INTRODUCTION
théorie de la préexistence, de la préformation de l'être, il n'y avait pas matière à études particulières de la part de l'anatomiste ; il n'y avait pas lieu à une science de la nature de celle que nous nommons aujourd'hui embryologie; tout au plus le rôle de Tembryologiste aurait-il pu être de s'attacher à préciser le moment où les parties existantes, préformées mais invisibles, seraient devenues visibles soit à Toeil nu, soit à l'aide des instruments grossissants.
Cette doctrine, qui devait si longtemps condamner toute investigation directe, avait cependant eu sa source dans Tobservation, mais dans une observation incomplète et pour ainsi dire déplacée. Il n'est personne qui, soit dans un but d'examen, soit par simple jeu, ne se soit livré à la petite opération qui consiste à prendre une fève ou un haricot, à insinuer l'ongle dans la fissure que présente cette graine et à diviser ainsi celle-ci en ces deux moitiés latérales et symétriques que les botanistes appellent cotylédons ; on trouve alors entre ces deux cotylédons une miniature de petite plante, toute formée, avec un rudiment de racine et deux feuilles primitives. Nous savons aujourd'hui que si cette petite plante est là, c'est qu'elle s'y est formée successivement pièce par pièce, pendant le développement de la graine : car l'embryologie végétale a porté son investigation sur les organes de la fleur fécondée et a révélé la formation graduelle de cet embryon végétal aux dépens d'une cellule primitive dite ovule. Mais au siècle dernier les observateurs s'arrêtèrent à l'examen de la graine mûre, telle
qu^elle est récollée pour servir à ensemencer la terre. Arornatari, médecin de Venise, qui publia à ce sujet ses obsenations et ses conclusions hypothétiques en 16^, ne remonta pas plus haut, conclut à la préformation de la jeune plante dans l'organe générateur de la plante mère; il pensa naturellement pouvoir généraliser sa conception, rétendre des plantes aux animaux, des organes des végétaux à ceux des animaux ovipares : il fut le père de la théorie de la préexistence des germes.
Un grand naturaliste, célèbre par ses découvertes microscopiques et par ses études sur Fanatomie et les métamorphoses des insectes, Swammerdam, vint donner un appui considérable à cette théorie : il avait trouvé dans la chrysalide le futur papillon tout formé, avec ses ailes, ses pattes rudimentaires, n'ayant plus besoin que de croître et de s'étaler, pour former Pinsectc parfait; il crut de même trouver dans la chenille une chrysalide rudimentaire, et par suite dans l'œuf une chenille en miniature. Il proclama hautement, pour les insectes et autres animaux ovipares, la doctrine de la préexistence de rembrjon, ou, pour mieux dire, de l'animal complet, tout formé, n'ayant plus qu'à augmenter de volume.
Jusque-là il n'était question que des animaux ovipares. Comment appliquer cette doctrines aux vivipares, c'est-à-dire à l'homme et aux mammifères, alors que les médecins et les philosophes, d'après les doctrines d'IIippocrate et de Galien, professaient que la reproduction des vivipares se faisait par une combinaison intime de deux liqueurs séminales, la semence mâle et