C. Entre deux têtes de-chiens, bouledogue et lévrier
D. Entre deux têtes de bœufs, durham et gnato (camard) ;
E. Entre deux têtes de poules, poule ordinaire et poule huppée. Le crâne de la poule ordinaire est uni et lisse; le crâne de la poule huppée offre une saillie de l’os frontal et deux énormes ampoules osseuses.
Et de même chez nos races domestiques de pigeons, de canards, etc. Les variations entre deux crânes humains extrêmes sont de beaucoup inférieures à celles
qu’on remarque entre animaux appartenant à la meme espèce.
Les comparaisons sont faites d’après les moyennes. Si, au lieu de la moyenne donnée par chaque race, on se contente d’observer les différences entre deux individus de la môme race, on trouve que ces différences sont supérieures à celles qu’offre la moyenne d’une race entière comparée à la moyenne d’une autre race. Exemples :
Pouces cubes.
A. Capacité moyenne du crâne chez les blancs.. 87
B. Capacité moyenne du crâne chez les nègres. 78
Différence . 11
A. Capacité maximum d’un crâne de hlanc . 109
B, Capacité minimum d’un crâne de blanc . 75
Différence . . . 34
Ces mesures ont été prises par le polygéniste américain Morton. Un autre polygéniste, Davis, a recherché le poids des cerveaux; il a trouvé que les Anglais occupent le premier rang avec un cerveau pesant 1,387 grammes; les Français seulement le 14e avec un cerveau de 1,253 grammes, bien au-dessous des Cafres, des Siamois, des Peaux-Rouges et des Esquimaux, ces derniers ayant un cerveau de 1,319 grammes î
Appendice. — - Etendue des variations psychologiques. L’examen des variations psychologiques est non moins
favorable à l’unité de l’espèce humaine. L’étendue des variations que l’homme fait subir aux animaux est bien plus considérable que celles que subissent les divers groupes humains. L’homme, en effet, est parvenu à renverser complètement les instincts de certains animaux. G’cst ainsi quo le sanglier, animal nocturne, est devenu, sous le nom de cochon, un animal diurne. Les chiens libres chassent à courre, l’homme en a fait des chiens d’arrêt. Le castor est naturellement social et bâtisseur; traqué par l’homme, il devient solitaire et terrier. C’est ce qui est arrivé aux castors des bords du Rhône; c’est ce qui arrivera bientôt à ceux de l’Amérique du Nord.
§ i. — Physiologie .
Ce qui caractérise essentiellement le métissage, c’est-à-dire le croisement d’une race avec urje autre race appartenant à la même espèce, c’est :
1° La fécondité des croisements et très- souvent l’accroissement de fécondité ;
2° La fécondité continue des métis;
3° L’atavisme.
Ces caractères distinctifs sont corroborés par l’égalité du temps de la gestation. Tel est le critérium.
I. - — Gestation. — Le temps de la gestation est le même chez tous les groupes humains : il n’y a pas
d’exception, sauf les différences individuelles qui se trouvent également dans tous les groupes.
IL — Fécondité des croisements. — Tous les croisements entre individus de races différentes sont féconds. On a essayé d’objecter quelques exceptions;
celles-ci ont été reconnues fausses. Ainsi, un voyageur avait prétendu que, dans la Tasmanie (île située au sud de l’Australie), il ne s’était point formé de race métisse d’Anglo-Tasmaniens. Gela est vrai, mais la cause en est simple. Les relations que les Anglo- Saxons ont eues avec les Tasmaniens ont consisté à massacrer impitoyablement les indigènes, si bien que la race Tasmanienne n’existe plus.
Meme observation à l’égard delà non-formation de métis Anglo-Australiens. Durant les premiers temps de la colonisation, les blancs massacraient, pendaient ou brûlaient vifs tous les Australiens qu’ils prenaient; ceux-ci, à leur tour, tuaient sans pitié tous les enfants provenant d’unions entre blancs et femmes australiennes. Gomment une race métisse se serait-elle formée? Mais là oii les tribus de l’intérieur n’ont pas eu à souffrir du voisinage des grandes colonies delà côte et par conséquent n’ont pas eu de ressentiments à concevoir, les unions d’Australiennes avec les trappeurs blancs ont été fréquentes et toujours fécondes.
Deux missionnaires, Butler Earp et Mackenzie, qui ont vécu vingt ans parmi les tribus australiennes; qui regardent meme les Australiens comme des singes
dégénérés, attestent que les métis sont très-nombreux là où les causes d’infanticide n’ont pas eu l’occasion de se produire. Il n’y a donc pas d’exception fondée contre la fécondité des croisements entre groupes humains.
Il est toutefois une importante remarque à faire, c’est que le changement de climat influant sur la santé peut rendre l’émigré moins apte à la fécondation. Ce n’est là qu’une action de milieu affectant passagèrement l’exercice de la force plastique sans rien enlever à son énergie intrinsèque. Une fois cette action annulée, soit par l’acclimatation, soit par d’ingénieux artifices, l’émigré reprend scs aptitudes antérieures et sa vertu procréatrice.
