‹ Le darwinisme; leçons professées à l'Ecole d'anthropologieChapitre 31 sur 87 · LÂMARGK ET ETIENNE-GEOFFROY SAINT -HILA IRE · texte numérisé non relu

LÂMARGK ET ETIENNE-GEOFFROY SAINT -HILA IRE

Un jour cet bomme sera bien grand et ses détracteurs bien petits. Diderot (lettre à Nalgcon, sur Voltaire).

Lamarck; sa biographie; ses œuvres; sa doctrine en philosophie ioologique; effets de l'habitude et des besoins; pour lui les transformations sont lentes^ mais Torganisme est actif; ses idées en psychologie. — Etienne-Geoffroy Saint-Hilaire ; les organes rudimentaires; le balancement des organes; Tembryologie; les monstres et les arrêts de développement; transformations embryologiques brusques où l'organisme est passif, — Unité du plan de composition; théorie des analogues, etc.

Nous arrivons enfin à celui qui marque une phase toute nouvelle parmi les précurseurs de Darwin, à celui qui a posé les premières bases solides du transformisme, à Lamarck. Sans doute, si ce naturaliste, dont les travaux descriptifs ou de classification ont fait faire tant de progrès à la zoologie et à la botanique, s'était attaché de même, dans ses œuvres philosophiques, à persuader davantage par la démonstration des faits que par le raisonnement, sans doute il n'eût laissé que bien peu de chose à faire à ses successeurs, et c'est sous son nom qu'eût triomphé la doctrine transformiste. Malheureusement Lamarck a tenu encore un peu de ses devanciers à cet égard, laissant trop souvent au lecteur le soin de confir-

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mer par des preuves de faits les grandes conceptions dont il s'attachait à montrer le vaste ensemble et la portée philoso* phique. Or, en science, le mérite appartient encore plus à celui qui prouve qu'à celui qui trouve; et c'est ainsi que Darwin, qui a su si merveilleusement accumuler les preuves et non les raisonnements, est venu éclipser la gloire de Lamarck. Il faut dire aussi, pour juger les choses au point de vue historique, et non pas seulement d'après nos impressions actuelles, que battue par Cuvier, et presque oubliée des générations suivantes de naturalistes, la doctrine de Lamarck a dû précisément aux travaux de Darwin l'éclat nouveau dont elle brille aujourd'hui à nos yeux.

Le chevalier de Lamarck naquit en 1744 à Bazentin en Picardie. Destiné à la carrière des ai*mes, il se distingua comme volontaire dans l'armée du prince de Soubise, puis, nommé officier, fut envoyé en garnison à Toulon et à Monaco. L'état de sa santé le força à renoncer à la carrière militaire, mais ce séjour dans le Midi, où il fut frappé de l'aspect de la végétation de la Méditerranée, ne fut pas sans influence sur sa vocation. En effet, de retour à Paris, où il gagnait son pain comme employé chez un banquier, il s'adonna avec ardeur à la botanique, et dès 4778 publiait une Flore française ayec clé dichotomique pour faciliter les recherches du commençant. A cette époque, Buffon, voulant faire voyager son fils, lui donna Lamarck pour guide avec une commission du gouvernement, et c'est ainsi que notre naturaliste parcourut la Hollande, l'Allemagne et la Hongrie. Jusque vers 1793, Lamarck ne s'occupa ainsi que de botanique. A cette époque, sur la proposition de Lakanal, fut créé le Muséum d'histoire naturelle : on força Lamarck de s'y charger delà chaire d'histoire naturelle des invertébrés, à savoir de ce chaos alors si confus des insectes, des vers, des zoophytes. On sait avec quel succès il aborda cet enseignement dès 1794 et

quelle lumière il jela dans la classification de ces animaux. A cet ordre d'études appartient son ouvrage capital comme naturaliste descriptif, son Histoire des animaux sans t^ertèbres (4816-1822. 7 vol.).

Pour achever dès maintenant cette courte biographie, avant d'examiner ses travaux en philosophie naturelle, nous ajouterons que Texamen minutieux de petits animaux, visibles seulement à la loupe et au microscope, fatigua puis affaiblit sa vue; bientôt il fut complètement aveugle. Il passa les dix dernières années de sa vie plongé dans les ténèbres, entouré des soins de ses deux filles, à Tune desquelles il dictait le dernier volume de son Histoire des animaux satis vertèbres. Il mourut le 18 décembre 1829 à Tâge de quatrevingt-cinq ans. Il semble qu'un gouvernement éclairé aurait dû s'informer avec un peu plus soin delà position d'un vieillard qui avait illustré son pays; mais les gouvernements, on le sait, réservent leurs faveurs pour d'autres services, et la misère d'un vieux savant aveugle a rarement éveillé leur sollicitude. Ses deux filles restèrent sans ressources, o: J'ai vu moi-même, dit M. Martins, en 1832, mademoiselle Cornélie deLamarck attacher pour un mince salaire sur des feuilles de papier blanc les plantes de l'herbier du Muséum, où son père avait été professeur. Souvent des espèces nommées et décrites par lui ont dû passer sous ses yeux, et ce souvenir ajoutait sans doute à l'amertume de ses regrets. Filles d'un ministre ou d'un général, les deux sœurs eussent été pensionnées par l'État; mais leur père n'était qu'un grand naturaliste, honorant son pays dans le présent et dans l'avenir : elles devaient être oubliées et le furent en effet*. >

Arrivons à examiner en Lamarck le naturaliste philo-

1. Ch. Martins. Un naturaliste philosophe; Lamark, sa vie et ses œuvres {Revue de$ Deux Mondes, 1*' mars 1873).

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