II — LE JUIF A ROME
9 semble que vostre pasteur, et par con- D séquent tous les autres, pourchassent » tant qu'ilz peuvent (avecques toute sol- » licitude, engin et art) de réduyre à néant » et de chasser du monde la religion » Chrestienne: là où ilz dévoient estre » Sun fondement et support. Mais pource » que je voy que ce qu'ilz pourchassent » n'avient point, ains au contraire que » vostre foy augmente, et tous les jours » devient plus claire et luy santé, je » congnoy évidemment que le sainct » Esprit est vray fondement et support » d'icelle, comme de la plus vraye et » saincte que nulle autre. Pour laquelle » chose là où j'estoye dur et rétif à tes » admonestemens, et ne me vouloye faire » Chrestien, je dy maintenant de cueur » ouvert que, pour chose du monde, je » ne laisseray de me faire Chrestien.
» Allons doncques à Téglise : et là, selon » la vraye cQustume de vostre saincte » foy, fay-moy baptiser. »
Jehannot, lequel attendoit asseurément contraire conclusion à ceste-cy, comme il Veut ainsi ouy parler, fut le plus content homme du monde ; et s'en allèrent à nostre Dame de Paris, là où ilz prièrent les prestres de léans de donner baptesme
à Abraham : lesquelz, oyans qu'il le demandoit, soudainement le luy donnèrent.
Et Jehannot fut son parrain, qui le nomma Jehan; et après par sçavans gens le feit parfaictement endoctriner en nostre foy; laquelle en peu de temps il apprint ; et depuis fut grand homme et de bonne vie.
€MELCHISEn:>ECH, JUIF,
en racontant une nouvelle de trois anneaux, au grand Soudan nommé Salladin, évita le gros danger qui lui estoit appresté par luy.
NOUVELLE III
Par laquelle TAuteur, approuvant la foy Chrestienne, monstre combien une soudaine et ingénieuse response est pro£Btable, quand Ton se trouve en quelque danger évident.
PRÈS que la nouvelle de ma Dame Néiphile fut de tous trouvée bonne, elle se teut :
et comme il pleut à la Royne, ma Dame Philomène commença à parler ainsi :
La nouvelle que a dicte Néiphile me faict souvenir d^un douteux cas jadis avenu à un autre Juif. Et pource que
desjà on a très-bien parlé de Dieu et de la vérité de la foy, il ne sera mal séant d'oresenavant de descendre aux actes et événemens des hommes; parquoi je vueil procéder à vous compter ce cas, lequel ouy, vous deviendrez par aventure plus cautes à respondre aux questions et demandes qui vous seront faictes. Vous devez sçavoir, mes amoureuses compaignes, que tout ainsi comme la sotise plusieurs foys fayct tomber quelqu'un de grande authorité en très-grande misère, le bon sens ne plus ne moins tire le sage hors de très-grand danger, et le met en grand et asseuré propos. Et qu'il soit vray que la sotise conduyse Thomme de grande autorité à pauvreté et misère, il se voit par plusieurs exemples, lesquelz il ne nous faut à présent travailler de réciter, considérant que tous les jours il s'en voit exemples manifestes. Mais que le bon sens soit occasion de grande consolation, je le vous monstreray en peu de parolles, comme je vous ay promis.
Salladin fut un si grand et vaillant homme, que non seulement sa valeur le feit Spuldan de Babilone, mais encor' iuy feit avoir plusieurs victoires sur les