‹ Le Darwinisme (volume 3)Chapitre 41 sur 75 · IV. — Immense extension des glaciers. — Les · texte numérisé non relu

IV. — Immense extension des glaciers. — Les

travaux accomplis par les géologues depuis un demisiècle ont montré sur quelle immense surface s’étaient étendus les glaciers. Non-seulement ils ont occupé, à un certain moment, le nord de l’Asie, les pays Scandinaves, l’Allemagne septentrionale, les îles Britanniques, tout le versant des Alpes et des Pyrénées, mais ils paraissent encore avoir laissé en Amérique des traces d’une extension assez grandiose. Agassiz et quelques autres éminents naturalistes ont commencé, dans le Nouveau-Monde, des études qui, agrandies par les recherches et par les travaux de l’avenir, permettront peut-être de résoudre le problème de l’époque glaciaire. Au demeurant, il est certain aujourd’hui que le phénomène glaciaire s’est produit dans la majeure partie de l’Europe et de l’Asie; (pie l’Amérique du Nord et le vaste empire du Brésil en conservent aussi d’irrécusables vestiges.

Voilà quatre faits bien constatés. La quantité pro-

digieuse d’ossements trouvés en Sibérie, clans le val d’Arno, dans toute l’Europe, atteste que le nombre des pachydermes était immense pendant les époques tertiaire et quaternaire. La multiplication effrayante des herbivores contemporains dans les zones inexplorées de l’Afrique et dans les plaines de l’Amérique méridionale, malgré les milliers de victimes qui succombent sous le fer de l’homme et sous la dent des fauves, reproduit à nos yeux le tableau affaibli que devaient offrir les régions européennes et asiatiques dans les temps préhistoriques. D’autre part, on sait aujourd’hui que le phénomène glaciaire a sévi sur l’Europe presque tout entière, sans parler du Nouveau-Monde; car la chose n’est pas nécessaire au débat. Enfin on n’a retrouvé intacts dans les glaces que quatre animaux et quelques débris.

§ 2. — Conséquences des quatre faits.

1° Si la catastrophe glaciaire a été subite, instantanée et générale, comme le soutient Cuvier, y a-t-il l’ombre même d’une probabilité pour qu’en présence de tant de milliers d’herbivores vivants, cette révolulution n’ait enseveli dans les glaces que quatre d’entre eux? Voilà cinq cents années qu’on exploite les ossements des îles Sibériennes sans que la richesse des gisements semble diminuée; on a déjà extrait assez d’ivoire pour composer les défenses de plus de cent mille éléphants. Eh bien! est-il possible que dans

une région peuplée d’aussi nombreux proboscidiens, trois seulement aient été frappés par la congélation soudaine et générale ? Et quand, au lieu de trois, on en aurait découvert trois cents; quand même on supposerait que le cours du temps en eut détruit autant d’autres, ce nombre d’animaux congelés ainsi accru pourrait-il être admis comme preuve suffisante, lorsque des myriades de troupeaux vivaient simultanément répandus dans les steppes immenses de la Sibérie?

2° Puisqu’une gelée subite a dû foudroyer les animaux épars et les fixer d’une manière immuable dans l’état de dispersion où ils se trouvaient à l’heure de la catastrophe, comment expliquer cet entassement prodigieux d’ossements dans les îles sibériennes ?

3° Non, non, les quatre pachydermes de Cuvier ne prévaudront point contre la vérité. Non-seulement la théorie de l’illustre naturaliste se heurte contre une invraisemblance et n’explique pas tous les faits, mais encore elle fait violence au fondement même sur lequel repose la science entière, c’est-à-dire à la constance et à la stabilité des lois qui régissent la nature. D’où proviendrait, en effet, cette gelée instantanée? Supposer, comme on l’a fait, que la terre avait traversé des régions plus froides de l’univers, n’est-ce pas chose absurde ? Comme si la chaleur, vibration des molécules des corps, pouvait augmenter ou diminuer là où il n’existe ni corps ni molécules ! Du reste, quelle cause assigner à ce tracé nouveau de l’écliptique dans les espaces célestes ? Même dans

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cette hypothèse, le froid ne peut pas être instantané : les transitions sont nécessaires.

En résumé, l’hypothèse d’une catastrophe générale accompagnée d’une gelée instantanée se brise contre trois écueils :

1° Vu le nombre incalculable d’animaux vivant à cette époque, il est inadmissible que quatre d’entre eux, seulement, aient été enchâssés dans les eaux congelées ;

2° En présence d’une gelée soudaine qui a saisi les animaux dans un état extrême de dispersion, il est impossible d’expliquer l’accumulation extraordinaire des débris osseux qui composent certaines îles sibériennes ;

3° La gelée instantanée non-seulement est contraire à la constance et à la stabilité des lois naturelles, mais encore elle reste radicalemeni inexpliquable et par les lois physiques et par les lois astronomiques.

Il est donc impossible qu’elle ait jamais eu lieu ; c’est à un autre ordre de faits, à celui des faits acquis par l’ observation des phénomènes naturels qu’il convient de demander l’interprétation de ces étranges découvertes.

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