ET L’HOMME
INTRODUCTION
La théorie cle Darwin est-elle entièrement vraie; on bien, n’a-t-elle qu’une part de vérité; et, dans ce dernier cas, quelle en est la valeur ou la portée? Pour répondre à ces questions, il n’est qu’un seul moyen, c’est de soumettre à"un examen critique le fondement même de tonte classification, c’est-à-dire l’Espèce
Toutes les divergences, en effet, proviennent de l’idée que les naturalistes se sont faite de l’espèce et de la définition qu’ils en ont donnée. 11 est clair que si l’idée de l’espèce était une; si elle n’était que le reflet de ce qui est, le moindre écart n’ aurait pu avoir lieu, pas plus qu’on ne peut en géométrie donner deux définitions du triangle. Comment se fait-il que les animaux étant là, sous nos yeux, sans cesse à la portée de l’observation, les naturalistes n’aient pas donné à leurs jugements, et à
leur manière de grouper, une formule identique? Il a donc fallu que dans leurs définitions ils aient admis quelque chose qui n’avait pas de réalité' objective, c’est-à-dire qui n’appartenait pas en propre à l’objet étudié; et qu’ainsi leurs classifications aient eu un côté d’une valeur purement subjective, c’cst-à-dira, propre au sujet, à l’homme même qui étudiait les objets. Il en résulte que les définitions et les formations de groupes varient selon le point de vue où sc placent les divers naturalistes, et selon l’importance (pie chacun attribue aux mêmes caractères.
La IVe partie de ce livre comprendra le résumé critique de ce qui concerne l’espèce, le genre, le croisement; puis l’application des notions acquises aux différents groupes humains; enfin, pour que le cycle soit complet, l’exposé succinct du célèbre Mémoire de M. le professeur Huxley sur La Place de V homme dans la nature. Le lecteur pourra donc embrasser le Darwinisme dans toute son étendue et le juger, avec connaissance de cause, non-seulement en lui-même, mais encore d’après scs rapports avec les autres grands problèmes de l’histoire naturelle (1).
(i) Dans la IVe partie, j’ai mis à contribution le Cours professé au Muséum par M. do Quatrefages et publié parla Revue des Cours scientifiques. Ce Cours abonde en faits du plus haut intérêt. La question du Monogénisme y est prise dès le principe et traitée avec grands développements. L’examen du Darwinisme, qu’a publié le même auteur, est non moins digne d’éloge par l’impartialité et la vigueur de la critique: il fait honneur à l’homme et au savant.