I. — La latitude du lieu. — Puisque la chaleur
versée par le soleil atteint son maximum à l’Équateur et son minimum au Pôle, il est nécessaire que la limite inférieure des neiges soit, d’une manière générale, la plus élevée sur les hauts sommets de l’Equateur, et la plus basse dans les contrées polaires. L’Annuaire du Pureau des Longitudes donne le tableau suivant de la hauteur moyenne de la limite inférieure des neiges perpétuelles à partir de l’Équateur ou 0° de latitude jusqu’au 03° de latitude.
A 0° de latitude. . . 4,800 mètres.
Voici la hauteur de la zone neigeuse dans plusieurs lieux d’après des mesures directes. Au Kilmanjaro (centre de l’Afrique . 3° latitude sud) les neiges ne persistent qu’à une altitude dOv>,200 mètres : au-dessous de cette limite, elles fondent et se résolvent en pluie. Dans les Cordillières, leur limite inférieure monte à 1,800 mètres; elle atteint 5,300 mètres sur le versant nord de l’Iîimalaya et 4,900 sur le versant
sud. Plus on se dirige vers les pôles, plus elle descend: elle est à 1,500 mètres en Norwége, à 970 en Islande, à 700 au Cap-Nord, à 300 au Spitzberg; enfin dans les régions polaires, celte limite se confond avec le niveau de la mer.
Une erreur assez répandue est de croire qu’au dessus de la limite inférieure, la quantité de neige suit une progression croissante. Il n’en est rien. De même qu’il y a une limite inférieure, de même aussi il existe une limite supérieure : c’est l’espace qui s’étend entre ces deux limites qu’on appelle la zone des neiges. C’est là que prennent naissance les glaciers. En effet, la densité de l’air décroît en même temps que s’en accroît la sécheresse; or. passé une certaine limite, les nuages en vertu de leur poids spécifique ne peuvent plus s’élever. On sait que plus ils sont saturés d’humidité, plus ils tendent à se rapprocher de la terre : ce sont eux qui donnent ordinairement les pluies les plus abondantes. Grâce à de nombreuses observations, on a pu établir que sur les Alpes et les Pyrénées il pleut rarement à 3,000 mètres, parce que la densité des nuages les abaisse à un moindre niveau; jamais à 3,600 mètres parce que les rares vapeurs qui s’élèvent au-dessus de cette altitude sont converties en glace (l). Le plus souvent, ne pouvant déverser ces glaces dans une atmosphère aussi légère et sèche, elles s’abaissent dans les couches plus pesantes. Il y a donc une zone moyenne où la quantité de pluie ou
(!) Tschudi. — Le Monde dès Afpei,
de neige, selon les températures, est la plus considérable. Dans les Alpes, cette zone est entre 2,200 et 2,600 mètres.
II. — La hauteur du lieu. — Les faits précédents rendent facile l’appréciation de l’influence qu’exerce au point de vue des glaciers la situation propre d’un lieu. Au pôle, où la chaleur est extrêmement faible, les glaciers peuvent se former dans la plaine meme; à l’équateur, au contraire, oii la chaleur est extrêmement forte, il faut que la hauteur du lieu soit telle que la condensation de la vapeur en neige soit possible. Voilà pourquoi au-dessous de 5,200 mètres au Kilimandjaro, ou de 4,900 à l’Himalaya, les nuages se résolvant en pluie, la formation des glaciers est impossible.
a La loi de décroissance de la chaleur dans le sens vertical est de un degré de température par 187 mètres d’augmentation dans la hauteur. On calcule ainsi que 80 mètres d’élévation produisent le même effet sur la température annuelle qu’un déplacement de un degré en latitude vers le nord. Sur le versant des Gordillières de la zone torride, les climats se trouvent étagés les uns sur les autres, depuis les forêts de cacaotiers des plaines basses jusqu’à la neige perpétuelle. Au pied delà montagne, on a tous les jours une chaleur qui dépasse de plusieurs degrés celle du mois d’août à Païenne. A 2,000 mètres, c’est l’été de Marseille; à 3,000 mètres, la fin du mois d’août à Paris; à 4,000 mètres, la neige commence à tomber;
mais on trouve encore des plantes alpestres en lleur, ce sont les premiers jours d’avril delà France septentrionale (1). »
L’un des hardis Français qui accomplirent le célèbre voyage d’exploration du Mékong et de la Cochinchine, 1866-1868, M. le docteur Thorel, fait une intéressante description du spectacle qu’offrent les groupes montagneux du Yunan. Le Yunan s’étend du 22° au 27° de latitude; quelques-unes des montagnes dépassent 3,000 mètres. C’est avec étonnement que nos explorateurs trouvèrent florissant sur ces montagnes la plupart de nos arbres, soit à l’état cultivé, soit à l’état sauvage. Ce fait est de la plus haute importance au point de vue des origines, non moins que probant au point de vue de l’influence qu’exerce la hauteur d’un lieu sur les productions végétales et sur les animaux. « La végétation et les cultures sont très variées, comme le climat de cette province; au fond des vallées et au pied des montagnes jusqu’à 1,200 mètres, les plantes des tropiques cultivées et à l’état sauvage; au milieu des montagnes, une végétation mixte; on y cultive encore le riz en été, mais en hiver on récolte dans les mêmes champs du blé, des pois, des fèves ou des pavots à opium. Tout à fait au sommet des montagnes, dans la zone froide, où l’irrigation n’est plus possible, la culture du riz est remplacée par celle des pays secs. On y voit tous les végétaux d’Europe cultivés et spontanés. Au milieu des chênes,
i) Zurcher. — Les Phénomènes de /’ Atmosphère.
