LES OYES DE FRERE PHILIPPES
• comment s'appellent-elles ? • Le père, pour non réveiller en Papétit concupiscible du jeune garson aucun inclinable désir moins que utile, ne les voulut nommer par leur propre nom, c'est à sçavoir, femmes; mais luy dist : — t Elles se nomment oyes. » O chose esmerveillable à ouïr, que cestuy-cy qui n'en avoit jamais veu, ne se souciant des palais, ne du beuf, ne du cheval, ne de l'asne, ne d'argent, ne d'aucune autre chose qu'il eust veue, dist soudainement : — t Mon
Y père, je vous prie, faictes tant que j'aye
• une de ces oyes. i A qui le père dist : — c O Jésus, mon fîlz, taiz-toy, c'est une mau-
Y vaise chose, y Et le garson en demandant luy dist : — c Comment, mon père, les
Y mauvaises choses sont-elles ainsi faictes?
Y — Oui, Y dist le père. Et le garson respondit : — c Je ne sçay que vous voulez dire, ne
Y pourquoy ces choses-cy sont mauvaises :
Y car quant à moy il ne me semble point
Y avoir encores veu chose si belle ne si plai-
Y santé, comme elles, qui sont beaucoup
Y plus belles que les anges painctz que
Y vous m'avez plusieurs fois monstrez. Hé,
Y mon père, je vous supplie, si vous m'ay-
Y mez, faictes que nous menions là hault
Y une de ces oyes, et je luy donneray à pais-
Y tre. — Je ne le vueil pas, y dist le père, c tu ne sçais point par où elles se paissent, y Et lors il congneut incontinent que la nature avoit plus de force que son sens, et se repentit de l'avoir mené à Florence.
Mais ayant jusques icy assez dit de la présente nouvelle, je suis content d'en demourer là, et vueil retourner à ceux à qui je Vay racomptée. Aucuns doncques de ceux qui me reprennent, disent que je fay mal, (mes jeunes Dames) de me parforcer à vous complaire, et que vous me plaisez trop, ce que je confesse devant tout le monde : j'enten que vous me plaisez grandement, et que je me parforce de vous complaire entièrement. Et leur demande s41z s'esbahissent de cecy, considérant, je ne dy pas que j'aye congneu les baisers amoureux, les plaisans embrassemens, et les délectables fruitions, qu'on prent souvent de vous autres, mes doulces Dames; mais seulement d'avoir veu, et voy continuellement voz louables conditions, la désirable beauté, l'aornée gentilesse, et oultre ce vostre honnesteté féminine : puis qu'à celuy qui avoit esté nourry, eslevé et devenu grand sur une montaigne sauvage et solitaire, dedans le pourpris d'une petite cahuette, sans autre compagnie que de son père, vous fustes, incontinent qu'il vous vit, la seule chose qu'il désira, qu'il demanda, et qu'il voulut seulement suyvre avec affection. Ceux-cy doncques me reprendront-ilz ? me mordront-ilz? me dessireront-ilz, si vous me plaisez, ou bien si je me parforce de vous complaire? Moy duquel le corps n'a esté produit du ciel sinon pour vous aymer, et qui dès ma première enfance y ay mis toute
mon entente, sentant la vertu de la lumière de voz yeux, la doulceur de voz parolles meliiflues, et la flamme allumée par pitoyables souspirs. Considérant mesmement que vous pleustes avant toute autre x:hose à un pauvre hermite, garsonneau, sans sentiment, ou plustost à une beste sauvage. Pour certain qui ne vous ayme, et qui ne désire estre aymé de vous, me reprend comme celuy qui ne sent et ne cognoist les plaisirs, ne la vertu de l'affection- naturelle; aussi je ne m'en soucie guéres.
Quant aux autres qui parlent de mon aage, ilz monstrent bien qu'ilz ne cognoissent point que encor* que le porreau ayt la teste blanche, il a pourtant la queue verte. Ausquelz (laissant à part la gaudisserie) je respondz, que je ne tiendray jamais à honte (tant que la vie me durera) de complaire aux choses, ausquelles Guido Calvacant et Dante Aligieri desjà vieux, et messire Cino de Pistoye plein d'aage, tin dirent à honneur, et leur fut chose très-agréable de complaire; et n'estoit que ce seroit sortir hors de la façon de nostre deviser, je allégueroye les hystoires parmy mon dire, et monstreroye qu'elles sont toutes pleines d'hommes anciens et valllans, lesquelz en leur aage plus meur ont estudié songneusement de complaire aux Dames. Quoy ne sachantz ceuxcy, le voysent chercher, et l'apprennent.
