LA TROISIESME JOURNÉE
DU DÉCAMÉRON (Suite)
GILLETTE "DE VSQEIÇBOtTsCpsCE
guérit le Roy de France d*une fistule qu'il avoit : dont pour récompense, elle demanda Bertrand, Comte de Roussillon, pour mary : lequel, l'ayant espousée par force, s'en alla par despit à Florence : là oîi faisant l'amour à une jeune fille, Gillette coucha au lieu d'elle avecques luy, et en eut deuxfil^ : parquoy Vaymant depuis, il la tint pour sa femme,
NOUVELLE IX
Louant principalement le sens et entendement des Dames de bon courage.
L ne restoit plus (pour ne rompre le privilège donné à Dioneo) qu*à la Royne, pour dire sa nouvelle. Parquoy, quand celle de ma Dame Laurette fut achevée, sans
attendre d^estre solicitée des siens, elle toute joyeuse commença à parler ainsi :
Qui dira désormais aucune nouvelle qui ressemble belle, ayant ouye celle de ma Dame Laurctte ? Certes, ce nous fi esté grand avantage de ce qu'elle n'a pas esté la première : par ce que peu des autres ne nous eussent guères pieu après; et ainsi me doubté-je bien qu'il advienr dra de celles qui restent à racompter pour ceste journée. Toutesfoys je vous racompteray celle qui doibt estre dicte par moy sur la matière proposée.
Il y eut au royaulme de France un gentilhomme nommé Esnard, Comte de Roussillon, lequel, pource qu'il n'estoit guères sain, tenoit tousjours auprès de luy un médecin nommé maistre Gérard de Nerbonne. Ce Comte avoit un sien sçul filz petit nommé Bertrand, trèsbeau, plaisant et jeune garçon, avec lequel Ton faisoit nourrir plusieurs autres enfans de son aage : entre lesquelz y avoit une fille dudict médecin appelfée Gillette; laquelle mit son amour en ce Bertrand , si grandement qu'on ne le pourroit penser, et trop plus qu'il n'e-