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son gré, un Être mystérieux, dans un moment de colère, les avait abrogées pour laisser dans un monde subitement détruit le témoignage inouï de sa puissance. Alliance inespérée ! La Science était devenue l’auxiliaire de la Poésie, et lorsqu’à la voix de Cuvier surgissaient de leur tombe tant de générations animales à jamais disparues, il semblait que vis-à-vis cette évocation magique, les causes actuelles fussent trop mesquines pour produire des hécatombes aussi grandioses et d’aussi effroyables catastrophes.
D’autre part, malgré la multiplicité des destructions générales, les âmes pieuses croyaient avec candeur y trouver la confirmation de la Bible et de son unique déluge, tandis que les esprits politiques, fermant volontairement les yeux sur rinconciliable désaccord des deux doctrines, espéraient, à l’aide de la théorie de Cuvier, resserrer les liens de la domination théologique et donner à la religion vieillie un regain de jeunesse. Aussi, quel immense retentissement eut le Discours sur les révolutions du globe ! Avec quelle force il s’empara des intelligences !... Mais dans la science il n'est pas, pour les théories, de règne éternel, à moins que ce règne ne soit fondé sur la vérité. L'impulsion donnée aux études géologiques portait ses fruits; les faits s’ajoutaient aux faits, les découvertes aux découvertes, et déjà l’on pouvait reconnaître que le phénomène glaciaire avait une extension et une manière d’être telles qu’il devenait nécessaire de modifier les idées reçues et même de chercher une autre explication. C’est alors qu’apparut sur la scène
un adversaire résolu du dictateur de la géologie, qui audacieusement opposa à la doctrine des catastrophes subites celle des causes actuelles. Cet homme est rillustre Sir Charles Lyell (1).
Sir Charles Lyell a voué sa vie a la démonstration de la nouvelle théorie. Ses longs travaux, poursuivis avec une infatigable persévérance, ont été couronnés de succès : la doctrine des causes actuelles a triomphé. Sans doute, une grande obscurité plane encore sur ce point de l’histoire terrestre qu’on appelle la période glaciaire; mais la méthode à suivre dans la solution de cet important problème est celle qu’a tracée Lyell ; elle seule est au plus haut degré empreinte du véritable esprit scientifique : Y élimination du surnaturel dans l’ explication des phénomènes naturels. La découverte de vestiges de glaciers sur la plus grande partie de l’Europe, puis celle de traces semblables en Amérique, tous ces faits réunis ont singulièrement agrandi le problème. Ce qui est difficile à expliquer, ce n’est pas la conservation des chairs de quelques éléphants, c’est l’étendue du phénomène dans les deux hémisphères et la zone où il a sévi. La somme des faits recueillis n’est pas encore assez grande ; les recherches en Amérique n’ont pas encore été assez nombreuses ni assez complètes pour qu’on puisse soulever le voile qui en cache à nos yeux les réelles et
(1) Pour être juste, il faut reconnaître qu’en France Constant Prévôt a partagé avec Lyell la gloire de cette initiative scienli tique.
indiscutables causes. Où en est la science sur cette question ? Tel est l’objet de cette section du livre.
Méthode. « Une erreur qui égare beaucoup de bons esprits, c’est qu’ils veulent absolument trouver une cause unique pour un grand nombre de faits différents. Selon eux, une théorie est absurde si elle n’explique pas tout. Ils veulent une hypothèse qui donne la solution complète de tous les phénomènes. Telle loi naturelle qui expliquerait parfaitement les blocs erratiques ou le diluvium, sera rejetée si elle ne donne aucune raison delà rupture des couches ou de la formation des montagnes, et réciproquement. Il n'y a pas de raison pour penser que tous les faits obscurs doivent avoir la meme origine, et je crois qu’on arriverait plus sûrement à la vérité en cherchant une explication particulière à chaque phénomène (1). » Le conseil est excellent; il est conforme à la véritable méthode scientifique qui corniste à partager l’objet en plusieurs divisions, à étucier celles-ci séparément, en un mot, à faire une analyse. C’est après la connaissance successive des diverses parties que doit venir la considération de l’ensemble. Avant de chercher quelle cause générale a hérissé de glaciers, sur une zone immense, les deux continents, il est nécessaire de savoir comment si forment les glaciers. C’est pour avoir négligé cette marche analytique et sure que l’on a émis tant d’hypothèses chimériques. Lorsque les conditions qui concourent a la formation
(1) J, Adliémar. — Révolutions de la mer.
des glaciers on à l’abaissement delà température dans chaque contrée auront été reconnues, il sera temps d’embrasser le phénomène dans sa totalité. Appuyé sur des laits bien constatés, on pourra, sans, témérité, non pas donner l'explication certaine de la période glaciaire, mais indiquer, prévoir peut-être celle que la postérité réussira sans doute à donner.
