‹ Le DarwinismeChapitre 29 sur 42 · POSITION DU PROBLÈME · texte numérisé non relu

POSITION DU PROBLÈME

Toici' comment se pose le problème de la théorie de FÉvolution appliquée1 à l’origine de l'homme : Uhomme ët les singes anthropoïdes' sont-ils issus d'un ancêtre commun ? C’est à 'tort qu’on attribue à 'Darwin la doctrine suivante : L’homme descend du gorille. Darwin ne' l’a pas dit et ne le dira jamais, pas pins qu’il ne soutiendra queTâne est te fils dirchml.

Mais de même que l’âne et le cheval, quoique n’étant pas fils l’un de l’autre, sont issus très-probablement d’un commun progéniteur ; de même aussi l’homme et le gorille, sans être fils l’un de l’autre, peuvent être issus d’un commun progéniteur, à une époque géologique dont l’éloignement ne peut être évalué que par centaines de siècles. Tel est le problème que soulève la théorie de l’Evolution.

Pour que la solution en soit utilement attaquée et poursuivie avec chance de succès, il est nécessaire que préalablement deux questions aient reçu une réponse affirmative :

lre Question. Les hommes qui peuplent les cinq parties du monde sont-ils sortis d’une même souche, ou bien sont-ils les rejetons de quatre ou cinq souches différentes ?

Les partisans d’une souche unique s’appellent monogénistes ; ceux de plusieurs souches distinctes, polygénistes.

Il est clair que le monogénisme est favorable à la théorie de l’Évolution relativement au problème d’un commun progéniteur pour l’homme et le gorille. Plusieurs souches humaines compliqueraient tellement la question que celle-ci ne pourrait même pas être nettement posée. Les savants sont partagés; les uns, et c’est le plus grand nombre, sont pour le monogénisme; les autres, pour le polygénisme.

Les preuves en faveur du monogénisme sont établies d’après la méthode suivante : « Les différences entre

les groupes d’hommes sont moins grandes que celles qui existent entre certaines races d’animaux dont l’unité d’origine est un fait incontestable ; donc l’origine des hommes est une ; donc les différences qu’on voit chez les groupes humains sont de simples différences de races; et ces races, descendant d’un couple unique, composent une seule et même espèce, l’espèce humaine. » C’est à la démonstration de cette thèse qu’est consacré le chapitre intitulé l'Espèce humaine.

2* Question. La seconde question préalable est celle-ci : « Quelle est la place de l’homme dans le règne animal? Doit-il être rangé dans la série zoologique, ou en dehors de la série 1 ?

Linné a placé l’homme et les singes anthropoïdes dans un même Ordre auquel il a donné le nom de Ordre des Primates. La classification est-elle légitime, oui ou non? C’est à ce point qu’est consacré le chapitre intitulé Place de l'homme dans la nature, extrait du célèbre livre de Huxley. La méthode suivie est celle même qui est employée pour la démonstration de l’unité des races humaines. « Les différences qui séparent l’homme des singes anthropoïdes sont moins grandes que celles qui séparent les anthropoïdes des singes inférieurs ; donc il n’y a pas une seule raison pour séparer l’homme de l’Ordre des Primates. »

i. Bien entendu nous ne nous attardons pas à démontrer que l’homme est un animal : autant vaudrait s’amuser à prouver que le soleil est un corps lumineux.

En résumé, dans’cette troisième partie du livre, on établira les deux faits suivants : 1° Unité'd' origine des races humaines ; 2°- classement ■ de l'homme’ klans l'Ordre des Primatesl’Ces deux faits sont préparatoires à l’application' de là1 théorie1 'd’ Évolution concernant l’origine 1 commune, oui <■ ou non, de l’homme et du singe. Comme ce dernier! problème ne peut être résolu que pardes découvertes* géologiques ; comme* les découvertes' 'géologiques - ne peuvent consister qu’en squelettes , la connaissance des deux faits établis dans cette troisième partie* permettra de suivre avec fruit et d’apprécier1 sainement! les arguments ou les démonstrations-que susciteront les* squelettes arrachés à leur tombeau cent fois séculaire. Quel que soit le résultat des travaux surce problème important, ce résultat n’affaiblira eo rien la force et la rigueur des preuves données eu faveur de ihinité de l’espèce Immaine et en faveur idu classement de hhomme dans' l’ordre des Primatesj Que- l'homme et le gorille descendent' 'd’un môme progéniteür, ou qu’ils descendent de deux ancêtres radicalement différents, cela n’enlèvera rien à la vérité de la1 théorie ; de l’Évolution ; elle aura un champ plus restreint, i voilà tout.

Ceiqui ai le plus nui' à la théoriode l'Évolution, ce ne sont pas -les malédict ions des théologiens au contraire! Mais c’est* l’abus étrange qu’en ont (fait les darwinistes allemands. Comme le vin, réparateur des forces lorsqu’il est pris avec modération, et prudence, est exposé à troubler la raison et prosterner le corps

lorsqu’il est bu jusqu’à l’ivresSef ; ainsi, la’ liqueur généreuse de l’Évolution compte aus’si ses ivrognes. C’est à ces darwinistes intempérants qu’incombe la funeste tentative de lier la théorie de l’Évolution à cette gangrène qu on appelle la Génération spontanée. « Les monères primitives, dit Hœckel, sont nées par génération spontanée dans la mer, comme les cristaux naissent dans' les eaux mères. Il «'existe point, en effet, d autre alternative pour expliquer l’origine de la vie. Qui ne croit pas à la génération spontanée admet le miracle. C’est une hypothèse nécessaire, et qu’on ne saurait ruiner par des arguments à priori ni par des expériences de laboratoire *. » Comme si la création d'êtres vivants par1 une cristallisation de carbone, de silice ou de chaux n’était pas un miracle aussi absurde que la fabrication de petits bonshommes en boue par des Jupiters de' rencontre! Ce qui est vrai, c’est qu’on ne saura jamais comment est apparu le premier germe organisé; ce qui est scientifique, c est d écarter à jamais la recherche de l’origine de ce premier germe. La science a le droit et le devoir de remonter la série des causes jusqu’au numéro un exclusivement : là est la borne de ses études et de sa puissance. Le numéro un échappe, en effet, à ses creusets, à son microscope, à tous ses instruments d’analyse et ue synthèse. Or ce qui n’est pas vèri-

}■ Discours prononcé à Paris le 29* août 1878. — Voy. aussi Histoire de la Création, du même auteur, 13* leçon*

FERRLÈRE.

fiable par V expérience n’est plus du domaine de la science. Libre au savant d’expliquer le un par telle hypothèse qu’il croira conforme aux faits physiques établis ; mais à l’instant même qu’il induit cette hypothèse, il a cessé d’être savant, il devient métaphysicien. Or la théorie de l’Évolution est une théorie physique , qui rend compte de faits physiques actuels et s’efforce d’expliquer des faits physiques passés, en .rattachant ce physique passé au physique présent, Le rôle qu’eile aspire à remplir est bien assez vaste, bien assez ardu, sans qu’on la jette éperdue dans les déserts métaphysiques de l’inconnaissable. A. plus forte raison est-ce, au fond, se montrer son cruel .ennemi que de s’acharner à la rendre solidaire de la .Génération spontanée, au moment où les immortels travaux de Pasteur ont ruiné, mis en poussière et déshonoré cette purulente hypothèse.

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