III. — Accroissement de fécondité par le métissage. — Le croisement entre races humaines accroît la fécondité. Parmi les nombreux témoignages de ce fait, il en est un considérable, car son auteur, le célèbre voyageur Levaillant, ne prévoyait certainement pas les débats qui se sont élevés sur ce point d’histoire naturelle. « Les Hottentotes obtiennent de leurs maris de trois à quatre enfants tout au plus. Avec les nègres elles triplent ce nombre, et plus encore avec les blancs. »
Un médecin polygéniste, M. Ilombron, dont l’affirmation ne peut être suspecte, a produit un argument décisif en recueillant l’observation suivante : « Pendant les quatre années que j’ai passées au Brésil, au Chili et au Pérou, je me suis amusé à observer le
singulier mélange des nègres avec les aborigènes. J’ai même tenu note exacte du nombre des enfants qui résultaient, dans un grand nombre de ménages, de l’alliance d’un blanc avec une négresse, d’un blanc et d’une Américaine, d’un nègre et d’une Péruvienne ou d’une Chilienne, d’un Américain avec sa compatriote, et enfin d’une négresse avec un nègre. Je puis affirmer que les unions des blancs avec les Américaines m’ont présenté la moyenne la plus élevée; venaient ensuite le nègre et la négresse, enfin le nègre et l’Américaine. L’infériorité des Américains entre eux, sous le rapport de la reproduction, dépend probablement de leur peu d’ardeur mutuelle. »
Dans cette observation si intéressante, un point à noter est le maximum de fécondité donné par le croisement du groupe le moins fécond avec un groupe étranger. Comparez ces faits avec la stérilité qui suit presque toujours le croisement de deux espèces, et jugez 1
IV, — Fécondité continue des métis. — La fécondité continue des mulâtres est une chose bien connue. Non-seulement les nombreux créoles qui viennent en Europe faire leurs études classiques ou fonder des établissements industriels sont, sur ce point, d’un accord unanime, mais encore la présence de familles mulâtres qui vivent dans nos murs, et sous nos yeux, se couronnent d’une florissante progéniture, donne à ce fait l’évidence de la certitude.
On a essayé d’opposer quelques faits de fécondité
limitée, entre autres celle des métis de Malais et Hollandais dans File de Java. Mais comme ces mêmes métis sont très-féconds dans d’autres îles orientales, il s’en suit que cette restriction de fertilité est due à l’action du milieu. Cette interprétation est acceptée même des polygénistes les plus ardents.
On trouve des races métisses dans chaque partie du Monde, en Afrique, en Amérique, etc. Dans une grande partie de l’Amérique (Mexique, Guatémala, Colombie, la Plata, Brésil), les races métisses en 1824 formaient le cinquième de la population : elles ont suivi une progression croissante.
Les races métisses humaines ne peuvent pas rester pures, comme les races d’animaux domestiques que l’homme surveille avec tant de soin. Elles se mélangent donc généralement, ce qui peut rendre difficile a démêler les caractères reçus de parents si divers. Mais cette circonstance est loin d’atténuer la preuve de la fécondité entre croisements : bien au contraire ! Cependant l’histoire naturelle a consigné le fait extrêmement intéressant d’une race métisse qui a vécu un demi-siècle dans l’isolement. Il s’agit des matelots révoltés du navire anglais la Bounty qui débarquèrent à Pitcairn, petite île voisine de Taïti. Après quelques années de guerre intestine et de meurtres, il ne restait plus en 1793 que deux Anglais et dix Polynésiennes. L’union des Anglais et des Polynésiennes donna naissance à une race métisse qui en 1856 comptait 189 membres. Dans l’ëspace de 60 ans elle avait ainsi plus que décuplé. L’îlot de Pitcairn étant trop
petit, les colons-métis émigrèrent tous à Taïti, d'où le gouvernement anglais les transporta clans l’île de Norfolk. Les renseignements s’arrêtent là. La formation de celte petite colonie de métis offre un intérêt analogue à celui d'une expérience faite avec soin dans un laboratoire de chimie.
