VI AVERTISSEMENT
Shakspeare et de lui fournir, l'un le Marchand de Venise, l'autre Othello, le troisième Romeo et Juliette; Morlini, qui se servit du Latin, comme Pogge, avec moins d'esprit et de concision; Niccolo Franco, ce pauvre diable qui périt au bout d'une corde en expiation d'un mauvais distique sur les Vespasiennes d'un Pape peu endurant, cet original moitié philosophe et moitié satyre : secrétaire de l'Arétin, et amant de l'idéal au point de se créer une Béatrix, comme Dante : auteur de Pr lapées^ et capable d'écrire une sorte d'autobiographie amoureuse, où il n*y a rien que d'imaginaire (i); le Bandello, qui fut assez goûté chez nous pour que notre Henri II en fît un évéque Français et
(i) La Filena, singulier ouvrage qui serait un chef-d'œuvre s'il n'était d'une prolixité fatigante (Mantoue, 1547, 3 vol. in-12). L'auteur y raconte les enivrements, les jalousies, les déceptions, les désespoirs, les tortures que lui fait éprouver une femme— qui n'existe pas. II est assez curieux de voir à plus de deux siècles de distance. Franco, un cyaique, devinant et présageant le système de Kant, affirmer comme lui que nous ne voyons que nos propres idées, que la réalité nous échappe, que nous créons nous-mêmes ces êtres, ces femmes à qui nous donnons notre amour, notre confiance, à qui nous sacrifions notre vie et qui ne sont que des fantômes de notre imagination.