EPITRE
me suis parforcé de faire mon devoir en ce que yay manié, au contentement du Roy et de ses principaux ministres. Et quant aux autres qui voudront dire, que je devoye despendre le temps à traduyre quelque autre livre de plus grand fruict, j'emploieray pour moy, en cest endroit, ce que Bocace dit au proesme de sa quatriesme journée et à la conclusion de son livre, où je les remetz. Les asseurant bien qu'ilz ne veirent par aventure de leur vie œuvre de plaisir d*où l'on peust plus cueillir de fruict qu'on fera de ceste-cy, s'ilz Vy veullent bien chercher : aussi qui en voudra faire mai son proffit, le livre ne les en gardera point. Mais s'il vous plaist, ma Dame (puis que le tout provient de vostre commandement et bon vouloir), faire tant de bien à Bocace qui a faict le livre, et à moy, qui l'ay traduict par vostre dict commandement, tant d'honneur que d'avouer ledict livre pour bon et digne d'estre veu par tout, vous clorrez la bouche à tous ceux qui voudront mesdire de Bocace, et se mocquer de moy : qui de tant moins me soucieray de leur présumptueux et téméraire parler, comme plus j'estime et hault loue vostre bon jugement, accompagné de i'auctorité et grandeur de vostre tant favorable protection, soustien^ et adveu : soubz la conduicte desquels nostre Florentin va asseurément commencer à parler le commun langage Françoys, ainsi que vous orrez présentement.
AUX LECTEURS
A Nation Françqyse se peult bien vanter aujourd'hui (Sei" gneurs LecteursJ que la pressente traduction du Décaméron de Bocace, nous est une très 'grande preuve et tesmoignage certain de la richesse et abondance de nostre vulgaire François. Car d'autant que par l'industrie et vigilance des bons et doctes personnages de ce royaume^ il a esté durant ce règne traduict et mis en nostre langue, plus grand nombre des hy^ stoires Grecques, et des livres Latins, que non pas des Italiens et Toscans, et que ceux qui peuvent rendre jugement sur cecy, tiennent et confessent, que nostre cotidien langaige se range plus facilement en traduction avec le Grec, que avec le Latin, tant
I. Avertissement d'Estiennc Roffet, dit Le Faulcheur, libraire à Paris.
AUX LECTEURS ' . 9
pour la manière du parler, comme pour la proximité de plusieurs mot^, accent^, et prononciations : il fault bien qu'il s'en ensuive nécessairement, que le Toscan, fil:( aisné du Latin, n'est moins difficile à tourner en no~ stre commun parler, que le Latin mesmes, ou le Grec, Ce néantmoins, vous ave^ icy en François le plus beau et plus estimé livre Toscan (pour le subject et matières dont il parle) que jamais ait esté faict en Italie, par Bocace, ne autres quelconques de sa nation, si ceux qui ont le premier lieu en la co~ gnoissance d'icelle langue, méritent d'en estre creu:(. Voire, et en Françoys, si bon, si courtisan, et si bien représenté, que les cachées richesses et incogneu^ ornement:^ de nostre bien parler se peuvent non conférer seulement, ains aussi préférer à toutes les autres estrangères. Je ne m'arresteray à vous r'amener en compte l'autre traduction du vieil temps : car elle estqyt de si peu de mérite que j'estime que nul homme de bon • esprit ne voudroyt maintenant la regarder seulement par le tiltre : aussi que je pense qu'elle ayt pris telle fin que l'on pouvqyt attendre d'elle, après ceste-ci qu'un très-expert Maçon a si bien fondée et bastie qu'elle n'est point pour se démoulir ou ruiner à jamais : dequoy vostre veue propre vous pourra faire foy. Mais, afin que l'aye^ enplus grande commodité, nous vous Vavons rangée en cette forme manuelle, tellement nettoyée des fautes qui se pouvoyent trouver es pré-
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AUX LECTEURS
cédentes impressions, ^ nokre dk vous y apparoistra manifestement : e récompense, vous prions aussi de m voir tel gré qu'on le doyt espérer et ai de toute bonne recongnoissance. A D