V. — Atavisme. — Les exemples d’atavisme sont très-nombreux. Seulement, soit ignorance de la multitude, soit inattention causée par l’entraînement des affaires publiques et privées, ils passent le plus souvent inaperçus. « Il faut beaucoup de philosophie, disait J. -J. Rousseau, pour voir les choses qui sont sans cesse devant nos yeux. » Qui de nous n’a pas vu dans une famille un père blond et petit engendrer un fils brun et grand, reproduction du type d’un aïeul? Par suite des progrès de la civilisation, non-seulement les croisements se sont faits et se font pêle-mêle entre les diverses races indigènes, mais encore les alliances avec les peuples étrangers sont devenues très-fréquentes. Il est donc malaisé de discerner dans les enfants issus d’un métissage aussi complexe les retours isolés à un type bien défini. Cependant l’œil du naturaliste, plus instruit et mieux exercé, sait encore démêler les caractères d’un type antérieur. Ici on retrouve les traits du Germain, là ceux de l’ Anglo- Saxon, etc. Mais ce qui frappe les yeux de tous, ce sont les cas où l’opposition extrême de la couleur appelle et fixe malgré soi l’attention. Tels sont les cas d’atavisme dans les familles où le nègre et le blanc
ont mêlé leur sang. En voici un exemple remarquable: Dans la Virginie, une négresse mariée à un nègre mit au monde une fille blanche. Elle fut très-effrayée ; mais son mari la rassura en lui disant qu’il comptait parmi scs aïeux un blanc, et qu’il y avait toujours eu un enfant blanc dans les familles alliées à la sienne. La fdle blanche à l’àge de 13 ans fut vendue à l’ami¬
ral VYarcl pour être montrée à la Société royale de Londres (docteur Parsons). Ces cas d’atavisme sont loin d’être rares en Afrique, aux Antilles, etc. (1).
VI. — Ressemblance. — Ainsi que chez les métis des races domestiques, la ressemblance chez les métis humains est quelquefois unilatérale, mais le plus souvent bi-latérale mixte.
« L’enfant d’un père européen et d’une mère chinoise, ditM. Schertzer naturaliste autrichien delà Novara , est au hasard qu Chinois ou Européen. »
(1) Voir dans P. Lucas. L'Hérédité, tome Jl, page 44 et suivantes, plusieurs cas d’atavisme de coloration
Les anomalies rendent les atavismes très-saisissables. Il n’est
point de difformité ni de monstruosité, parmi celles mêmes qui semblent le moins susceptibles de se reproduire, qui n’offrent des exemples d’hérédité en retour. Ainsi, un homme sexdigitaire procrée des fils qui sont exempts de celte anomalie. Ces fils engendrent des enfants chez qui l’anomalie des six doigts reparaît. Dans les deux familles sexdigitaires de Colburn (Angleterre) et de Gratio Kalléja (ile de Malte), l’anomaieasauté de la lrj à la 3e et 4e génération.
Il en est de même des becs de lièvre : un homme bien con-
A Berlin, un ménage mixte (famille de cordonnier) eut des fils blancs et des filles noires.
A Paris, le docteur Prosper Lucas a constaté deux cas du plus haut intérêt :
1° Un père noir et une mère blanche eurent pour enfants d’abord un négrillon pur sang; ensuite un vrai mulâtre; enfin un fils blanc, figure agréable, cheveux blond rouge, très-frisés. Dans cet exemple on retrouve il la fois la ressemblance unilatérale et bi-latérale.
2° Un père blanc et une mère noire ont eu d’abord
un mulâtre tirant sur le noir; ensuite un mulâtre ti-
rant sur le blanc; enfin une fille blanche, figure agréable, beaux yeux, pétillants d’esprit. Nouvel exemple de ressemblance unilatérale et bi-latérale (!).
formé, mais dont les parents étaient atteints du bec de lièvre, e.ut, d’un premier mariage, onze enfants dont deux avaient le bec de lièvre; et, d’un second mariage, deux enfants qui avaient la môme difformité.
La gibbosité, la claudication, etc., offrent souvent dans leur propagation la même intermittence. En voici un exemple frappant.
lre génération. — Un frère et une soèur, de taille droite, mais issus de parents rachitiques, se marient.
2e génération. — Le frère engendre deux filles bossues. La sœur a sept enfants, tous bossus.
3e génératiou; — Trois de ces enfants bossus se marient et donnent naissance à sept enfants droits.
4e génération. — Trois membres de cette génération droite se marient; ils ont chacun une fille bossue.
(1) Prosper Lucas. — L'Hérédité , tome 1er, page 213.
« Winterbotton a vu, à Wangapong, un jeune albinos, d’euviron dix-huit ans, grand, bien fait, dont le père était un nè-
La ressemblance est ordinairement bi-latérale mixte chez les mulâtres avec prédominance du type nègre. Tel est le témoignage de Burmeistcr, l’un des savants qui ont le plus observé les mulâtres dans l’Amérique du Sud et dans les îles du Mexique; tel est aussi celui de Pruner-Bey, qui a étudié les mulâtres en Egypte et en Asie. Yoici les caractères qui attestent cette pré¬
dominance :
1° Chevelure frisée et laineuse;
2° Front bas et fuyant;
3° Prognathisme marqué (mâchoire qui avance);
-4° Pieds plats.
Un des faits les plus curieux est fourni par un mulâtre, M. Lislet Geoffroy, ingénieur à l’île de Franco et correspondant de l’Académie des sciences. Il était fils d’un blanc et d’une négresse très-bornée. M. Lislot Geoffroy était entièrement nègre par les traits, la couleur et mémo par rôdeur particulière à la race noire. Par le développement intellectuel et moral, il était entièrement blanc, si bien qu’il était parvenu à vaincre le préjugé si enraciné aux colonies contre les nègres : il était reçu dans le salon des blancs! Excrn-
gre albinos. Sa mère, ses trois frères, deux de ses sœurs étaient noirs; mais l’une de ses sœurs était blanche comme lui.
