GOETHE, DUCHESNE ET NAUDIN
croyance que cet avant-propos a été fait. Il est destiné à montrer que j'ai consacré une grande partie de ma vie à rhistoire naturelle, vers lequelle m'entraînait un goût passionné. Ce n'est point par l'inspiration subite d'un prétendu génie doué de facultés extraordinaires, c'est par des études suivies que je suis arrivé à ce résultat. >
En anatomie comparée des animaux, Goethe s'attacha à une théorie qui est, jusqu'à un certain point, en zoologie, le pendant de ce qu'est la métamorphose des plantes en botanique; il s'attacha à la théorie vertébrale du crâne, qu'il considéra, ainsi que Oken(dont il ne parait pas avoir connu les travaux), comme formé de pièces semblables à celles qui constituent la colonne vertébrale. Pour Gœthe {Op. cit.^ p. 112), « la tête des mammifères se compose de six vertèbres, trois pour la partie postérieure, enfermant le trésor cérébral et les terminaisons de la vie divisées en rameaux tenus qu'il envoie àl'intérieur et à la surface de l'ensemble; trois composent la partie antérieure qui s'ouvre en présence du monde extérieur qu'elle saisit, qu'elle embrasse et qu'elle comprend >. On sait que, aujourd'hui, les recherches d'embryologie, tout en modifiant cette conception, ne Tout pas renversée, comme on pourrait parfois le croire : l'embryologie a montré en effet que dans le crâne il y a une partie antérieure, achordale, correspondant au sphénoïde antérieur et àTethnoïde, et qui ne présente aucune analogie avec les vertèbres, et une partie postérieure, chordale, correspondant au sphénoïde postérieur et à l'apophyse basilaire, partie qui cette fois est parfaitement vertébrale, c'est-à-dire formée de vertèbres qui se soudent d'une manière plus ou moins prématurée.
En étudiant la composition du corps des vertébrés, Gœthe fut amené à formuler, sur le type général de leur composition, des principes presque identiques à ceux proclamés par
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Etienne Geoffroy-Sain t-Hilaire ; il n'est pas difficile de retrouver dans le passage suivant l'idée du principe du balancement des organes. « Si nous examinons attentivement (Op. cit. , p. 29) un animal, nous verrons que la diversité des formes qui le caractérise provient uniquement de ce que l'une de ses parties devient prédominante sur Tautre. Ainsi, dans la girafe, le cou et les extrémités sont favorisés aux dépens du corps, tandis que le contraire a lieu dans la taupe. Il existe donc une loi en vertu de laquelle une partie ne saurait augmenter de volume qu'aux dépens d'une autre et vice versa.,. Le total général du budget de la nature est fixé; mais elle est libre d'affecter les sommes partielles à telle dépense qu'il lui plaît. Pour dépenser d'un côté, elle est forcée d'économiser de l'autre*, d
Enfin, comme étude moins générale et cependant d'une importance plus grande encore, il faut rappeler la découverte de l'os intermaxillaire. Dans le cours de l'année précédente, en traçant l'histoire du développement de la face, nous avons longuement insisté sur l'importance morphologique de cet os, dont la présence chez l'homme avait été niée, de sorte qu'on avait été amené à établir, en zoologie, une barrière infranchissable entre l'homme et les autres
1 . Ce passage de Gœthe est extrait de son Introduction générale à Vanatomie comparée^ publiée en janvier 1795. C'est seulement en 1807 qu'Ètienne- GcofTroy Saint-Hilairé a établi, d'une façon bien plus complète, le principe en tête de son ouvrage Sur le crâne des oiseaux, « La nature» dit-il, emploie toujours les mômes matériaux et n'est ingénieuse qu'à en varier les fonnes : comme si, en effet, elle était soumise à des données premières, on la voit tendre toujours à faire paraître les mêmes éléments eu même nombre dans les mêmes circonstances et avec les mêmes connexions; s'il arrive qu'un organe prenne un accroissement extraordinaire, l'influence en devient sensible sur les parties voisines qui, dès lors, ne parviennent plus à leur développemen habituel; mais toutes n'en sont pas moins conservées, quoique dans un degré de politesse qui les laisse souvent sans utilité. Elles deviennent comme autant de rudiments qui témoignent en quelque sorte de la permanence du plan général. »