I. — Le climat ou milieu ambiant (1). — Le cli
mat est une des causes les plus énergiques de sélection. Dans les plantes, son action se fait surtout sentir sur le système végétatif : elle affecte plus difficilement le système reproducteur. Aussi la constance relative de celui-ci est-il un des meilleurs indices pour la classification. Le système végétatif d’une plante comprend les caractères de glabréité ou de pilosisme, la présence ou l’absence d’un produit cireux, l’existence de racines fibreuses ou pivotantes, courtes ou prolongées, sèches ou tubéreuses, les feuilles entières ou
(1) Tout d’abord Darwin n’a pas accordé au climat toute l’influence qu’il a réellement sur les variations des êtres organisés. Plus tard, l’illustre naturaliste s’est rapproché davantage, sur ce point, de la doctrine d’Etienne Geoffroy Saint- Hilaire.
finement découpées, laminaires ou charnues, à stomates nombreux ou rares, à épiderme mince ou calleux.
1° Un sol riche, ombragé et humide, élève la taille, fait prédominer les parties foliacées sur les organes reproducteurs. Chaque espèce possède ainsi une variété umbrosa.
2° Un terrain sableux, aride, insolé, produit des effets opposés : brièveté de la taille, sécheresse des tissus, coloration plus intense, villosité plus prononcée.
Lorsque les excitants et les aliments de l’organisme font simultanément défaut, les dimensions des individus se trouvent tellement réduites qu’il en résulte des nains. (Variété segetalis.)
3° Lorsque la chaleur a fait défaut ou que le vent a sévi, la plante rabougrie, déprimée, semble ne pouvoir se détacher de la terre qui la nourrit, l’échauffe et l’abrite. Elle est constituée par une simple rosette de feuilles, du milieu de laquelle se détache à peine un style florifère, raccourci, portant deux ou trois fleurs en apparence sessiles : c’est la variété alpine.
■4° L’immersion continue dans l’eau détermine des changements remarquables. Les feuilles s’allongent et se découpent souvent en divisions capillaires, c’est la variété aquatilis.
5° L’eau salée, l’atmosphère maritime produisent une taille plus courte et plus robuste, des plantes trapues, munies de tiges ou de feuilles charnues, succulentes, souvent glabres, quelquefois pourtant plus
chargées de poils que dans les types. C’est la variété maritime .
L’action du milieu ambiant sur les animaux est non moins puissante.
\° Action du froid. — Le froid stimule la sensibilité et la circulation capillaire de la peau ; il augmente l’bématose cutanée et la chaleur périphérique, provoque à l’exercice musculaire et conséquemment à la dépense du combustible, aiguise l’appétit et rend plus actives les fonctions digestives. 11 appelle ainsi des aliments plus substantiels et favorise la nutrition. En définitive, il développe la masse du corps et crée le tempérament sanguin .
2° Action du chaud. — L’air, dilaté par la chaleur, fournit à chaque inspiration pulmonaire une moindre quantité d’oxygène. Par conséquent, la combustion des aliments ne peut se faire que d’une manière incomplète. Il est donc nécessaire que le foie secrète une quantité plus considérable de bile afin d’éliminer les matières incomburées. Cette sécrétion active amène un plus grand développement de l’organe sécréteur : d’où le tempérament hépatique propre aux peuples tropicaux (1).
Quels que soient son génie et ses inépuisables ressources, il faut que l’Européen, devenu habitant des régions polaires, prenne quelque chose de l’Esquimau ; ou , transplanté sous les tropiques , qu’il se plie dans une certaine mesure au régime des Africains.
Ad. UtflfioV. Prétece rifbmâ (kî nspè.Wi
L’action incessante du climat sur les organes élève, abaisse ou pervertit les actes physiologiques. Consécutivement les phénomènes nutritifs et plastiques subissent un changement analogue, car l’activité des fonctions est le véritable régulateur de la nutrition. L’organisme, pour résister à pression extérieure, réagit avec force. Cette lutte engendre, à la longue, des altérations de forme, d’étendue, de rapports. L’habitude les tixe, l’hérédité les transmet, et voilà une race nouvelle créée. Si lentes que soient les variations produites par le climat, il n’en est pas moins vrai que son influence, toujours en exercice, finit par être irrésistible. Varier ou mourir, telle est, en acclimatation, la loi de sélection.
IL — La nourriture. — On a vu précédemment que la progression géométrique de la multiplication des animaux engendrait pour la possession de la nourriture une terrible concurrence. La lutte entre les individus de même espèce est beaucoup plus intense qu’entre deux espèces différentes. En effet, habitant les mêmes districts, ayant les mêmes besoins, exposés aux mêmes dangers, ils doivent, pour triompher, mettre à profit les moindres variations qui leur soient en quelque chose avantageuses. Entre la souche pri" mitive et les races élues qui ont progressé dans des directions exclusives et diverses, l’écart est devenu si grand qu’en l’absence des types intermédiaires, il est difficile, souvent impossible, cio croire à une communauté d'origine.