Or de m'en devoir aller demourer en Parnase avec les Muses, je confesse que le III 5
5o LE DÉCAMÉRON — IV® JOURNÉE
conseil est très-bon : mais nous ne pouvons tous jours demourer avecques elles, ne elles avecques nous; et toutesfois quand il advient que rhomme, partant d^avecques elles, se délecte de voir chose qui leur ressemble, il ne mérite d'en estre blasmé. Or est-il que les Muses sont femmes, et encor' que les femmes ne valent ce que font les Muses, si est-ce qu'en premier aspect elles ont ressemblance d^celles Muses : tellement que quand les femmes ne me plairoient pour autre raison, elles me devroient plaire pour ceste-là. Oultre ce que les Dames m'ont jadis esté occasion de composer mille vers, où les Muses ne furent jamais occasion de m'en faire faire un seul. Bien est-il vrajr qu^elles m'aydèrent bien, et m'enseignèrent de les composer, voire et paradventure à escrire ces nouvelles. Et combien que ce soit chose très-basse, si sont-elles néantmoins venues plusieurs fois demourer avecques moy, pour le service paradventure, et en rhonneur de la ressemblance que les femmes ont à elles. Parquoy en tissant ces choses-cy, je ne m'esloigne pas tant (comme plusieurs penseroient paradventure) ne du mont de Pamase, ne des Muses.
Mais que dirons-nous à ceux-là qui ont û grande compassion de ma faim, qu'ilz me conseillent que je pourchasse d'avoir dequoy vivre? Certes je ne sçay, sinon que voulant penser en moy-mesmes qu'elle aeroit leur responce si je leur en alloye de-
BOCACE AUX DAMES 5l
mander par nécessité, je pense qu'ilz diroient : Va en chercher parmy tes fables. Et je leur fay sçavoir que les poètes en ont jadis plus trouvé parmy leurs fables, que beaucoup de riches n'ont faict parmy leurs thrésors, et aussi qu'il en y a eu plusieurs autres qui ont faict fleurir leur aage autour de leurs fables, là où au contraire grand nombre d'autres, cherchantz d'avoir plus dequoy vivre qu'il ne leur estott besoing, se sont ruynez et perduz malheureusement. Que diray-je plus? que ceux-là que je vueil dire me chassent hardiment quand je leur en iray demander, non pas que (la Dieu grâce) j'en aye besoing : mais quand encor la nécessité surviendroit, je sçay (suyvant l'Apostre) abonder et endurer nécessité; et par ainsi que personne ne se soucye de moy, plus que je m'en soucie.
Quant à ceux qui disent que ces choses n'ont pas esté ainsi comme je les dy, certes je auroye grand plaisir qu'ilz apportassent les originaulx. S'ilz se trouvoient discordàns de ce que j'escry, je diroye qu'ilz auroient juste occasion de me reprendre, et moy-mesmes me parforceroye de m'amender : mais jusques à ce qu'ilz me facent apparoir d'autres choses que de paroUes, je les laisseray avec leur opinion et suyrray la mienne, disant d'eux ce qu'ilz disent de moy.
Or m'estant advis que pour ceste foys je leur ay assez respondu, je dy, trés-gentilles
Dames, que à Tayde de Dieu et de la vostre,. en laquelle j'espère, je tireray plus oultre, armé de bonne patience, tournant le doz à ce vent et le laissant soufler, par ce que je ne voy point qu'il sceust advenir de xnoy autre chose que ce qu'il advient de la poussière menue, quand un tourbillon de vent la soufle : car ou il ne la faict mouvoir de dessus terre, ou s'il Teslève il la porte en hault, et plusieurs fois la laisse sur la teste des hommes, sur la couronne des Roys et des Empereurs, et quelque fois sur les haultz palais, et sur les plus haultes cimes des tours : desquelles si par fortune elle tombe, elle ne peut descendre plus bas que le lieu d'où elle est partie. Et par ainsi si je me délibéray jamais de vous complaire de toute ma puissance en aucune chose, certes je me disposeray maintenant plus que jamais : par ce que je cognoy bien qu'il n'y aura personne qui puisse dire avecques raison, sinon que les autres et moy qui vous aymons, faisons ce que nature a commandé : pour résister aux lois de laquelle il fauldroit trop grandes forces : lesquelles on a veu employer plusieurs fois, non seulement en vain, mais avecques le très-grand dommage de celuy qui s'en travailloit. Lesquelles forces je confesse n'avoir point, et si ne désire de les avoir en cest endroit; ou si je les avoye, je les presteroye plus tost à un autre, que de les mettre en œuvre pour moy; parquoy je conseille à ceux qui me
veulent ainsi picquer et blasmer, qu*ilz se taisent. Et s'ilz ne se peuvent eschauffer à aymer, qu'ilz vivent en leur morfondure, et demourans en leurs délices, ou plus tost appétitz corrompuz, qu'ilz me laissent demou rer à mon appétit ce peu de temps que j'ay à vivre.
