ÉPITRE
moins que Bocace a faict en la sienne. En quoy vous pouvez estre asseurée, ma Dame, que le désir d'en recevoir aucune louenge n'a tant eu de force à le me faire commencer et achever, comme le seul commandement qu'il vous a pieu m'en faire par plusieurs fois. Mais quand je l'ay depuis veu et reveu pour le cuider faire mettre en lumière, je suis entré en un double, comme Bocace mesmes entra en plusieurs, pensant certainement qu'il s'en trouvera bien quelr ques uns entre ceux qui ne servent en ce monde que de reprendre les œuvres d'autruy, ou si mieux ne sçavent, s'en mocquer plustost qu'iiz ne sçauroient imiter ceux qu'ilz reprennent, et pareillement quelques femmes desdaigneuses et succrées, qui s'esbairont (s'ilz se mettent à lire, ou escouter tout le livre, trouvans peut estre en quelques lieux aucunes nouvelles, qui sont follastres et plaisantes) comment moy, tant chargé de gros affaires publicques, me suis amusé à les traduyre. Autres diront, puisque je me vouloye mesler de traduyre d'Italien en Fraifçoys, que j'eusse mieux faict d'employer le temps à quelque autre œuvre de plus grand fruict. A quoy je vueil bien respondre, et asseurer les premiers, que je n'y ay jamais cpnsummé jour ne heure, si ce n'a esté ou pour vous obéir, ou pour quelquefois récréer l'entendement; et que quand les affaires ont duré, et qu'on m'a faict cest honneur de m'y employer, j'ay laissé reposer cest œuvre, et