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CHAPITRE Ier

LOIS SUR LESQUELLES S’APPUIE LA THÉORIE

La théorie de la variabilité illimitée des espèces s’appuie sur un certain nombre de faits généraux, acquis par l’expérience et l’observation. Ce sont :

1° La loi de reproduction,

2° La loi de corrélations de croissance,

3° La loi d’hérédité,

4° La loi de multiplication géométrique des espèces et de multiplication arithmétique des aliments, 3° La loi de constance dans les formes, en raison de la simplicité de structure.

I. — Loi de la reproduction. — Tous les êtres ont une tendance à transmettre la vie à leurs descendants avec des caractères, non pas identiques, mais variés. Ainsi nous voyons deux frères différer par la taille, par la coloration des cheveux, par les traits du visage,

La fécondité a des règles assez précises, Elle est en rapport inverse de la grandeur de l’animal; plus l’animal est petit, plus il est fécond. Les grands animaux, tels que l’éléphant, le rhinocéros, le dromadaire, ne donnent qu’un petit par portée ; les animaux de petite taille, tels que le mulot, le lapin, etc., en produisent dix et même vingt.

La domesticité a l’influence la plus vive sur l’énergie de la fécondité. Le lapin, animal domestique, peut produire jusqu’à douze fois par an ; le lièvre, animal sauvage, ne produit que trois ou quatre fois dans le même laps de temps. La truie a deux portées par an, et chaque portée donne de quinze à vingt petits ; la femelle du sanglier, souche du cochon, no porte qu’une fois par an, et chaque portée ne donne que huit petits, dix au plus.

La durée de la gestation est en raison directe de la grandeur de l’animal. Chez l’éléphant, le plus grand des animaux terrestres, elle est de vingt mois. Elle est de seize mois pour le rhinocéros, de douze pour la girafe : le lapin, au contraire, ne porte que trente jours.

IL — Loi des corrélations de croissance. — Cette loi est celle en vertu de laquelle un organe qui se modifie entraîne parallèlement la modification d’un autre organe. Elle est fondée sur ce fait : que l’organisation tout entière forme un tout dont les parties sont en relations très-étroites.

La loi de corrélations de croissance cpmprçqd |ps

corrélations à tous les points do Vue, forme, fonction,

apparence extérieure, etc. Lorsqu’il s’agit particulièrement de l’accroissement ou de l’atrophie des organes, on lui donne le nom de loi du balancement des organes. Ou sait, en effet, qu’un organe ayant acquis un développement extraordinaire, soit par un exercice exclusif, soit par un état maladif, un autre organe appartenant au meme système ou en relation avec lui éprouve une diminution correspondante ou meme s’atrophie. Goethe exprimait d’une manière pittoresque cette loi physiologique : «Le budget delà nature étant fixe, une somme trop considérable affectée à une dépense exige ailleurs une économie. »

III. — Loi d’hérédité. — Cette loi est une des plus importantes de la physiologie générale.

1° Hérédité des modifications acquises. — Les modifications acquises sont héréditaires. C’est ainsi que le chien dressé pour la chasse transmet son aptitude à ses descendants. En croisant les grands chevaux, on obtient des chevaux de haute taille. En croisant les petits chiens, on obtient les épagneuls, les doguins. Toute modification organique est transmissible à la condition qu’elle soit spontanée, naturelle. Celles qui sont artificielles, c’est-à-dire les mutilations, ne se transmettent pas. On a beau couper les oreilles des chiens ou leur enlever la rate, les petits qui naissent des couples ainsi mutilés ont des oreilles ou une rate. En fait d’hérédité, l’axiome fondamental est celui-ci : « Le semblable produit le semblable. » L’hérédité des caractères est si bien regardée comme la règle que leur intransmission passe pour Une anomalie*

2° Hérédité des variations à l'àge correspondant. — Un des faits les plus importants de l’hérédité est celuici : « Une particularité d’organisation tend à réapparaître chez les descendants à un âge correspondant. » Il en est ainsi de la forme, de la taille et de la saveur des graines dans les nombreuses variétés de nos plantes culinaires et agricoles, des variations du ver à soie à l’état de chenille ou à l’état de cocon, de la couleur du duvet des petits ou des cornes de nos moutons et de nos bœufs approchant de l’âge adulte. C’est ainsi qu’une maladie ou une infirmité héréditaire, communiquée à l’enfant par l’élément reproducteur d’un de ses parents, apparaît le plus souvent à un âge avancé. Cette loi est établie sur les faits les plus variés et les plus communs. Elle est une de celles dont l’application est la plus fréquente et la plus remarquée.

IV. — Loi de progression géométrique de espèces et de progression arithmétique des ali ments (1). — Il est démontré par le calcul et l’ob-

(1) On appelle progression arithmétique une suite de nombres tels, que chacun d’eux est égal au précédent, additionné d’une quantité constante. Exemple : 2, 4, 6, 8, 10, 12, etc. Chacun des nombres est égal au précédent augmenté de 2 8 = 6+ 2; 10 — 8 + 2; 12 = 10 + 2, etc.

On appelle progression géométrique une suite de nombres els, que chacun d’eux est égal au précédent, multiplié par une quantité constante. Exemple : 2, 4, 8, 16, 32, 64, etc. Chacun des nombres est égal au précédent multiplié par 2 ; 16 = 8 x 2 ; 32 = 16 X 2; 64 =32 X 2, etc,

servation que la progression des espèces est géométrique, tandis que les aliments croissent dans une progression arithmétique. L’observation a constaté les cas les plus variés de prodigieuse fécondité; et, le calcul, prenant ces faits pour point de départ, a établi que la multiplication se ferait dans les rapports ci-dessus énoncés, si les causes de destruction les plus diverses ne venaient en enrayer le cours. L’éléphant, par exemple, le plus lent à se reproduire, a une gestation qui dure près de deux ans. On calcule qu’au bout de cinq cents ans, il y aurait quinze millions d’éléphants vivants descendus de la seule première paire. Que serait-ce des poissons, dont quelques-uns-uns contiennent jusqu’à trois millions d’œufs.

V. — Loi de la constance des formes en raison de la simplicité de structure. — Cette loi peut s’énoncer ainsi: «Plus la structure des êtres est simple, plus ils sont constants dans leurs formes et dans leur organisation. » Et réciproquement : «Plus l’organisation des êtres est élevée, plusla vitesse de changement est grande. » Les êtres à structure simple sontceuxdont les fonctions sont le moins localisées dans les organes particuliers. Les êtres à organisation élevée sont ceux dont chaque fonction a son organe qui lui est propre. Les zoophytes sont les êtres les plus simples; les mollusques viennent ensuite. L’homme, au contraire, est celui qui occupe le sommet de l’échelle des êtres, parce qu’à chaque fonction est assigné un organe propre, Sir Charles Lyell a constaté que, en compa-

rant les mollusques de deux époques géologiques successives, le nombre des espèces identiques es^ d’autant plus grand que les individus ont une structure plus simple, fl est évident que, si le meme organe peut remplir indifféremment plusieurs fonctions, il s’adaptera aisément à tous les changements qui peuvent affecter le milieu ambiant: sa forme ne variera pas. Pour un mammifère, au contraire, l’organe n’ayant qu’une fonction, il faut que cet organe varie avec le milieu, ou le mammifère succombera.

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