» Jefferson a vu deux sœurs albinos engendrer, la première un enfant albinos comme elle ; la seconde un enfant très-noir comme sou père. •
» Du croisement des négresses albinos avec les nègres, naissent des enfants pies, c’est-à-dire variés de taches noires et blanches, » Page b04,
pic étrange de ressemblance bi-latérale, par juxtaposition du corps de la mère et de l’âme du père.
D’ordinaire, pour ce qui concerne la coloration de la peau, il y a fusion dans le mulâtre. Cependant les cas de juxtaposition sont loin d’etre rares. Il y a, en effet, des nègres-pies, de même qu’il y a des chevauxpies, des chiens-pies, des moutons-pies, etc. La similitude des métis humains et des métis animaux est aussi complète sur ce point que sur les autres. Nouvelle preuve de l’ unité de l’espèce humaine. Buffon, Lawrence, White, Parsons, Prosper Lucas citent plusieurs exemples, en voici deux remarquables :
1° Un nègre, domestique dans une famille, avait épousé une femme blanche qui servait dans la meme maison. Ils eurent une petite fdle blanche, dont la cuisse et la fesse droite étaient noires. Le docteur Parsons fut appelé pour constater le fait.
2° A la Martinique, White et Prichard citent des mulâtres qui' ont la peau bariolée de plaques blanches et noires; d’autres mulâtres ont le corps moitié blanc, moitié noir, etc.
On a vu, ci-dessus, des exemples de ressemblance unilatérale; tantôt les enfants sont entièrement noirs, tantôt entièrement blancs. Ces croisements avec retour au type paternel ou maternel au début du métissage humain concordent avec les oscillations signalées au début du métissage animal. Il faut aux races métisses humaines comme aux races métisses animales un certain temps pour se fixer et s’asseoir. Une fois stabilisées, les cas d’atavisme n’apparaissent plus qu’i-
solément et par intervalles, attestant à la fois l’invincible énergie de l’hérédité et la démarcation caractéristique qui sépare le métis de l’hybride.
§ 3. — Causes de la formation des races.
Les causes de la formation des races humaines sont, comme chez les animaux: 1° le Milieu; 2° l’Iïérédité; 3° la Sélection. Le Milieu produit la variation; l’Hérédité la transmet; la Sélection la règle et l’uniformise.
11 est une remarque préliminaire qu’il importe de faire au sujet du Milieu et de son influence sur les variations. L’énergie modificatrice du climat et de la nourriture devait être incomparablement plus grande alors que l’homme, ignorant et bestial, n’avait rien inventé pour lutter contre elle. Le contraste entre la pénurie primitive et les moyens de résistance que possède l’homme contemporain est résumé par sir John Lubbock dans les lignes suivantes: « Il v a des raisons qui permettent de croire que les changements de conditions extérieures, ou pour mieux dire de pays, produisent moins d’effet aujourd’hui qu’autrefois. A présent, quand des hommes émigrent, ils emportent avec eux les usages et les habitudes de la vie civilisée. Ils construisent des maisons plus ou moins semblables à celles auxquelles ils sont accoutumés; ils emmènent des troupeaux et acclimatent dans leur nouvelle patrie les principales plantes qui servaient à leur nour-
riture dans l'ancienne. S’il fait froid dans leur nouveau séjour, ils se vêtent davantage; s’il fait chaud, ils se vêtent moins. Par ces moyens et mille autres du même genre, l’influence du déplacement ne se fait sentir que beaucoup plus tard.
Mais il n’en a pasété toujours ainsi. Quand l’homme se répandit pour la première fois sur la terre, il n’avait pas d’animaux domestiques, pas même le chien peutêtre, il ne connaissait point l’agriculture; ses armes étaient des plus grossières, et ses demeures à peine dignes de ce nom. Son alimentation, ses habitudes et tout l’ensemble de sa vie variant donc nécessairement à mesure qu'il passait d’un pays dans un autre, il a du être bien plus soumis à l’action des circonstances extérieures, et, selon toute probabilité, bien plus usceptible de changement. Déplus, on peut supposer avec raison que le type humain, aujourd’hui fixé par jar une répétition qui dure depuis de longs âges, a i lui-même plus modifiable autrefois que mainteml.»
Le milieu et l’hérédité. — Sous l’action prolongée des rayons solaires, les femmes au teint blanc se couvrent de taches de rousseur. Ce fait est tellement vulgaire qu’il passe inaperçu. « On c rierait au prodige, dit plaisamment M. de Quatrefages, si une vache blanche revenait tachetée de noir d’un pré où elle aurait subi l’insolation. Cependant les deux phénomènes sont de même ordre, et l’un ne devrait pas paraître plus significatif que l’autre. »
Les pêcheurs chinois qui, complètement nus, passent leur vie à pêcher le long des lleuves, prennent une couleur noir cuivré (le voyageur anglais Abel).