I. — Le froid seul ne produit pas les glaciers. — Les plus belles études qu’on ait faites sur les glaciers sont dues à réminent physicien anglais, M. John Tyndali. 11 a résumé dans une page remarquable de son livre sur la Chaleur les hypothèses erronées de ses devanciers et scs propres vues, fruit de longues observations: « La détermination des conditions qui permettent la formation des glaciers a longtemps été un problème pour les physiciens, et la discussion attentive dès solutions que ce problème a reçues est vraiment instructive. Je n’ai pas de nouvelle hypothèse h proposer, mais il semble possible de donner à nos recherches une direction plus vraie, un but mieux défini. L’objet de tous les auteurs qui, à ma connaissance, ont écrit sur ce sujet a été de découvrir le moyen d’obtenir le froid. Plusieurs hommes éminents ont pensé, quelques-uns pensent encore que l’abaissement de la température à l’époque des glaciers était dû a une diminution passagère de la radiation solaire ; d’autres ont imaginé que, dans son mouvement à travers l’espace, notre système peut avoir traversé des régions de basse température, et que les anciens glaciers se seraient formés pendant le passage à travers
ces régions plus froides. D’autres savants, un peu plus dans le vrai, ont demandé la température la plus basse dont ils avaient besoin à une distribution différente des continents et des eaux. Si je comprends bien les écrits des savants qui ont proposé et soutenu ces diverses hypothèses, plusieurs d’entre eux semblent n’avoir tenu aucun compte de ce fait, que l’énorme extension des glaciers dans les âges passés démontre avec une rigueur tout à fait égale et l’action de la chaleur et l’action du froid. Le froid ne produit pas de glaciers. Vous pouvez avoir ici, à Londres, pendant un hiver entier, le vent du nord-est, le plus piquant et le plus froid sans qu’il tombe une seul flocon de neige. Pour se produire, la neige a besoin de sa matière première ; et cette matière première, la vapeur aqueuse de l’air, est le produit direct de la chaleur,,. Il est parfaitement manifeste qu’en affaiblissant l’action du soleil, soit par une diminution d’émission, soit en faisant traverser au système solaire tout entier un espace de basse température, nous détruirions les glaciers dans leur source. De vastes montagnes de glace nécessitent infailliblement des masses adéquates de vapeur atmosphérique, et de la part du soleil une énergie grande dans la meme proportion. Quand, en possession d’un appareil distilla toire , vous voudrez augmenter la quantité de liquide distillé, vous n’essayerez assurément pas d’obtenir la basse température nécessaire à la condensation du liquide en enlevant le feu de dessous la chaudière. Or, si je comprends bien la chose, c/est ce qui a été fait par
jcs physiciens qui ont voulu produire les anciens glaciers par la diminution de la chaleur du soleil. Il est tout à fait évident que la chose la plus indispensable pour produire les glaciers est un condenseur perfectionne; nous n’avons pas un iota à perdre de l’action solaire; si nous avions besoin de quelque chose, c’est de plus de vapeur et surtout d’un condenseur assez puissant pour que cette vapeur, au lieu de tomber en averses liquides sur la terre, soit assez abaissée dans sa température pour descendre en neige. »
Ainsi donc, pour qu’un glacier puisse se former, il faut qu’un vent saturé d’humidité, grâce à l’évaporation causée parla chaleur solaire, trouve un condenseur, c’est-à-dire un haut sommet, où il laisse tomber la vapeur d’eau sous forme de neige. Sous l’action du soleil, la couche superficielle de la iieige se fond; l’eau s’infiltre dans la masse, peu à peu se refroidit* tombe à zéro degré et se transforme en glace. Avec les années l’épaisseur de cette glace va croissant ; les parois deviennent de plus en plus compactes et transparentes sous la pression des couches supérieures, lesquelles chassent l’air emprisonné dans des blocs neigeux, Ainsi se forment les glaciers.
iï. — Niveaux des zones de neige. — Voilà un fait important bien constaté. Mais dans quelles conditions un lieu peut-il servir de condenseur à la vapeur d’eau ? Quelle est l’altitude nécessaire pour que cette vapeur d’eau retombe en neige et non en pluie ? En d’autres termes quel est le niveau particulier des
zones de neige ? Ce niveau dépend de trois causes principales mais d’inégale puissance :
1° La latitude du lieu ;
4° La hauteur du lieu ;
3° La position du lieu relativement aux courants atmosphériques ou marins.