des pins, des aunes, des bouleaux, des érables, des peupliers, des saules et des rhododendrons qui forment les forêts des montagnes, on trouve plusieurs espèces de poiriers, de cerisiers, de pruniers, de noisetiers, de châtaigniers, de vignes, à l’état sauvage. Chacun des nombreux groupes des montagnes du Yunan peut être considéré comme un monde en miniature oii non-seulement les végétaux mais encore les hommes et les animaux sont étagés d’après les aptitudes qu'ils tiennent de leur origine (climat chaud ou climat froid). En quelques heures, en escaladant une de ces montagnes, on peut voir des représentants
de la végétation du monde entier et des types des
diverses races qui habitent ce curieux point de l’Asie (1). »
III. — La situation du lieu relativement aux courants atmosphériques ou marins. — Les courants atmosphériques ou marins, intimement liés à la conliguration du sol, exercent une influence extraordinaire sur le climat d’une région.
A. — Courants atmosphériques. — L’évaporation de l’eau se fait à presque toutes les- températures; mais elle se fait avec une énergie d’autant plus grande que la température est plus élevée. A 20° au-dessous de zéro, un mètre cube d’air renferme déjà un gramme de vapeur d’eau; à 20° au-dessus de zéro, il
— Sotcs médicales , pige 21.
J) Docteur Thorel .
en renferme 18 grammes; à 30° la quantité de vapeur s’élève à 3o grammes, et ainsi toujours croissant. Il suit de là que si une contrée -est exposée à des vents tièdes et chauds qui ont pu se saturer de vapeur d’eau, soit sur la surface des mers, soit sur la surface des lacs intérieurs, les glaciers pourront se former et grandir, à cette condition essentielle que la contrée aura des condenseurs perfectionnés, c’est à dire de hauts sommets.
C’est précisément le cas de la partie méridionale de l’Asie. Les moussons, qui régnent périodiquement sur le grand Océan Indien, s’imprègnent d’une énorme quantité de vapeur d’eau sous l’action brûlante du soleil équatorial. Ainsi saturées, elles s’élancent sur l’Asie; là rencontrant les cimes des Chattes, puis celles de l'Himalaya, elles déversent par torrents la pluie et la neige. C’est dans l’Himalaya, à Cherra- Pungee, qu’on a trouvé le maximum des pluies du globe, s’élevant à 767 centimètres par an. Aussi les glaciers de l’Himalaya sont-ils les plus vastes du globe. D’après le capitaine Montgomeric, celui de Biafo n’a pas moins de 103 kilomètres de développement (1).
Mais si le vent souffle de terre, ou sien passant audessus des montagnes il perd son humidité, les régions sont soumises à un effet inverse. Les côtes du Pérou sont sous l’influence des vents d’Est, lesquels ont été
(1) John Htfr.-clndl. — Météorologie .
John Tyudall. — La Chaleur.
Marié-Davv. — Les Mouvements de F Atmosphère.
desséchés par les Andes péruviennes, aussi n’y pleutil pas. Le Chili est, au contraire, sous l’influence des vents du nord-ouest ou de l’ouest, lesquels sont des vents marins humides. Ces derniers sont h leur tour desséchés par les Andes du Chili et ne fournissent que peu de pluie aux Pampas de la Plata et aux déserts de la Patagonie.
La ligne des déserts du tropique nord commence à l’ouest, de l’ancien continent, traverse l’Afrique dans toute sa largeur où elle n’est interrompue que par quelques oasis, puis va couvrir une partie de l’Arabie, le sud de la Perse, la Boukharie et la Mongolie jusqu’aux monts Khing-Khan (Mandchourie). Sa position et ses déviations s’expliquent admirablement par la direction des courants atmosphériques. Le désert de Gobi, dans la Mongolie, qui est entouré de tous côtés par de hautes montagnes, est voué à la mort et à la solitude. En effet, les vapeurs apportées par la mousson du sud-ouest sont condensés sur les monts Himalaya et sur les plateaux du Thibet; l’air apporté de l’Atlantique par les courants équatoriaux prolongés sur l’Asie a passé par de hautes latitudes où le froid l’a dépouillé de sa vapeur. Il s’ensuit que l’eau ne peut arriver ni par le sud, ni par le nord ou l’ouest sur le désert de Gobi; les vents d’est n’y sont euxmêmes que des transformations des courants polaires.
