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avant, de façon à amener en dehors le bord interne, c'est-à-dire mettre Tépitrochlée à la place occupée par l'épicondyle ; alors l'olécrâne regarde en avant, comme son homologue la rotule du genou. On dit donc que chez l'homme la situation normale (non détordue) de Fextrémilé inférieure de Thumérus correspond à un état de torsion de près d'un demi-cercle, c'est-à-dire de 468 degrés : en d'autres termes l'axe de la tête de l'humérus et l'axe (transversal) du coude font entre eux une angle de 168 degrés. Or, chez les divers mammifères, à mesure qu'on s'éloigne de l'homme, cette torsion devient moindre ; l'angle formé par les deux axes, déjà seulement de 154 degrés chez le nègre, s'atténue encore plus chez les singes, et enfin n'est plus que de 90 degrés chez les quadrupèdes tels que le cheval et les ruminants. Il semble donc que la torsion augmente à mesure qu'on s'adresse à des mammifères plus élevés.
C'est cetle conception que l'embryologie confirme et à laquelle elle vient donner une réalité saisissable; elle nous montre enefifetquela torsion de l'humérus est chez le fœtus humain de 30 degrés moindre que chez l'adulte, c'est-à-dire qu'elle n'est chez le fœtus de race blanche que de 138 degrés : elle est donc chez lui moindre que chez le nègre, et il n'y a que 48 degrés de difi^érence entre ce qu'elle est chez lui (fœtus) et ce qu'elle est chez les quadrupèdes adultes. Par la comparaison de ces nombres, on voit pour ainsi dire l'humérus se tordre successivement en même temps qu'il se développe, et présenter ainsi des stades de torsion qui d'abord peu
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supérieurs à ce qtfon trouve chez les quadrupèdes, approchent du degré qu'on constate chez le nègre, atteignent ce degré, puis le dépassent et donnent finalement la torsion équivalente à peu près à une demi-circonférence, telle qu'elle se présente chez l'adulte de race blanche : la torsion dite virtuelle est donc bien une torsion réelle^ puisqu'on peut suivre sa formation sur des sujets de la même espèce; la formule théorique a ainsi acquis une réalité palpable, qui du fœtus à l'adulte nous fait assister à une véritable évolution de forme dans l'os du bras, et par suite dans tout le membre supérieur.
Dans ces quelques exemples, tout en voulant insister essentiellement sur les questions de l'anatomie comparée de l'homme et des singes, et sur les clartés que l'embryologie apporte dans ces parallèles anatomiques, nous n'avons pu nous empêcher de descendre parfois dans les divers degrés de l'échelle des vertébrés, et de montrer par l'embryologie les affinités intimes qui rattachent tous ces échelons. Nous devons donc rappeler que l'embryologie est venue apporter de précieux éléments aux méthodes naturelles qui permettent de répartir les êtres en séries, en marquant les affinités de ces séries. Pour ne parler que des annexes de l'embryon, c'est-à-dire des organes membraneux dans lesquels se localisent la plupart des fonctions fœtales, n'est-ce pas l'amnios et l'allantoïde, avec le placenta (formation allant oïdienne), qui fournissent un des caractères les plus naturels de classification ? La division des vertébrés en amniotes et en anamnioles, ou la division tout à fait pa-
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rallèle en allântoïdiens et anallântoïdiens, eslaujourd'hui généralement reconnue fondamentale. Parmi les allântoïdiens, l'existence ou la non-existence de formations placentaires établit deux groupes aussi naturels; puis parmi les placentaires, la forme même du placenta est aujourd'hui l'élément de classification auxquels les zoologistes s'adressent de préférence ; il nous suffira de rappeler et nous rentrerons ainsi complètement dans notre sujet (l'homme elles singes), que la forme placentaire des makis (lémuriens) mieux connue aujourd'hui, grâce aux recherches de M. A. Milne Edwards, doit désormais, comme Broca l'annonçait à la Société d'anthropologie en 1877, tracer une ligne de démarcation de plus en plus profonde entre les lémuriens ou faux singes et les singes proprement dits (anthropoïdes, pithéciens et cébiens.)
L'anthropologie, au même tilre que toutes les branches des sciences naturelles, est directement intéressée dans la doctrine du transformisme; l'histoire naturelle de l'homme présente aujourd'hui avec cette doctrine des points de contact d'autant plus intimes que,''dans le fond de la pensée d'un grand nombre d'adversaires du transformisme, c'est peut-être précisément la crainte plus ou
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moins réfléchie de voir appliquer à rhomme la conception transformiste, qui a été l'origine première de leur hostilité. D'autre part, on peut dire, et nous le démontrerons par un rapide historique ', que la fondation de la Société, et par suite de l'École d'anthropologie, a eu pour origine première sinon une pensée transformiste, du moins l'étude d'une question se rattachant directement au transformisme, la question de la valeur de l'espèce, jugée par la fécondité ou la non-fécondité des métis et hybrides. Enfin c'est dans les diverses questions soulevées par le transformisme que l'embryologie vient avec le plus d'éclat apporter le tribut de ses observaiions.
La doctrine du transformisme est toute entière dans la valeur attribuée à la notion d'espèce : tandis qu'autrefois on considérait les divers types animaux auxquels on donne le nom d'espèces comme des formes invariables, permanentes, sans rapport ou affinité réelle les unes avec les autres, divers naturalistes ont été successivement amenés à voir, dans les types actuellement vivants, des formes modifiées dérivant des animaux dont lu paléontologie nous révèle l'ancienne existence, à concevoir que les espèces actuellement vivantes peuvent se modifier sous Tinfluence de causes diverses, que tel caractère, accidentellement apparu et appartenant aujourd'hui à ce qu'on appelle une simple variété, pourra se perpétuer en s'accentuant de génération en génération