Les pêcheurs européens, transportés dans l’Inde, y deviennent plus rouges que les Peaux-Rouges d’Amérique (Hamilton Smith).
En Abyssinie, les habitants du pays noircissent sur les plateaux élevés et blanchissent lorsqu’ils descendent dans les plaines plus chaudes (Th. Lefebvre et M. d’Abbadic). M. d’Abbadic, membre de l’Académie des sciences, originairement blond, revint d’Abyssinie coloré en bronze foncé; M. Schimper et Pruner-Bey éprouvèrent le même effet, mais moins prononcé. Les cheveux de Pruner-Bey, ordinairement très-clairs et lisses, brunirent et devinrent bouclés.
Phénomène assez singulier, les climats n’agissent pas de la même façon sur les blonds et sur l.cs bruns. Ainsi, en Abyssinie et en Arabie les races brunes d’Europe noircissent moins que les blondes, tandis que dans l’Inde, à égalité de température, le climat ne colore pas les visages blonds, mais il les parcheminé, La cause de ce phénomène, encore peu élucidée, tient probablement à la manière dont se produit la double
action chimique et calorifique des rayons solaires,
Jérôme d’Aguilar, prêtre espagnol qui devint plus tard interprète de Fernand Cortez, fut jeté par un naufrage sur la rive du Yucatan et réduit en esclavage parles Indiens. Pendant huit ans, il eut à subir l’action du climat sans pouvoir en atténuer les effets,
à cause de sa triste condition. Il devint si exactement semblable à ses maîtres que Fernand Gortez ne put le distinguer des Peaux-Rouges qui l’accompagnaient.
Races noires. — Le nègre de Guinée, une fois transplanté en Amérique, se rapproche de plus en plus du blanc, non-seulement quant à la coloration de la peau, mais encore relativement au crâne, â l’intelligence: il perd môme sensiblement l’odeur forte qu est particulière à sa race. C’est un fait acquis à la science que le nègre, meme en ne se croisant pas . avec la race blanche, mais en vivant au milieu d’elle, sous le meme climat et à peu près du meme régime, s’élève, h chaque génération, d’un degré de plus vers elle.
Racesjaunes. ' — Les races jaunes ne sont pas moins que les races noires soumises à l’action du milieu. A nie de la Réunion et dans l’île Maurice, les Hindous, les Malais importés diminuent de taille dès la deuxième génération, et forment ainsi autant de races petites (M. de Froberville).
Une tribu tartare tout entière s’est modifiée par suite de changement de mœurs: ces Mongols ont quitté la vie errante du nomade pour se faire agriculteurs. C’est au XVIe siècle qu'ils se sont établis dans les environs de Kazan sur le Volga; au XIXe siècle, leur type avait éprouvé les plus heureux changements. Au lieu d’un corps obèse, d’une face large, d’un nez épaté et d’un teint jaune brun, les Tartares
de Kazan ont le corps musculeux, le visage ovale, le teint frais, le nez arqué cl mince aussi bien que les lèvres.
Race blanche. — Dans les îles du golfe mexicain, on sait quelles variations le milieu a produit sur les colons européens, si connus sous le nom de créoles.
Au Canada, le créole français a perdu sa belle carnation normande; son teint a pris une nuance d’un gris-foncé; ses cheveux noirs tombent à plat comme ceux d’un Indien (Théodore Pavic).
Les Danois qui débarquent en Guinée commencent par être malades, puis ils prennent une coloration jaune, signe d’acclimatation. Cette teinte jaune passe au cuivré sur le même individu; elle devient de plus en plus foncée à chaque génération et finit par le noir pur (Monrad, pasteur danois en Guinée de 1803 à 1809).
Les colons hollandais du cap, appelés Boërs, prennent, de plus en plus la coloration rouge, avec tendance à la stéatopygie chez les femmes (Livingstone).