Mais il est temps, mes belles Dames, de retourner d'où nous sommes partiz, et de suyvre Tordre commencé : car nous avons assez extravagué.
Le soleil avoit desîà châtié toutes les estoilles du ciel et Tombrage humide de la nuict de dessus la terre, quand Philostrate, Roy, s'estant levé, fit pareillement lever toute sa compagnie. Puis, estant venuz au beau jardin, commencèrent à passer le temps, et disnérent (l'heure du disner venue) au lieu qu'ilz avoyent soupe le soir précédent. Et après que le soleil fut au plus hault qu'il peut estre et qu'ilz se furent levez de dormir, ilz se seirent à la manière accoustumée auprès de la belle fontaine. Et lors le Roy commanda à ma Dame Fiammette qu'elle donnast commencement aux nouvelles. Laquelle, sans plus attendre qu^on le luy dist, commença à parler gracieusement ainsi :
^^7Sf&^
ni
Prince de Scdeme,fit tuer l'amy de la fille, et luy envoya le cœur en une couppe d'or : laquelle y mit tqir'et de l'eau empoitonnée qu'elle beat, et mourut aiiai.
NOUVELLE PREMIÈRE
Par laquelle est itaoMt U force d'amour, et repriae la cruauté de ceax qui le penMnl faire ces- Kr par battre aa taer l'on des amans.
osTRE Roy .{mes nobles Dames) nous a aujourd'huy donné un subject fort fescheuz et ennuyeux pour deviser : mesmes si nous considérons que là où nous sommes venuz pour nous resjouyr, il nous&ut
racompter les larmes d'autruy : lesquelles né se peuvent dire sans ce que celuy
mcsme qui les dit, et qui les oyt, n'en aye compassion : mais il Ta fait paradr venture pour modérer aucunement le plaisir que nous avons eu ces joun passez. Au fort, quoy que ce soit qui l'ait meu à cecy, puis qu'il ne m'est loysible de changer, ou contrevenir i son plaisir, je racompteray un accident pitoyable, ou plus tost malheureux et digne de noz larmes.
Tancredy, Prince de Salerne, eust esté seigneur fort humain et de bénigne na^ ture, si en sa vieillesse il n'eust souillé ses mains en son propre sang. Or est-il que ce Prince n'eut en tout le temps de sa vie que une seule fille : encor plus heureux auroit-il esté, s'il ne Teust point eue : laquelle fut autant chèrement aymée de luy que fille fut oncques de père ; et pour ceste grande amytié, il ne la pouvoit laisser aller d'avec soy, et ne la marioit aucunement, jaçoit ce qu'elle eust passé de plusieurs ans l'aagede devoir estre mariée. Toutesfois k la fin il la donna au filz du Duc de Capoue : avec lequel elle ne fut guères de temps,
qu'elle ne demourast vefve, et s'en retourna en la maison de son père.
Geste Dame estoit belle de corps et de visaige, autant que fut jamais femme, jeune, disposte, et de bon entendement : plus paradventure qu'il n'estoit requis à une femme. Et demourant ainsi avecq' ce père qui tant l'aymoit, elle vivant comme grande Dame en grandes délices, et voyant que pour l'amour qu'il luy portoit il ne se soucyoit guères de la remarier, aussi ne luy semblant estre honneste de l'en requérir, pensa en soy-mesmes d'avoir secrettement (s'il estoit possible) un honneste et sage amy par amours.
