GOETHE, DUGHESNK ET NAUDIN
avant d'arriver à Darwin lui-même, plus qu'une mention à un naturaliste allemand connu surtout comme illustre poète, et dont les recherches en anatomie font époque au point de vue de la zoologie et de la botanique philosophiques. Nous voulons parler de Gœthe, aux notes duquel nous avons fait précédemment de nombreux emprunts pour retracer les phases de la lutte entre Etienne-Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier.
Gœthe avait étudié la botanique et Tanatomie comparée; dans chacune de ces branches des sciences naturelles il a laissé des mémoires dont chacun a fait époque, et qui, par la nature même des sujets traités, devaient amener Fauteur à des conceptions se rattachant intimement au transformisme.
En botanique, Gœthe est surtout connu par son traité de la Métamorphose des plantes. Cette théorie, aujourd'hui classique, et dans l'énoncé de laquelle Gœthe avait du reste été précédé par l'embryologiste Wolff, consiste à rechercher comment tous les organes de la fleur, depuis le calice jusqu'aux étamines et au pistil, en passant par la corolle, ne sont autre chose que des feuilles modifiées. Il y a donc dans la plante une sorte d'unité de composition, dont l'élément essentiel est la feuille, se transformant successivement, par métamorphose, en divers organes d'apparences très différentes. Bien plus, en lisant le traité de Gœthe, il est facile de voir qu'il avait déjà appliqué aux plantes la théorie aujourd'hui si en faveur des colonies d'organismes, et que, de même
borné à résamer ce qu*£tienne Geoffroy avait exposé d'une manière parrois un peu confuse. Bien plus, par le choix des citations, par les réflexions qu'il ajoute, il semble avoir voulu en restreindre plutôt qu'en étendre le sens. Rien dans ses œuvres n'autorise à penser qu'il admit des transmutations analogues à celles dont Lamarck soutenait la réalité, à celles dont il s'agit aujourd'hui. Isidore Geoffroy admettait la variabilité de l'espèce, mais nulle part il ne parle de sa mutabilité. C'est donc bien à tort qu'on a placé son nom parmi ceux des naturalistes qui, de près ou de loin, se sont rattachés à cette idée. »
qu'on considère les animaux tant soit pea élevés comme des colonies animales, il faisait des plantes de véritables colonies végétales (Voy. notamment, dans l'édition de Ch. Martins, p. 252, les passages oùGœthe considère le bourgeonnement comme une propagation successive, et la floraison comme une propagation brusque). Dans la colonie végétale formée de feuilles, il montre une certaine division du travail, certains individus (certaines feuilles) demeurant organes de nutrition et de respiration, tandis que d'autres deviennent organes de reproduction, etc.
Comme Goethe était un poète, c'est-à-dire un homme d'imagination et d'inspiration, on pourrait croire que ces formules générales n'ont été pour lui que le résultat d'une vue de l'esprit, d'une conception a priori y d'une rêverie de poète, et que, par le fait d'un heureux hasard, cette rêverie s'était trouvée conforme à la nature réelle des choses. Il n'en est rien, et Gœthe a pris lui-même le soin de nous retracer l'histoire de sa longue éducation botanique, de ses tâtonnements et de ses recherches, de ses insuccès et de ses succès (Voy. op. cit.y édit. de Ch. Martins, p. 186). t Depuis un demi-siècle et plus, dit-il en terminant cet historique, je suis connu comme poète dans mon pays et à l'étranger. Hais ce qu'on ne sait pas aussi généralement, c'est que je me suis occupé sérieusement et longuement des phénomènes physiologiques et physiques de la nature, que j'avais observés en silence avec cette persévérance que la passion seule peut donner. Aussi, lorsque mon Essai sur Vinlelligence des lois du développement de la plante^ imprimé en allemand depuis quarante ans, fixa l'attention d'abord en Suisse, puis en France, on ne sut comment exprimer son étonnement de ce qu'un poète, s'étant un instant écarté de sa route toute de sentiment et d'imagination, avait fait en passant une découverte de cette importance. C'est pour combattre cette fausse