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LONGUE DURÉE DES ÉPOQUES GÉOLOGIQUES

«Pourquoi les races actuelles, me dira-t-on, ne seraient-elles pas des modifications des races fossiles, modifications qui auraient été produites par les circonstances locales et le changement de climat, et portés à cette extrême différence par la longue succession des années?... C’est que la catastrophe qui les a détruites ne leur a pas laissé le temps de se livrer à leurs variations. » Telle est l’objection de Cuvier. Dans son histoire des travaux de ce grand zoologiste, M. Flourens insiste avec force sur ce point : « Lors donc qu’on irait jusqu’à accorder que les espèces anciennes auraient pu, en se modifiant, se transformer en celles qui existent aujourd’hui, cela ne servirait à rien; car, comme le dit encore M. Cuvier, elles n’auraient pas eu le temps de se livrer à leurs variations.» Cuvier était un esprit trop rigoureux pour laisser

quelque chose d’indéterminé dans une assertion.il précise donc, dans un autre passage, quelle est là courte durée qui s’est écoulée depuis la dernière catastrophe, c’est à dire depuis le moment où, selon lui, les races actuelles ont fait leur apparition sur la terre. «Je pense, avec MM. Deluc et Dolomieu, que s’il y a quelque chose de constaté en géologie, c’est que la surface de notre globe a été victime d’une grande et subite révolution, dont la date ne peut remonter beaucoup au-delà de cinq à six mille ans (1). »

Malheureusement pour l’argumentation de Cuvier, les cinq ou six mille ans de MM. Deluc et Dolomieu sont allés rejoindre les grandes et subites révolutions dans la vaste nécropole où gisent les erreurs du passé. Il n’y a pas eu de destructions soudaines et universelles; la vie s’est perpétuée sans solution de continuité, et la durée des époques géologiques se compte par milliers de siècles.

I. — Pyramide de Chéphren. — L’éminent zoologiste anglais, M. Richard Owen, a fait, au retour d’un voyage en Egypte, la communication suivante à l’Académie des sciences: «Les découvertes faites à Saggarah et à Memphis par M. Mariette-bey paraissent avoir établi que l’époque de Chéphren, fondateur de la seconde pyramide, se rapporte au troisième règne de la quatrième dynastie de Manéthon, qui ne re-

(1) Cuvier. Discours sur les révolutions du globe , pages 77. 78, 177.

monte pas à moins de six mille ans avant le moment actuel(l).» Chacun sait que l’époque de la construction des pyramides est relativement récente. Voilà donc la date de la dernière catastrophe singulièrement reculée par les découvertes archéologiques. Mais les faits naturels sont autrement précis et concluants.

II. — Delta du Nil. — D’après les calculs les plus modérés, le dépôt des sédiments du delta du Nil ont exigé plus de 12,000 ans (Girard, Horner). Quelquesuns lui attribuent plus de 30,000 ans (Rosière, Linant-bey). L’accroissement a été calculé à raison de 03 millimètres par siècle (2).

III. — Delta du Mississipi. — Pour le delta du Mississipi, la plus basse estimation, d’après sir Ch. Lyell, lui assigne plus de 100,000 ans. Le delta s’étend sur plus de 77 mille kilomètres carrés avec 100 mètres environ de profondeur.

IV. — Delta de la Tinière. — Le delta formé par le torrent de la Tinière, près de Villeneuve, en Suisse, est, d’après M. Morlot, l’œuvre de plus de 100,000 ans.

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