‹ Le darwinisme; leçons professées à l'Ecole d'anthropologieChapitre 17 sur 87 · XI. INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XI. INTRODUCTION

renoncé général du principe : il proclama la modification des types sous l'influence du monde ambiant ou du milieu, tout en se gardant bien de descendre dans Texploration des faits particuliers. Cette fois encore, mais par l'excès inverse, il devait être vaincu en restant dans le vague, il laissa sa théorie sans précision; en constatant ce manque de faits à l'appui, Cuvier, son terrible adversaire, en eut aisément raison; et c'est ainsi que, pour la seconde fois, la doctrine du transformisme, après avoir jeté ses premières lueurs en France, y fut définitivement éteinte.

Elle devait de nos jours nous revenir de l'étranger, formulée à nouveau par un naturaliste que de laborieuses études de détails et de longs voyages avaient mis en état d'accumuler d'innombrables exemples et cas particuliers ; aussi fut-il procédé ici d'une manière inverse que précédemment : d'abord l'exposé des faits dans leurs menus détails, puis l'indication sommaire des conclusions; mais les faits étaient si explicites; si heureusement groupés, si habilement présentés,que leur exposé forçait le lecteur à formuler pour ainsi dire de lui-même la loi générale de la transformation des espèces : tel fut Darwin, qui, par son livre De V origine des espèces par la sélection naturelle, établit définitivement la doctrine entrevue par Lamark et Etienne Geoffroy Saint-Hilaire.

Il ne sera pas inutile de jeter ici un rapide coup d'œil sur la doctrine de Darwin; nous pourrons ainsi, dès la première des leçons qui vont suivre, entrer

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directement dans le sujet. Nous n'indiquerons ici que ridée directrice et la conclusion.

Darwin constate que les plantes ou les animaux peuvent, en se développant, présenter des caractères par lesquels ils diffèrent légèrement de leurs générateurs : ces variations organiques, ces modifications individuelles que le sujel apporte en naissant, il peut, c'est un fait d'observation vulgaire, les transmettre à ses descendants. Ainsi il est telle plante qui présente des fleurs blanches, par exemple, avec petite corolle : dans un parterre semé de ces fleurs, on en verra apparaître quelques-unes dont la corolle plus large pourra présenter une légère teinte rose; si l'on a soin de recueillir les graines de cette variété et de les semer avec soin, on obtiendra une nouvelle génération dans laquelle seront beaucoup plus nombreux les individus à corolle large et rosée, et où même quelques-uns de ces derniers présenteront une fleur plus large et plus rouge que tous les autres. En choisissant la graine de ces derniers, on verra dans la génération suivante s'accentuer de plus en plus le type à fleur large et rouge, et par des choix successifs ainsi régulièrement institués on parviendra à fournir une variété définitive et fixe, c'est-à-dire une espèce qui se reproduira toujours avec le caractère qu'on a voulu exagérer. C'est là le procédé usuel qu'emploient les jardiniers pour produire de nouvelles formes : ils choisissent les graines, les individus reproducteurs, et les éleveurs de bestiaux ne procèdent pas autrement pour produire ces races qu'ils

ILII INTRODUCTION.

veulent plus particulièrement adapter soit aux travaux des champs (bêtes de trait, de labour), soit à ralimentation. Dans tous ces cas, Thomme intervient pour perpétuer et développer, par la transmission héréditaire, des modifications individuelles spontanées; à cet effet, il fait de la sélection, et, vu son intervention, celte sélection est dite artificielle.

Mais chez les plantes ou les animaux sauvages il apparaît aussi à la naissance des variétés individuelles : si une sélection successive du genre de la précédente était faîte ici, ces caractères pourraient se trouver exagérés au bout d'un certain nombre de générations et arriver à caractériser un type bien différent des anciens générateurs. Or ce choix, cette sélection a lieu; elle est naturelle, c'est-à-dire non opérée par l'homme, par une intelligence se proposant un but, mais simplement par les conditions ambiantes, par le milieu extérieur, par les seules forces de la nature; c'est pourquoi elle est dite sélection naturelle.

Darwin fait remarquer, en effet, que parmi les variations spontanées que l'individu apporte en naissant, il en est qui peuvent être pour lui des avantages ; ou bien elles lui facilitent la recherche de sa nourriture, ou bien elles sont propres à le dérober à ses ennemis; ou bien elles le mettent en état de lutter avec ceux-ci, etc. Or le sujet pourvu de ce caractère avantageux sera, comparativement à son semblable, à son frère par exemple, qui n'a pas apporté le même caractère individuel, plus en état de vivre, de se reproduire, et parmi ses descendants

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ceux qui hériteront de ce caractère, ceux surtout qui le présenteront encore plus prononcé, seront plus aptes, pourront même être seuls aptes à, se propager, leurs frères moins favorisés disparaissant peu à peu avant de s'être reproduits. Il se fera donc ici, pour le caractère en. question, quelque chose d'identique à ce qui, dans l'exemple précédent, s'accomplissait pour la variété de plante à fleur large et colorée ; il y aura donc une véritable sélection, sélection spontanée, naturelle.

Tel est le principe de la doctrine de Danisdn ; mais ce qu'a de vraiment merveilleux la manière dont l'auteur Ta exposée, c'est la précision des détails qu'il a accumulés pour faire saisir le mécanisme de cette sélection naturelle : ce mécanisme il l'a appelé la lutte pour la vie {struggle for life) ou combat pour V existence ou concurrence vitale. 11 est en effet une grande loi que Malthus avait déjà signalée pour l'homme, que Darwin a retrouvée dans tous les échelons du monde organisé, à savoir que puisque toujours plusieurs individus naissant d'un seul couple, la population vivante (animale et végétale) du globe devrait aller toujours en croissant d'une manière indéfinie, et que, par exemple, en supposant une seule espèce animale et végétale primitivement existantes, chacune de ces espèces finirait, si rien ne contrariait son expansion, par se multiplier au point d'envahir à elle seule la terre tout entière, et que cet accroissement du nombre des individus de l'espèce en question irait jusqu'à ce que l'espace et les subsistances ne fussent plus suffisants pour ce nombre. Alors les individus de cette

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espèce unique seraient obligés d'entrer en lutte les uns avec les autres pour se disputer et la place et la nourriture; les plus favorisés, c'est-à-dire ceux qui naîtraient les plus forts, les mieux pourvus de moyens d'attaque et de défense, d'aptitudes pour se dérober aux causes de destruction, etc., ceux-là seuls pourraient subsister, se reproduire, et cette lutte produirait une sélection des forts aux dépens des faibles.

Mais en réalité cette lutte pour l'existence commence de bien meilleure heure que dans le cas que nous venons de supposer pour simplifier la première conception de la sélection par la concurrence vitale : à quelque moment de son histoire passée qu'on s'adresse au monde vivant, et en laissant de côté pour l'instant la question des premières origines de la vie sur la terre, non seulement des individus de même espèce se sont trouvés mêlés les uns aux autres, mais encore les espèces diverses se sont trou vées côte à côte, se disputant la place et la nourriture, entretenant cette lutte constante, universelle, dans laquelle le plus faible doit succomber. Dans ces conditions la concuîTence vitale ne demande que du temps pour opérer la sélection naturelle, c'est-à-dire faire que les caractères avantageux apportés en naissant par quelques individus s'accentuent successivement dans leurs descendants, de manière à donner des formes qui constituent d'abord de simples variétés, telles que nous en voyons se produire et se conserver tous les jours sous nos yeux, puis à élever ces variétés au rang dit d'espèces, les espèces à celui des familles, et même successivement à

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