‹ Le DarwinismeChapitre 59 sur 102 · Voy. Alph. de Candolle, op. cit., p · texte numérisé non relu

Voy. Alph. de Candolle, op. cit., p

la doctrine transformiste : les noms de Lamarck et d’Étienne Geoffroy-Saint- Hilaire resteront à jamais placés à côté de celui de Darwin. L’Allemagne aussi, avec Goethe, occupe un rang honorable dans cette marche en avant, et Hæckel s’est efforcé, avec raison, de rendre justice au philosophe naturaliste dans lequel ses compatriotes en étaient toujours à voir uniquement le poète. Malheureusement Lamarck et Étienne Geoffroy-Sain t-Ililaire furent à peu près oubliés en France sous l’influence de Cuvier, et, en Allemagne, les excès de ceux qu’on appelait philosophes de la nature, et qui prétendaient tout déduire de principes posés a priori, en se passant de l’observation des faits, décréditèrent pour longtemps les conceptions générales en sciences naturelles et la recherche des origines des formes organiques actuelles. C’est en Angleterre que ces études devaient êtres reprises et que le transformisme devait, avec Darwin, nous revenir triomphant.

Darwin, qui s’est attaché à rendre justice à chacun de ses précurseurs de tous pays et à bien préciser la part qui revient à chacun d’entre eux dans l’ensemble de la doctrine, nous a donné une longue liste de tous ceux qui, en Angleterre, ont, soit dans des ouvrages généraux, soit dans des monographies spéciales et peu connues, touché de près ou de loin cà la question de l’origine des espèces1. De cette liste nous ne retiendrons que les noms suivants, comme se rapportant à des opinions émises d’une manière particulièrement remarquable.

En 1813, W. C. Wells, dans un Mémoire sur « une femme

t. Voy. Y Origine des espèces au moyen delà sélection naturelle. Traduct. fr. 1880. in Introduction sur les progrès de l’opinion relativement à l’origine des espèces.

blanche dont la peau, dans certaines parties, ressemblait à celle du nègre », paraît être celui qui le premier a formulé le principe de la sélection naturelle (nous avons vu cependant qu’il avait été précédé par Duchesne) en l’appliquant, du reste, seulement à certains caractères des races humaines. En effet, faisant remarquer que les nègres sont réfractaires tà certaines maladies tropicales, et que d’autre part tous les animaux tendent à varier dans une certaine mesure, variations dont les agriculteurs profitent pour améliorer les races domestiques en pratiquant sur elles la sélection, G. Wells ajoute que certainement une sélection semblable, mais plus lente, est mise en œuvre par la nature, pour la production des variétés humaines adaptées aux régions quelles habitent. « Ainsi, dit-il, parmi les variétés accidentelles qui ont pu surgir chez les quelques habitants disséminés dans les parties centrales de l’Afrique, quelquesunes étaient sans doute plus aptes que les autres à supporter les maladies du pays. Cette race a dû par conséquent se multiplier, pendant que les autres dépérissaient, non seulement parce qu’elles ne pouvaient résister aux maladies, mais aussi parce qu’il leur était impossible de lutter contre leurs vigoureux voisins. D’après mes remarques précédentes, il n’y a pas à douter que cette race énergique ne fût une race brune. Or, la même tendance à la formation des variétés persistant toujours, il a dû surgir, dans le cours des temps, des races de plus en plus noires et la race la plus noire étant la plus propre à s’adapter au climat, elle a dû devenir la race prépondérante, sinon la seule, dans le pays particulier oû elle a pris naissance. »

11 est impossible de trouver une expression plus nette, pour un cas particulier, du mécanisme de la sélection naturelle par la lutte pour l’existence. Notons que ce remarquable passage de Wells n’a été, pour ainsi dire, retrouvé

qu’après la publication de la première édition du volume de Darwin sur la sélection.

En mars 1853, Herbert Spencer a publié dans le Leader un Mémoire (reproduit depuis dans ses Essays, en 1858), où il expose une comparaison entre la théorie de la création et celle du développement continu et graduel des formes des êtres organisés. 11 tire, avec le talent merveilleux et la rigueur de raisonnements qui ont fait de lui le premier des philosophes contemporains, il tire ses preuves de l’analogie des productions domestiques, des formes successives par lesquelles passent les embryons, de la difficulté de distinguer les espèces d’avec les variétés, et enfin du principe de la gradation générale; il conclut que les espèces ont éprouvé des modifications qu’il attribue au changement des conditions. Ajoutons que Herbert Spencer, sur les travaux duquel nous aurons à revenir longuement par la suite, a aussi (1855) étudié la psychologie en partant du principe de l’acquisition graduelle de chaque aptitude et de chaque faculté mentale.

En juin 1859, le professeur Huxley, qui est devenu depuis l’un des partisans les plus autorisés du transformisme, dans une conférence sur Les types 'persistants de la vie animale *, fait remarquer « qu’il est difficile d’accorder les faits avec l’hypothèse que chaque espèces d’animaux, ou de plantes, ou chaque grand type d’organisation a été formé et placé sur la terre, à de longs intervalles, par un acte distinct de la puissance créatrice. Si, d’autre part, nous regardons les types persistants , dit-il, au point de vue de l’hypothèse que les espèces, à chaque époque, sont le résultat de la modification graduelle d’espèces préexistantes, hypothèse

1. Cité par Darwin (Origine des especes, édit. fr. , 1830, introduction, p. 21). — Voy. aussi: Huxley, Lay sermons (Trad. en fr. sous le titre: Les sciences naturelles et les problèmes qu elles font surgir, Paris, 1877 ; Conférence X, sur les types persistants de la vie.)

qui est encore la seule à laquelle la physiologie prête un appui favorable, l’existence de ces types persistants semblerait démontrer que l’étendue des modifications que les êtres vivants ont dû subir pendant les temps géologiques n’a été que faible relativement à la série totale des changements par lesquels ils ont passé1. »

1. La première édition anglaise de V Origine des espèces de Darwin est de novembre 1859.

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