‹ Le Darwinisme (volume 3)Chapitre 71 sur 75 · DE LA PLACE PE L’HOMME PANS LA NATURE · texte numérisé non relu

DE LA PLACE PE L’HOMME PANS LA NATURE

Quelle est la place de l’homme dans la nature? Si, comparé aux autres animaux, l’homme naît par des procédés différents ; si ses organes sont différents; si les fonctions de nutrition, de reproduction, etc., sont différentes, il est évident que l’homme sera distinct des animaux inférieurs et devra former un règne nouveau, le règne humain. Mais s’il en est autrement, l’homme ne pourra pas être distrait du règne animal; il appartiendra à l’échelle animale commune. La seule chose qui incombera à la science sera de définir l’échelon où il devra être placé.

La réponse à la première partie de la question a été résolue dans les trente dernières années, avec une évidence irrésistible. L’homme naît d’un œuf, ainsi que le chien, le merlan et l’escargot ; ses organes de

nutrition sont les memes que ceux des mammifères supérieurs, chat, loup, cochon, etc. L’homme ayant donc même structure, mêmes fonctions organiques, appartient à la série animale.

Voilà le premier point; reste le second. Quelle est sa place dans la série? Doit-il être placé dans le même Ordre que les singes, ou en former un séparé. L’immortel suédois Linné, « ce grand législateur de la zoologie méthodique » ainsi que l’appelle M. Huxley, avait rangé l’homme et les singes dans le même Ordre, auquel il . avait donné le nom de Primates. Mais les préjugés de toute nature, l’Ignorance, la Superstition et leur inséparable compagnon, la Stupidité orgueilleuse, s’irritèrent et crièrent à la profanation. Des naturalistes complaisants se mirent à l’œuvre ; Blumenbach déclara que l’homme avait deux mains et deux pieds, tandis que les singes avaient quatre mains et pas de pieds; en conséquence, il décréta que l’homme formerait un Ordre distinct, celui des bimanes, et que les singes en formeraient un autre, celui des quadrumanes. Cuvier, en bon théologien, propagea la distinction ingénieuse de Blumenbach; et voilà comment tous les livres de zoologie enseignent que l’homme, bimane, est séparé par un abîme du singe, animal quadrumane.

Est-ce que vraiment les deux membres inférieurs du singe seraient des mains et non des pieds? Isidore Geoffroy osa dire tout haut ce que bien des naturalistes murmuraient tout bas : Non, le singe n’est pas quadrumane ; ses deux prétendues mains sont de vé-

ritables. pieds. Mais effrayé de*son audace, il conclut, par des considérations morales, que l’homme devait former un règne à part, le règne humain : l’orgueil des bimanes était sauvé! M. Huxley, l’un des plus illustres savants de l’Angleterre, eut moins de respect pour les préjugés courants : il publia son fafneux livre : La place de l’Homme dans la nature, où, traitant le sujet en zoologiste, il démontra que les singes avaient deux pieds et deux mains, et conclut que rien n’autorisait, en zoologie, à séparer l’homme de l’Ordre des Primates. Voici la classification qu’il a adoptée :

Page 1