L’Anglo-Saxon a subi en Amérique les plus graves modifications, il tend à se rapprocher de l’Indien (Desor, l’abbé Brasseur de Bourbourg, Knox, Smith, Carpenter). «L’Anglo-Saxon américain présente, dès la seconde génération, des traits du type indien qui le rapprochent des Lcni-Lcnnapes, des Iroquois, des Chérokees. Le système glandulaire se restreint au minimum de son développement normal. La peau devient sèche comme du cuir; elle perd la chaleur du
teint et la rougeur des joues, qui sont remplacées chez l’homme par un coloris de limon et chez la femme par une pâleur fade. La tète se rapetisse et s’arrondit ou devient pointue. Elle se couvre d’une chevelure lisse et foncée en couleur; le cou s’allonge. On observe un grand développement des os zygomatiques et des masséters. Les fosses temporales sont profondes, les mâchoires massives. Les yeux sont enfoncés dans des cavités très-profondes et assez rapprochées l’une de l’autre. L’iris est foncé, le regard perçant et sauvage. Le corps des os longs s’allonge principalement à l’extrémité supérieure. Le larynx est grand, la voix rauque et criarde (1). »
Le changement des conditions d’existence suffit
pour amener la plus grave transformation. Un premier exemple nous a été donné par les Tartares de Kazan, qui de nomades sont devenus laboureurs. En voici un second, d’autant plus important qu’il a l’Irlande pour
théâtre et que F histoire en est parfaitement connue. Par suite des guerres de 1041 et de 1649, un grand nombre d’Irlandais, pour échapper au massacre, se réfugièrent dans une région montagneuse qui s’étend â l’est de Flews jusqu’à la mer. Voici ce qu’ont produit sur ces malheureux deux siècles de misère et de barbarie : la taille moyenne s’est réduite à 4 pieds 7 pouces français, le ventre s’est ballonné, les jambes sont dé¬
fi) Lettres adressées à Pruner-Bey par des médecins allemands établis aux Etats-Unis,
venues cagneuses, les traits sont ceux d’un avortoi , C’est le portrait des sauvages de l’Australie.
Hérédité tératologique. — Les variations les plus étranges peuvent survenir dans l’embryon, puis sc transmettre par hérédité. Deux cas surtout sont célèbres en tératologie, ce sont la carapace de la famille Edward Lambert et la polydactylie de la famille Colburn.
A. Les hommes porcs-épics (I). Edward Lambert naquit en 1717 de parants bien conformés. Il n’offrait d’abord rien d’étrange; mais au bout de neuf semaines, on vit sa peau brunir en s’épaississant de plus e 7 plus. A l’âge de 14 ans il fut présenté â la Sodé'/ royale de Londres. A ce moment, la peau du visqv de la paume des mains et de la plante des piedsavait son aspect normal. Tout le reste du corps était couvert d’une carapace brunâtre, épaisse d’un pouce sur certains points, On la comparait à la peau de l’éléphant, du rhinocéros et du phoque; seulement elle était singulièrement fendillée. Sur les flancs elle était découpée en prismes grêles mobiles, faisant du bruit par leur entrechoquement. Delà le nom de homme porc-épics. Tous les ans cette carapace disparaissait à la suite d’une mue. La peau apparaissait alors saine et lisse; puis, bientôt apres, elle reprenait sa nature anomale.
fl) Y'oir de Quatrefages. Revue des cours scientifiques, vol. Y. page 733, et P. Lucas, De l Hérédité, tome I, page 316.
Edward Lambert, fort désireux d’ètrc débarrassé de cette incommode enveloppe, se soumit à un traitement mercuriel énergique qui, par deux fois, fut. poussé jusqu’à la salivation. La carapace disparut, mais pour se reformer immédiatement. Enfin, une variole confluente, dont Lambert se remit, n’amena également que la chute momentanée de son étrange épiderme.
Baker le revit trente-six ans après. Il avait alors cinquante ans, le teint fleuri, la santé excellente et se montrait fort gai. Baker en conclut que s’il se mariait, il pourrait très-bien donner naissance à une race nouvelle. Edward Lambert se maria, en effet, et eut six enfants qui tous, neuf semaines après leur naissance, prirent une carapace semblable à celle de leur père. Un seul survécut et se maria; il eut huit enfants, six filles et deux garçons John et Richard. On n’a pas de renseignements sur les filles; mais les deux garçons, qui furent examinés en 1802, en Allemagne, par Tilésius, présentaient la meme anomalie que les deux générations précédentes. A partir de ce moment leur trace s’est perdue.
B. Les hommes pobj dactyles. — Le célèbre calculateur anglais Colburn a été la souche d’une famille, dont les membres comptaient douze doigts et douze orteils. Cette anomalie ne se produisait pas également sur les enfants des deux sexes; tantôt les fils seuls en étaient affectés, tantôt c’étaient les filles. On a suivi cette famille polydactvle pendant quatre gé-
aérations, et quoiqu’elle 11e se mariât qu’avec des personnes douées de dix doigts, l’anomalie persistait et atteignit meme son maximum à la troisième génération.
Le médecin Vanderbach, cité par Prosper Lucas, a signalé un autre cas de polydactylie compliquée de palmure à trois des doigts du pied pt de la main. La famille espagnole qui en était affectée habitait San- Martino de Val-de-Iglésias (Nouvelle Castille); les gens du pays l’appelait los pedagos, c’est-à-dire les Collés. Vanderbach, traversant le village, y compta jusqu’à quarante sexdigitaires remontant à la même souche.
Appendice. — Isidore Geolfroy, dans son célèbre ouvrage Histoire des anomalies , cite des exemples nombreux de polydac tylie chez les animaux (chèvres, agneaux, chiens, chevaux, cochons, cerfs, salamandres, grenouilles, poules, etc.) Le fameux Buçéphale était polydactyle : cette anomalie fut regardée comme le présage de la grandeur future d’Alexandre.
