés se ressemblent par tant de caractères de petite et de grande importance qu’il est impossible de douter que leur forme générale et la structure de leurs membres ne soit l’héritage d’un commun ancêtre. Dans le système ordinaire de classification on ne saurait expliquer cette importance tantôt nulle, tantôt grande d’un même caractère, tandis qu’elle est la conséquence évidente et facile de la classification généalogique.

11. — Extinctions d’espèces. — Les extinctions d’espèces ont pour résultat de séparer les espèces vivantes en groupes distincts, parce que la place occupée par les espèces éteintes est restée vide. Les lacunes sont donc d’autant plus grandes, que les extinctions ont été plus nombreuses. Gela nous explique pourquoi certaines classes sont si distinctes des autres. Telle est, par exemple, la classe des oiseaux, par rapport à tous les autres vertébrés. Les formes qui reliaient originairement les batraciens aux poissons paraissent avoir subi un moins grand nombre d’extinctions : aussi la lacune est- elle moins grande. D’autres classes, telle que celle des crustacés, en ont encore moins souffert ; car les formes les plus di-

verses et les plus éloignées en apparence y sont encore rattachées les unes aux autres par une longue chaîne d’affinités : quelques mailles seulement manquent par intervalles.

Mais si les extinctions d’espèces ont séparé les groupes, clics ne les ont nullement formés. Si toutes les espèces qui ont vécu sur la terre réapparaissaient soudain, elles seraient unies entre elles par des gradations si serrées, qu’il serait impossible de séparer rigoureusement un groupe d’un autre groupe.

Image d’une classification généalogique. — Néanmoins, une classification, ou, du moins, un arrangement naturel, serait possible et légitime. Qu'on se rappelle la comparaison de l'ensemble des êtres organisés à un grand arbre. On comprendra sur-lechamp comment on peut, malgré leur enchaînement continu, classer les mille parties de cet arbre. Les grosses* branches sont les embranchements , comme le nom l’indique lui-même ; les grands rameaux, d’où surgissent les rameaux plus petits , marquent les familles, les genres et les espèces; les bourgeons sont les variétés naissantes, destinées à devenir espèces, puis genres et familles, comme l’ont fait les rameaux d’où ils sortent. Ceux qui ont végété ou fleuri pendant les années précédentes représentent la succession des espèces éteintes. Tout s'enchaîne, tout dérive l’un de l'autre par une série de modifications lentes et graduées il l'infini, et le lien qui les unit est le lien généalogique .

Conclusion. — Le système naturel est le système généalogique. Les termes de genres, familles, ordres, espèces, îFexprimcnt que les divers degrés de différence entre les descendants d’un commun ancêtre .

De là se déduisent les règles que l’on doit suivre en classification. Nous pouvons comprendre pourquoi nous évaluons certaines ressemblances plus que d’autres ; pourquoi nous pouvons-nous fier aux organes rudimentaires et inutiles ou à d’autres particularités de peu d’importance physiologique ; et pourquoi, en comparant un groupe avec un autre groupe distinct, nous rejetons en masse les caractères analogiques et d’adaptation, bien que ces mêmes caractères nous soient utiles dans les limites du même groupe. Nous voyons clairement pourquoi toutes les formes éteintes et vivantes peuvent se grouper en un seul grand système ; et comment les divers membres de chaque classe sont rattachés les uns aux autres par des séries, linéaires ou ramifiées, d’affinités complexes qui divergent en rayonnant d’un point ou centre commun. Ainsi font les bourgeons et les rameaux qui divergent de branches ou de rameaux communs. Fort probablement nous ne parviendrons jamais à démêler l’inextricable réseau d’affinités qui unit entre eux les membres de chaque classe. Mais, du moment que nous connaissons le but vers lequel il faut tendre et que nous ne nous égarons plus à la recherche de quelque plan inconnu de création, nous pouvons espérer de faire des progrès lents mais certains.

CLASSIFICATION GENEALOGIQUE

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