PROLOGUE DB BOCâCB l
nant (ayant chassé tout tniTail arrière) je sen ^u'il est demouré très-plaisant. Mais combien que la peine soit cessée, pour cela ne s'en est fiiy le souvenir des plaisirs récenZy et qui m'ont esté iaictz par ceux qui par la bien Yueillance q\fïlz me portoyeot estoyent desplaisans de mes travaux, et ne les oubliray jamais (conune je croy) sinon par mort. Et pource que la reo^noissance des bienfaictz et plaisirs est (comme il me semble) entre les autres vertuz grandement à louer, et pareillement le contraire à blasmer : pour non sembler ingrat f ay en moymesmes délibéré (maintenant que je me puis dire en liberté) de vouloir en ce peu que je pourray^ poureschangedecequefayreceu, donner aucun allégement, je ne dy pas à ceulx qui m'aydèrent (parce que paradven* ture par leur bon sens, ou par leur bonheur ils n'en sont en aucune néoessité), mais bien à ceux qui en ont besoing. Et combien que mon confort puisse estre et soit assez peu de chose aux nécessiteux, néantmoins il me semble le devoir plustost donner là où le besoing apparoist plus grand : tant pource qu'il y prouffitera plus, comme pource qu'il y sera trouvé meilleur. Et qui sera celuy qui voudra nyer qu'il ne soit trop plus convenable donner confort aux pauvres Dames qu'aux honmies ? Elles, comme honteuses et timides,, tiennent le plus souvent dedans leurs cueursdélicatzles amoureuses flammes cachées, lesquelles combien plus de force
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elles ayent que les manifestes, ceux le sçavent qui l'ont esprouvé. Et oultre cecy, retiréeé de leurs youluntez et plaisirs par le vouloir des pères, des mères, des frères et des marySf le plus du temps demeurent enfermées dans le petit circuit de leurs chambres : là où, quasi contrainctes comme oysives de demourer assises, voulans ores une chose et ores non, forgent en une mesme heure en elles-mesmes divers pensemens : lesquelz il n'est possible qu'ilz soient tousjours plaisans. Et si à l'occasion d'iceux survient en leur entendement aucune mélancolie meue d'amoureux désir, il fault qu'avecques peine et fascherie grande elles y demeurent, si par fortune avecq' nouveaux et plaisans deviz elles n'en sont ostées. D'avantage il faut confesser qu'elles sont moins fortes que les hommes à soustenir les ennuyz : ce que pas n'advient ainsi des hommes qui ayment, comme nous pouvons veoir appenement :
car s'ilz ont aucune mélancolie, ou qu'ilz soyent chargez et travaillez de divers pensemens, ilz ont mille moyens de les alléger, ou de les oublier. Pource que, quand ilz veuUent, ilz ne sont en telle nécessité qu'ilz ne puissent aller et venir çà et là, ouir et voir beaucoup de choses, voler, chasser, pes« cher, aller à cheval, jouer ou marchander : chacun desquelz moyens a force de retirer du tout ou en partie l'entendement à soy, et de l'oster du pensement ennuyeux, au moins par quelque espace de temps : après