En Europe, la ville de Yassi nous offre un exemple remarquable de l’influence qu’exerce sur le climat la direction des courants atmosphériques. Située vers le 47° de latitude, la ville est assise sur le versant de
deux montagnes, séparées entre elles par une ..étroitevallée. N’ayant aucun abri du coté -du nord, elle est exposée entièrement aux vents qui soufflent des plaines de la Bessarabie et de la Russie; aussi ses hivers sont-ils fort rigoureux. A cette époque de F année, on voit le thermomètre descendre jusqu’à 25 et 30° audessous de zéro. En été, la chaleur et la sécheresse sont souvent excessives. Or, à Paris, quoique cette ville soit située à 2 degrés environ de plus au nord (48° 50' 49"), la température s’abaisse rarement à — 15°. Cet écart considérable est propre à faire apprécier lerôle important que joue la circulation atmosphérique.
B. — Courants marins. — L’eau s’échauffe lentement et se refroidit avec une égale lenteur : aussi sa température pendant l’hiver est-elle supérieure à celle des continents. Comme les couches d’air situées à la surface des mers participent de cette constance relative des températures, il s’ensuit que le climat hibernal des contrées qu’elles visitent doit être sensiblement adouci. La démonstration de ce fait estfournie d’une manière éclatante par le célèbre courant marin qu’on appelle le Gulf-Stream. Le Gulf- Stream, contrairement à une opinion répandue, prend naissance sur les côtes occidentales de l’Afrique tMarié-Davv), puis s’alimente dans les eaux du
Mexique. Ces eaux, échauffées elles-mêmes sous la zone torride avant d’être poussées dans le golfe mexicain par les vents, conservent toute l’année une tem-
pérature élevée. Pendant l’hiver, « la mer fume comme une chaudière en ébullition. » (Rapport du capitaine Duchesne.) Le GulLStream longe les côtes de l’Amérique du Nord, s’infléchit au-dessous des bancs de Terre-Neuve, et vient réchauffer les côtes ouest et nord de l’Europe. La chaleur de ses eaux se communique à l’air, lequel se charge en outre de vapeur à leur surface.
Son action sur les climats d’Europe est d’une extrême puissance. C’est à lui que les côtes ouest et nord-ouest de notre continent doivent leur température relativement douce, tandis que celles du Labrador sont emprisonnées par une barrière de glace Or le Labrador est situé entre le 50° et le 60° de latitude : ainsi de l’Angleterre. La différence de climat entre les deux contrées provient uniquement de la direction suivie par le Gulf-Stream, lequel s’éloigne du Labrador pour venir baigner les rivages européens. Québec et Christiania sont à peu près sur la même ligne isotherme de -f 5°; et cependant Christiania est environ à 12° de latitude plus au nord que Québec ! Le port norwégien de Hammerfest, situé au delà de 70° de latitude, n’est jamais pris par les glaces. Tandis que les golfes norvégiens sont bordés de forêts et de verdure, le littoral russe, situé à peu de distance, à l’est, est aride et improductif : le mercure gèle dans les tubes (1). La cause d’un contraste si frappant est toute dans le cours du Gulf-Stream qui apporte aux
fl) On sait que le mercure ne gèle qu’à — 48°.
golfes ou fiords de Norwége la chaleur et la fécondité. Enfin une branche du grand courant marin remonte le long de la côte ouest du Spitzberg et donne ainsi l’explication de ce fait anomal qu’à la partie nord du Spitzberg la limite des neiges est à 150 mètres au lieu d’être au niveau du sol.
Rien n’est aussi propre à montrer l’action singulière des courants marins sur le climat que la comparaison des hivers des contrées sibériennes avec les hivers des pays européens. La différence des températures, à latitudes égales, fera saisir toute la grandeur du bienfait que rend à l’Europe le Gulf-Stream. Irkutsk (52° 17' latitude nord) et Earnaoul encore moins au nord ont le même été moyen que Berlin (52° 30' latitude nord) et que Cherbourg (A\i° 32' latitude nord.) Mais la température moyenne des deux villes sibériennes en hiver est — 20°, tandis que la movenne hibernale du nord-ouest de la France est de 3° 95. Les exemples suivants mettent également en relief le rôle considérable que remplit le Gulf- Stream.
1° lies Feroë (02° latitude nord) ont une moyenne hibernale de + 3° 90 centigrades ;
2° Edimbourg (53 0 57' latitude nord) a une moyenne hibernale de + 3° 47 ;
3° lie du Man (54° 30' latitude nord) a une moyenne hibernale de + 5° 59 centigrades.
L’hiver de l’Ecosse est aussi doux que celui de .Milan
Lorsque l’on compare la moyenne calorique de l’année entière, les différences s’accusent d’une manière aussi caractéristique selon que les villes sont situées sur le bord de la mer ou dans l’intérieur des terres.