‹ Le darwinisme; leçons professées à l'Ecole d'anthropologieChapitre 32 sur 87 · LAMARCK ET ÊTIENNË-GEOFFROY SAINT-HILAIRE · texte numérisé non relu

LAMARCK ET ÊTIENNË-GEOFFROY SAINT-HILAIRE

sophe. Occupé tout d'abord d'études botaniques, puis chargé de classer des collections d'animaux invertébrés, Lamarck mania et décrivit un nombre immense d'espèces végétales et animales, c'est-à-dire se trouva en présence des séries de faits spéciaux qui pouvaient lui peimettre de s'élever à des généralisations comprenant l'ensemble du monde organisé. En botanique, comme en zoologie, il parait d'abord avoir été frappé par ce que les classificateurs appellent les mauvaises espèces, c'est-à-dire les espèces voisines qu'il est difficile de caractériser et de distinguer des variétés et races. Dans ces conditions, s'il s'attacha aux différences qui séparent les types, il sut reconnaître les analogies qui les rapprochent ; invoquant alors les variations si nombreuses et si grandes que présentent les espèces domestiques, et en particulier les poules et les pigeons, il chercha à montrer les conséquences pratiques de ces faits au point de vue des classifications, et, cherchant à les expliquer, il arriva à la certitude de la variabililé de l'espèce sous l'influence des agents extérieurs, à celle de Vunilé fondamental du règne animal, et enGn à ridée de la génération successive des différentes classes d'animaux, sortant, pour ainsi dire, les unes des autres, comme un arbre dont les branches, les feuilles, les fleurs et les fruits sont le résultat des évolutions successives d'un seul organe, la graine ou le bourgeon. On le voit, d'après cet énoncé général, la théorie de Lamarck ressemble singulièrement à celle de Darwin, telle que nous l'avons précédemment esquissée ; c'est seulement en entrant dans l'étude des détails que nous allons voir des différences, dont quelquesunes sont fondamentales.

Lamarck a exposé sa théorie, d'une part dans sa Philosophie zoologique parue en 1809\ et d'autre part en 1815,

1. Une nouvelle édition en a été donnée par Ch. Martins en 1873 (2 vol.).

dans son Iniroduction à {'Histoire des animaux sans vertèbres, Lamarck, dans ces deux écrits, prend la génération spontanée comme origine d'organismes infiniment simples, qui sont devenus le point de départ des innombrables types du règne végétal et du règne animal. Depuis ces êtres élémentaires, l'organisation s'élève par degrés et se perfectionne en se compliquant ; mais dès ce début il y a pour ainsi dire des bifurcations, soit vers le règne animal, soit vers le règne végétal ; puis, dans chaque règne, l'évolution se produit selon de nouvelles branches de bifurcation, de sorte que les êtres sont disposés non en une série linéaire unique, mais en séries linéaires multiples, résultant de la dichotomie d'une série antérieure et se dichotomisant ellesmêmes à leur tour, comme les ramifications successives d'un arbre. Ce tableau, qui, aux yeux de Lamarck, représente la forme vers laquelle doit tendre toute classification rationnelle, représente aussi pour lui un véritable arbre généalogique. Par suite, contrairement aux idées de Robinet, il n'y a pas à chercher des intermédiaires entre chaque type actuellement existant, mais seulement des ancêtres communs pour certaines formes qui se sont dififérenciées en partant d'une souche primitive; c'est ainsi qu'il n'y a pas à chercher des rapports de continuité entre les feuilles d'un arbre en examinant simplement un certain groupe de feuilles placées à un même niveau, mais bien en allant vers le pétiole de chaque feuille et de là un ramuscule qui porte divers pétioles, puis à un rameau qui est l'origine de deux ou plusieurs ramuscules, enfin jusqu'à la branche qui donne plusieurs rameaux et jusqu'au tronc qui donne les branches.

Il serait superflu de faire ressortir ici combien cette manière de voir cadre avec nos idées actuelles sur la signification des classifications, tant nous avons précédemment insisté sur ce sujet (Voy. ci-dessus, p. 39). Disons seule-

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