PROLOGUE DE BOCAGE l
lequel par un moyen ou par autre la consolation survient, ou bien Tennuy se diminue. A fin doncques que par moy le péché de la fortune soit en partie amendé, laquelle, où moins y avoit de force (comme nous voyons es pauvres dames) là plus elle a esté chiche d'ayde et support, je vueil et enten, pour le secours de celles qui ayment(car il ne fault aux autres que Téguille, le fuzeau et le rouet), racomptercent nouvelles ou fables, ou paraboUes^ ou histoires, comme nous les voudrons ftiiptiser : récitées en dix journées, par une honneste assemblée de sept dames, et trois bonnestes jeunes gentilz hommes, durant le temps pestilencieux de la dernière mortalité : ensemble aucunes chansonnettes desdictes dames chantées à leur plaisir. Èsquelles plaisantes nouvelles on verra plusieurs estranges cas d'amour, et autres aventures advenues, tant denostre temps que anciennement ; desquelles les dames qui les liront pourront prendre (des plaisantes choses en icelles monstrées) plaisir et prouffitable conseil : d'autant qu'elles pourront congnoistre ce qui est à éviter, et ce qui est à ensuyvre. Ce que si ainsi advient (que Dieu vueille),en rendons grâces à Amour, lequel, en me délivrant de ses liens, m'a octroyé le pouvoir de tascher d'employer le temps à chose qui leur soit agréable.