INTRODUCTION
Ce volume est le résumé d'une série de leçons professées, pendant l'année scolaire 1883-1884, kV Associa^ tiofi pour l'avancement des sciences anthropologiques (associalion connue sous le nom di' École d'anthropologie) dans la chaire &' anthropologie zoologique.
\J anthropologie zoologique a pour objet l'étude des rapports anatomiques entre l'homme et les animaux. Depuis que nous est échu le périlleux honneur de succéder dans cette chaire à notre illustre maître, Broca, nous avons choisi Fétude de Y embryologie comme plus parliculièrement propre à nous fournir les points de vue les plus étendus et les plus nouveaux relativement à cet examen des rapports de parenté anatomique de l'homme avec les animaux au sommet de l'échelle desquels il est placé.
A cet égard, les études embryologiques ne peuvent avoir d'autres hypothèses directrices que celles formu-
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lées par la doctrine transformiste. C'est pourquoi nous avons cru devoir consacrer, comme introduction à l'étude de l'embryologie comparée de Thomme et des vertébrés, cette série de leçons sur le transformisme ou darwinisme. Nous primes cette résolution au moment où la science déplorait la mort de Daniin, cet événement ayant plus vivement ramené l'attention du public sur la doctrine du transformisme, à laquelle Danvin a définitivement attaché son nom, et cette doctrine paraissant alors arrivée au point culminant de son développement.
La signification du mot danvinisme (sur la valeur historique duquel nous reviendrons en passant en revue les précurseurs de Darwin) sera tout d'abord suffisamment expliquée en rappelant simplement les diverses expressions qui sont considérées à peu près comme synonymes et, qui, élymologiquement, répondent toutes à une même idée; telles sont les expressions : transformisme^ ou doctrine qui admet la possibilité d'une transformation des espèces animales ou végétales actuellement vivantes en espèces nouvelles directement dérivées des espèces actuelles, comme celles-ci sont dérivées des espèces préexistantes dont on retrouve les formes dans les couches géologiques ; évolution^ ou doctrine qui nous montre les espèces actuelles Jes plus élevées dans l'échelle animale ou végétale, comme dérivées par une série de transformations évolutives (perfectionnement par division du travail entre les organes) d'espèces primitives à organisation moins parfaite, lesquelles sont actuellement représentées en partie par les végétaux et les animaux
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inférieurs; théorie de la descendance ou de la transmutation; doctrine généalogique ou des métamorphoses ^ etc., toutes théories qui arrivent à la conception d'une sorte d^arbre généalogique représentant les rapports entre les organismes supérieurs et inférieurs, aussi bien de ceux actuellement existants que de ceux retrouvés seulement à l'état fossile.
Pour justifier aux yeux du lecteur la nécessité de ces leçons sur le dai*winisme, dans un enseignement qui a pour objet l'anthropologie zoologique étudiée principalement par l'embryologie comparée, il nous suffira de montrer en quelques pages : — !• Ce que c'est que l'embryologie ; — 2^ Quels sont ses rapports avec l'anthropologie: — 3** Quels sont les rapports intimes de l'embryologie et de l'anthropologie avec le transformisme.
L'embryologie, ou étude de la formation successive des organes, est une science assez récente pour qu'il ne soit pas inutile d'indiquer ses origines et son but. Quand, avec les idées modernes, familières aujourd'hui même aux gens du monde, on se représente le nouvel être comme se formant successivement, pièce à pièce, par l'apparition successive de parties dont aucune trace
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n'existait primitivement, on a peine à croire qu'une étude aussi attrayante et aussi philosophique n'ait pas de tout temps fixé l'attention des investigateurs. Cependant il n'en est rien, car les études embryologiques sérieuses datent à peine du commencement de ce siècle. C'est qu'auparavant une doctrine généralement acceptée coupait court à toute recherche embryologique, niait toute espèce de science du développement, puisqu'elle niait l'embryon comme organisme différent de l'organisme adulte, vivant avec d'autres organes que l'adulte, présentant un corps autre que celui du corps de l'animal adulte : je veux parler de la doctrine de la préexistence des germes.
D'après cette trop célèbre doctrine, le futur organisme aurait existé déjà complètement formé, mais méconnaissable à cause de son extrême exiguïté, dans l'œuf et dans les organes ovigènes de la mère. Cet organisme existant, je le répète, avec toutes ses futures parties, n'avait pas à se former : il était préformé depuis l'origine de ses premiers ancêtres; il n'avait qu'à grossir pour devenir apparent, visible : il ne se créait pas en lui des parties nouvelles; les parties, toutes préexistantes, n'avaient qu'à évoluer, c'est-à-dire à augmenter de volume; c'est pourquoi on a donné parfois à la théorie de la préexistence des germes le nom de théorie de ïévoltitioUy dénomination qui a été aujourd'hui reprise pour désigner une théorie tout autre, celle du transformisme dans son expression la plus avancée et, nous pouvons le dire déjà, la plus conforme aux faits. Quoi qu'il en soit, avec la