Voici quelques autres anomalies qui intéressent l’espèce humaine :
1° Anomalie numérique des mamelles chez la femme. (Extrait de P. Lucas).
A. A Copenhague, une femme pourvue de trois mamelles bien formées, dont deux étaient placées au côté gauche, allaitait des trois indifféremment son unique enfant.
B. RachelHey, de Castel en Franconie, avait trois mamelles.
G. Le célèbre chirurgien Bartholin assure avoir connu une femme qui portait une troisième mamelle sur le dos.
D. Mme Withès, de Trêves, fort belle femme de son temps, avait trois mamelles disposées en triangle.
E. Une femme de Rome, en 1671, en avait quatre, qui toutes à chaque grossesse se remplissaient de lait.
F. Une mulâtresse du Gap avait six mamelles; elle faisait les enfants par quatre et cinq à la fois.
G. Une femme ornée de trois mamelles au thorax donna naissance à une fille qui eut aussi trois mamelles; mais Lune des trois était située à l’aine. Plus tard, cette tille étant devenue mère allaita son enfant h la mamelle inguinale. L’observation de cette anomalie héréditaire a été communiquée, en 1827, par Adrien de Jussieu à deux sociétés savantes.
Voici la généralisation à laquelle a été amené Isidore Geoffroy pour ce qui concerne la multiplicité des mamelles chez les femmes :
«Quel que soit le nombre des mamelles surnuméraires, et dans quelque région qu’elles soient placées, elles sont généralement bien conformées, ont un volume assez considérable et peuvent fournir du lait, si elles sont latérales ;
« Elles sont au contraire très-petites, imparfaitement développées, et inutiles à la lactation, si elles sont médianes.
Anomalie d’une quede chez V homme. (Extra d’Isidore Geoffroy.)
<( D’après les recherches embryogéniques dues a M. Serres, il existe un rapport très-constant entre l’évolution de la moelle épinière et celle de la queue. Primitivement la moelle épinière se prolonge jusqu’à l’ extrémité du canal vertébral : à cette époque (dans l’embryon), il existe chez tous les animaux, y compris l’homme, une queue plus ou moins considérable. »
A. Ce degré de .développement est le seul auquel s’élèvent normalement un grand nombre d’animaux. Ceux-ci par conséquent ont, pendant toute leur vie, la moelle épinière très-prolongée inférieurement: leur axe vertébral est donc terminé par un prolongement
caudal.
B. Chez d’autres espèces, au contraire, la moelle épinière remonte peu à peu dans le canal vertébral : la diminution ou meme la disparition totale de la queue coïncide avec cette ascension de la moelle. C’est ainsi (|ue, chez l’homme et quelques -singes, la moelle épinière remonte si bien qu’elle ne dépasse plus la région des reins. *La queue est alors tellement rudimentaire qu’elle n’est plus apparente à l’extérieur. (Cette queue rudimentaire est le coccyA.)
Mais s’il -arrive que dans l’embryon humain la moelle épinière ne remonte pas, mais continue à s’é* tendre jusqu’au bout du coccyx, alors au moment de la naissance de l’enfant la colonne vertébrale reste terminée par une queue.
M. Serres a observé lui-même un cas de ce genre, et les annales de la science en offrent quelques autres. De Maillet en cite plusieurs, et parmi eux celui de l’intrépide Gruvillier de la Gioutat qui fit la course contre les Turcs. Un nègre de# Tripoli, nommé Mohammed, et doué d’une force musculaire extraordinaire, avait une queue d’un demi-pied de longueur qu’il montra à de Maillet. « Le plus remarquable cas a été observé par Schenck sur un individu d’ailleurs affecté d’anomalies beaucoup plus graves : la queue était très-distincte, assez longue même, et tout à fait comparable h celle d’un cochon. »
Réciproquement, chez les animaux qui normalement à l’état adulte ont une queue, la queue manque si l’ascension de la moelle épinière a lieu, contrairement à ce qui se passe régulièrement dans cette catégorie d’animaux. Cette anomalie d’absence de queue a. été constatée chez plusieurs animaux entre autres chez des chiens.
Conclusion. — Puisque l’absence ou la présence d’une queue chez l’animal venu au jour est due à l’ascension ou à la non-ascension de la moelle épinière dans le canal vertébral, il s’en suit que cette anomalie appartient à l’ordre de celles qui sont dues il un arrêt dans le développement normal de l’embryon, ou, en termes abrégés, à un arrêt de développement.
II, — La Sélection.
La sélection, qui produit
tant de races domestiques, ne peut évidemment pas être exercée par l’homme sur lui-même. Cependant il est permis de préjuger, par certains exemples, ce qu’elle aurait pu accomplir en ce sens.
1° Sélection humaine. — D’après les lois de Lycurgue, tout enfant à Sparte qui naissait contrefait était mis à mort. De là cette beauté, si célèbre en Grèce, du type Spartiate.