Au moyen dequoy voyant fréquenter en la court de son père plusieurs gentilz hommes et autres (comme on voit communément es cours des princes) et ayant considéré le maintien et la grâce de beaucoup, il y eut un jeune homme {entre les autres) serviteur de son père (qui se nommoit Guyschart, homme d'assez basse condition, mais plus noble par vertu et ccmditions louables, que nul des autres) qui luy pleut grandement : et le voyant souventesfois, s'embrasa désespérément de luy, louant à toute heiu*e plus ses façons de faire que
38 LE néCAMÉRON — IV° JOURNÉE
de nul autre. Le jeune homme, qui n'estoit pas peu advisé, s'en estant apperceu, Tavoit tellement mise en son entendement, qu'il ne pensoit à autre chose que à Taymer. S'aymans doncques Tun Tautre secrettement en ceste manière, et ne désirant la Dame autre chose que de se pouvoir trouver seule avecques luy (toutesfois qu'elle ne se vouloit fier de ceste amytié en aucune personne), elle pensa en soy-mesmes une nouvelle cautellc pour luy en faire entendre le moyen : qui fut que elle escrivit unes lettres, et par icelles luy faisoit entendre ce qu'il avoit à faire le jour ensuyvant, pour se trouver ensemble; puis l'ayant mise en un tuyau de canne, le donna en se jouant à Guyschart, et luy dist : « Tu en feras ce soir » un soufflet à ta servante, avec lequel » elle pourra allumer le feu. » Guyschart le print, en pensant bien à soymesmes que ceste-cy ne luy avoit donné, et dit ce propos-là sans quelque occasion : parquoy il s'en retourna avecques ladicte canne en sa maison, où regardant icelle canne il la trouva fendue : il l'ouvrit, et trouva dedans la lettre qu'elle avoit escripte, et l'ayant leue, et bî^
I SIGISMONOK 59
comprins ce qu'il avoit à faire, il fut le plus content homme du monde, et commença à donner ordre pour se trouver avec la Dame par le moyen qu'elle luy avoit enseigné.
Il y avoit en un des coings du palais du Prince, une cave faicte long temps au paravant dedans la montaigne : laquelle cave prenoit son jour par un souspiral faict par force dedans ladicte montaigne, lequel, par ce que la cave n'estpit plus fréquentée de personne, estoit quasi bouché de buyssons . et d'espines qui estoyent creus autour; et en ceste cave pouvoit-lon descendre par un secret degré, qui respondoit en une des chambres basses du palais que la Dame tenoit : combien qu'elle fust fermée d'un très-fort huys; et estoit ce degré, si hors de la mémoire d'un chascun (parce que dès long temps au paravant Ion n'y estoit descendu) que quasi personne ne se souvenoit qu'il y fust. Mais amour (aux yeux duquel rien n'«st si caché qu'il ne vienne à lumière) Tavoit remis en la mémoire de la Dame amoureuse : laquelle, à fin que aucun ne s'aperceust de cecy, se travailla plusieurs jours en son esprit d'ouvrir cest
60 LE DÉCAMfRON — IV* JOURNÉE
huys avant qu'elle peust y {Murenir; puis quand elle en eut trouvé la manière, et qu'elle fut descendue toute seule en la cave, et veu le souspiral, elle fit sçavoir à Guyschart qu'il se parforceast de descendre par là : luy ayant fait entendre la haulteur qu'il y pouvoit avoir jusques en terre. Pour laquelle chose exécuter, Guyschart appresta une corde avec certains neuz pour pouvoir descendre et monter par icelle; et s'estant vestu d'un cuyr pour se garder des espines, s'en alla la nuict ensuyvant audict souspiral, sans le sceu de personne; et après avoir très-bien attaché l'un des bouts de la corde à un tronson d'arbre qui estoit creu à la bouche du souspiral, il de* scendit en la cave par le moyen de ladicte corde, et là attendit la Dame. Laquelle, le jour ensuyvant, faisant semblant de vouloir dormir après disner, envoya ses damoyselles hors de la chambre et se y enferma toute seule; puis ouvrit l'huys, et descendit en la cave : où, quand elle eut trouvé Guyschart, ilz se firent l'un à l'autre merveilleuse chère ; puis montè-^ rent ensemble en sa chambre, où ilz demourèrent la plus grande partie de ce jour avecq' très-grand contentement. Et
I — SIGISMONDE 6l
ayans donné bon ordre, pour Tadvenir, à la conduicte de leur amitié, à fin qu'elle fust secrette, Guyschart s'en retourna en la cave, et la Dame ferma l'huys, et s'en vint dehors vers ses damoyselles; puis après, la nuict ensuyvant, Guyschart monta par sa corde par où il estoit descendu, et sortit du sou-, spiral et s'en retourna à la maison. Et ainsi ayant apprins ce chemin, il y retourna par plusieurs fois après par succession de temps.
