XXXVIII INTRODUCTION
les plantes et les animaux passant des uns aux autres par des nuances insensibles. Cette idée s'impose si fatalement à l'esprit, quand on étudie la classification des êtres par les méthodes naturelles, que Buffon avait déjà dit que toutes les espèces groupées dans une famille semblent être sorties d'une souche commune.
Mais c'est le naturaliste français Lamark qui, le premier, end 809, d'une manière nette et précise, nia résolument la fixité des types organiques et proclama le changement continu et indéfini comme une loi de la nature : les dispositions organiques appropriées au genre de vie de Tanimal, dispositions qu'on regardait jusque-là comme construites par une intelligence supérieure^ pour répondre à un but déterminé, à une cause finale j selon l'expression consacrée {théorie téléologique) ,Lsimdirk les considéra comme résultant de l'adaptation des espèces à leur milieu : l'organe n'est plus fait pour la fonction ; mais c'est la nécessité de la fonction qui a peu à peu modelé, adapté, achevé l'organe. D'une manière générale, et selon l'expression même de Lamark, la cause modificatrice peut être désignée sous le nom d'influence des milieux, d'empire des circonstances, de résultat des habitudes et des efforts. Malheureusement Lamark ne s'en tint pas à cet énoncé général, qui est en somme celui de la doctrine transformiste dans ses formes les plus récentes; mais, tandis qu'aujourd'hui une étude plus complète de cet empire des circonstances a permis d'en préciser exactement les détails, Lamark, qui avait seulement conçu la loi générale sans être encore en état
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d'en rassembler tous les cas particuliers, voulait cependant l'appuyer par des exemples, ou plutôt la rendre saisissable à tous par Tindication de cas particuliers. Or, les exemples qu'il présenta furent si malheureusement choisis, qu'ils prêtèrent immédiatement le flanc à la critique et firent succomber la doctrine presque sous le coup du ridicule, car ils ne pouvaient, pour le moment, et tels qu'ils étaient énoncés, subir la discussion. En effet, Lamark supposait, par exemple, que la longue langue du pic-vert et du fourmilier était ainsi développée par suite des efforts faits par ces animaux pour aller chercher les insectes jusque dans les fentes des arbres ou dans les terriers creusés dans le sol; de même les membranes interdigitales des vertébrés aquatiques s'étaient formées, pensait-il, par suite des efforts qu'avaient faits ces animaux pour nager; ou bien encore le long col de la girafe résultait de ce que cet animal, dans ses efforts continus pour élever la tête et brouter la cime des arbres, avait allongé ses vertèbres cervicales, etc.
Ainsi s'explique le peu de succès de la doctrine de Lamark. En 1828, ces mêmes idées transformistes furent reprises par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire ; celui-ci, que ses admirables études de Philosophie anatomiqne amenaient nécessairement, par la conception de l'unité de composition organique, à l'idée de la transformation, de l'évolution des espèces, n'eut garde d'offrir à ses adversaires des arguments aussi fragiles que ceux présentés par Lamark. Il se tint à