Sur le mont Ervx en Sicile était un temple fameux dédié à Vénus. Pour servir de prêtresses à la déesse, on choisissait les plus belles femmes, lesquelles n’étaient point vouées au célibat ainsi que les vestales. De là une race féminine remarquable par sa beauté qui subsiste encore au village de San Giuliano situé sur le mont Eryx.
Personne n’ignore que le premier roi de Prusse, Frédéric-Guillaume, avait réussi à se former une garde composée d’hommes admirables par leur stature et leur vigueur, en mariant les plus beaux hommes de son armée avec les plus grandes filles du
pays.
2° Sélection naturelle. — - La race des Indiens, toujours en guerre ou en chasse, était vraiment remarquable. La cause en était que tout enfant incapable de supporter les fatigues incessantes d’une vie aussi pénible succombait. Les plus vigoureux, seuls survivants, transmettaient à leur postérité les qualités physiques qui les distinguaient.
3° Obstacles à la formation de races vigoureuses . — On sc plaint aujourd’hui, avec raison, de la dégénérescence presque universelle des races humaines en Europe, surtout dans les grandes villes. Cette décadence physique tient, entre autres causes, à deux principales :
A. A la légèreté avec laquelle on bâcle les mariages ; on s’inquiète exclusivement de la richesse ou de la condition sociale, et très-peu, point du tout meme, des conditions physiques : d’où procréation d’enfants chétifs, etc.
B. Aux progrès de la médecine ; oui, aux progrès de la médecine! En sauvant la vie aux personnes affaiblies, maladives, on arrête net la Sélection qui aurait épuré la race. Résultat assez inattendu, de voir
les progrès de la science contribuer à l’abâtardissement de l’espèce humaine. Le correctif serait surtout dans le choix des époux. Après tout, la vigueur de l’esprit est bien autrement précieuse que la vigueur corporelle. Vivre, c’est cultiver son intelligence et pratiquer le devoir : la médecine peut donc sans scrupule nous arracher aux maladies ou à une mort prématurée.
Résumé. — Au point de vue morphologique, les différences extérieures et les modifications du squelette chez les groupes humains, non-seulement ne dépassent pas, mais le plus souvent n’égalent pas l’étendue des variations que présentent les races des a n i m aux do m e stiq u es .
Au point de vue essentiel do la physiologie, nous trouvons tous les caractères distinctifs de la race : 1° fécondité des croisements; 2° accroissement de la fécondité; 3° fécondité continue des métis; 4° atavisme.
Enfin, comme causes de la formation des races, le Milieu, l’Hérédité avec son cortège d’anomalies analogues à celles des races animales, donnent une explication suffisante, sinon absolue, des variations les plus considérables.
Donc Les différents groupes d’hommes appartiennent à une meme espèce; on doit dire l’Espèce humaine, et non le Genre humain. La conséquence logique est que l’espèce humaine dérive d’une seule paire de parents. Est-ce une certitude ? Hélas ! il en est de cette origine comme de toute autre origine, comme de tout commencement : ce n’est qu’une hypothèse, un idéal, si l’on aime mieux. Le passé n’est plus en notre puissance; nous ne pouvons qu’étudier le présent, chercher et découvrir les lois de ce qui est : le reste nous échappe. « Tout ce que l’intelligence humaine peut faire, dit amèrement Pascal, est
d’apercevoir quelque apparence du milieu des choses, dans un désepoir éternel d’en connaître le principe ni la-fin. » Que la science fonde ses inductions sur les faits; que ses hypothèses soient toujours vérifiables par l’expérience et rendent compte des phénomènes naturels, voilà le champ qui lui est dévolu : en dehors, tout est ténèbres.
Une remarque importante à faire, e’est que plus la
science lait de progrès, plus le nombre, des espèces morphologiques diminue ; peu à peu on reconnaît que les caractères assignés comme distinctifs d’un groupe d’êtres n’ont pas cette valeur : ces espèces deviennent des races. C’est une présomption de plus eontrç le polygénisme. Cela se comprend ; en s’appuyant uniquement sur la morphologie, le polygénisme emploie pour définir les espèces un critérium dont la valeur est subjective, et par conséquent exposée à se réduire à zéro. Malheureusement, dans l’état actuel de la science, ce critérium, pour l’immense pluralité des êtres animés, est le seul possible : ' telle est la cause principale qui soutiendra longtemps le polygénisme.
Tout opposée est la destinée de la physiologie. Les découvertes faites par elle lui demeurent à jamais acquises ; son domaine va s’agrandissant de ce que perdent les espèces morphologiques. C’est que son critérium est objectif ; c’est qu’il n’est que l’expression même du fait réel, palpable, de la transmission d’existènee, dont la valeur reste immuable. Aussi une espèce physiologique est-elle toujours ‘identique, toujours une pour le naturaliste. Quand on a vu naître un fds, on ne peut pas faire de lui une espèce distincte de son père : la filiation a un caractère absolu.