‹ Le Darwinisme (volume 3)Chapitre 22 sur 75 · DG · texte numérisé non relu

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tous sens par les vagues avec tout ce qu’il renferme. Tout d’abord, les parties molles et gélatineuses des animaux se décomposent sans laisser aucune trace. Les parties osseuses, tests ou coquilles, qui peuvent seules échapper à la destruction sont soumises à des chances d’anéantissement nombreuses et variées. L’action chimique des sels terreux ou marins sur les sels qui composent les ossements et les tests ; l’action mécanique des eaux qui les roulent sur les sables ou les broient contre les roches, voilà deux causes énergiques de destruction, si énergiques qu’on peut môme s’étonner que des débris antiques aient pu parvenir jusqu’à nous. Joignez à cela l’ignorance ou la maladresse des ouvriers chargés des tranchées, on comprendra alors avec quelle difficulté on retrouve les fossiles.

2° La paléontologie ne fait que de naître. — Pour trouver les fossiles il faut des travaux considérables sur une large échelle et dans tous les points du globe. Le temps est nécessaire à une telle entreprise. Or, la paléontologie ne fait que de naître : elle est à son aurore. C’est à peine si nous commençons à connaître les terrains que nous habitons; à peine l’ancien continent est-il exploré ; le nouveau est pour ainsi dire encore vierge de toute investigation; l’Australie est presque inconnue. Comment pourrait-on demander à la science des résultats qui dépendent du nombre des années et de la vaste étendue des recherches !

3° Le peu de découvertes faites graduellement confirment l'existence de passages. — Les partisans de la fixité des espèces, Cuvier surtout, insistaient sur l’absence de types intermédiaires; ils allaient même jusqu’à nier qu’on pût en trouver. L’évcncment leur a donné tort. Chaque découverte que font les géologues est celle d’especes intermédiaires : c’est la condamnation de la doctrine de Cuvier. Celui-ci, par exemple, soutenait que le mammouth, le mastodonte et l’éléphant étaient issus de trois souches distinctes à cause des hiatus qui, ait temps de Cuvier, existaient entre eux. Or, les découvertes faites en Amérique, en Afrique et dans l’Inde ont permis au docteur Falconer de renouer la chaîne interrompue. L’intercalation de vingt-six espèces entre le mammouth et le mastodonte, jointe aux découvertes d’autres types intermédiaires en Amérique par le docteur Leidy, est venue prouver que ces trois types, mammouth, mastodonte, éléphant, sont trois jets issus de la même tige (1).

Dans l’Amérique du Nord , les ossements recueillis par M. Hayden ont prouvé qu’entre le cheval domestique et le cheval fossile le plus ancien se

(1) Albert Gaudry, page 148 : « M. Lartet a cité d’après Falconer et Cautley, un éléphant chez lequel les dents de lait étaient remplacées verticalement comme dans plusieurs mastodontes. On sait d’ailleurs que les éléphants et les mastodontes ont des membres presque semblables. Aussi de Blainville a été jusqu’à proposer de les réunir en un même genre. »

plaçait une série de dix espèces de chevaux, appartenant aux seules couches tertiaires et post-tertiaires des Etats-Unis.

On n’avait pas, à l’cpoque de Cuvier, découvert de singes fossiles, et par conséquent, il était naturel de supposer que les singes actuels n’ont pas de lien avec les animaux anciens. Depuis Cuvier, on en a signalé quatorze espèces fossiles. La plupart sont mal connues; pourtant ce qu’on possède suffit pour apprendre qu’elles ne s’éloignent guère des espèces vivantes (Albert Gaudry).

Les belles découvertes faites à Pikcrmi,en Attique, par M. Albert Gaudry ont mis au jour une riche moisson de types intermédiaires. «Les genres fossiles de Pikermi, dit M. Gaudry, loin de s’écarter des types de l’organisation actuelle, participent à la fois aux caractères de genres qui sont aujourd’hui distincts; ils établissent ainsi des liens plus étroits dans les séries zoologiques. » Enfin la découverte d’un oiseau gigantesque dans le calcaire lithographique de Solenhofen, Y Archœoptéryx , qui se termine par une queue composée de vingt vertèbres garnies de plumes, est venu élargir encore l’horizon.

La période entre le lias inférieur et le trias moyen était regardée comme une époque de pénurie relative en fait de types organiques. Tout à coup, en cherchant h déterminer la vraie place des couches de Hallstadt et de Saint-Cassian sur le versant des Alpes autrichiennes, les géologues ont découvert une faune marine d’une époque intermédiaire, celle du trias

supérieur. Entre le trias moyen et le lias inférieur on a eu il intercaler, d’un seul coup, huit cents espèces environ de mollusques et de rayonnés. Est-il possible, dans l’état présent de la science, d’avoir des preuves plus fortes de l’existence de formes intermédiaires?

Le tableau suivant, dressé par M. Albert Gaudry et emprunté à son célèbre ouvrage les Fossiles de Pikermi , fera saisir aisément la physionomie générale de la théorie de sélection et en gravera l’idée dans la mémoire mieux que toute exposition. On y verra les ramifications des espèces issues d’un progéniteur commun, l’extinction de quelques-unes, les lacunes géologiques dans la filiation des autres, bref un résumé des phénomènes qui se présentent actuellement aux veux du naturaliste.

Tableau synoptique de la descendance des hyènes.

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