Mais fortune, envieuse d'un si long et grand plaisir, renversa en triste pleur, avecq' douloureux accident, la joye des deux amantz. Le Prince avoit de coustume de venir aucunesfois tout seul en la chambre de sa fille, et y demourer et deviser quelque espace de temps avecq' elle, et après s'en aller. Lequel un jour après disner, lors que la Dame (qui se nommoit Sigismonde) estoit en un sien jardin avec toutes ses damoyselles, descendit là bas, et s'en entra en la chambre sans estre ne ouy ne veu de personne.
Mais ne voulant oster sa fille de son plaisir, et trouvant les fenestres de sa chambre fermées et les rideaux du lict abbatuz, se sieit sur un carreau au pied
d'iceluy; et appuyant la teste contre le lict, et le rideau tiré sur luy, comme s'il se fust caché expressément, s'endormit là. Et dormant ainsi le Prince, la Dame qui par maie fortune avoit ce jour ^ct venir Guyschart, laissa ses damo3rselles au jardin; et s'en entra tout bellement en sa chambre, ayant fermé laquelle sans s'appercevoir qu'il y eust personne, elle ouvrit Thuys à Guyschart qui l'attendoit ; puis se mettans sur le lict comme ilz avoyent de coustume, et folyans et passans le temps ensemble, advint que le Prince s'esveilla, et ouyt et vit ce que Guyschart et sa fille faisoyent. Dequoy estant dolent oultre mesure, il vcnilut de prime face s'escrier; mais il avisa pour le meilleur de se taire, et demoarer caché, s'il pouvoit : à fin de pouvoir faire plus secrettement, et avec moins de honte pour soy, ce que desjà luy estoit tombé en l'entendement de devoir faire.
Les deux amantz demourèrent par longue espace de temps ensemble, comme ilz avoient de coustume, sans s'appercevoir du Prince; et quand bon leur sembla, descenduz qu'ilz furent de dessus le lict, Guyschart s'en retourna en la cave, et elle sortit de la chambre. De
laquelle le Prince (encor' qu'il fust vieil) se coula au jardin par une fenestre d'icelle chambre, et sans estre veu de personne s'en retourna (dolent jusques au mourir) en sa chambre. Et la nuict ensuivant, sur l-heure du premier somme, il feit prendre, par bon ordre qu'il donna, Guyschart qui sortoit du souspiral, vestu et empesché de son habillement de cuyr ; et fut mené secrettement au Prince. Lequel, aussi tost qu'il le veid, luy dist, quasi la larme à l'œil : « Guyschart, ma x> bénignité dont j'ay tousjours usé en- » vers toy, n'avoit point mérité Foutrage » et la honte que tu m'as fait, en mes » propres choses, comme aujourd'huy » j'ay veu de mes yeux. » Auquel Guyschart ne respondit autre chose, sinon : — « Amour a trop plus de puissance que » vous ne moy n'avons. » Lors le Prince commanda qu'il fust gardé secrettement en une chambre de léans, et ainsi fut faict. Et quand le jour ensuyvant fut venu, ne sçachant encor' Sigismonde aucune chose de tout cecy, le Prince, ayant pensé en soy-mesmes plusieurs et diverses choses, s'en alla après disner comme il avoit de coustume en la chambre de sa fille, où il la feit ap-
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peller, et s'enferma avec elle; puis en plorant commença à dire :
« Sigismonde, m'estant avis que je » congnoîssoye ta vertu et ton hoo- » nesteté, à peine me fùst-il jamais » tombé en l'entendement, qui me Feust » dit (si je ne l'eusse veu de mes propres » yeux) que tu eusses, non pas fedt, mais » ne seulement pensé, de t'abandonner » à quelque homme s'il n'eust esté ton » mary : dequoy je seray dolent en me » souvenant de cecy, tant que ce peu de » remanant de vie que ma vieillesse me » réserve durera en moy. Or eust Dieu » voulu (puis que tu te devois conduire » à telle déshonnesteté) que tu eusses 9 prins homme sortable à ta noblesse : 9 mais entre tant qui fréquentent en ma » court, tu as* choisy ce jeune homme » Guyschard : qui est de très-basse con- » dit ion, et eslevé (quasi comme pour » l'honneur de Dieu) dès son jeune aage » jusques à présent en nostre court :
» dont tu m'as mis en un merveilleux » travail d'esprit, ne sçachant quel party » je doy prendre de toy. Car quant à » luy (lequel j'ay faict prendre ceste » nuict en sortant du souspiral, et le » tiens prisonnier), j'ay desjà conclu ce
» que j'en doy faire : mais de toy, Dieu » le sçait : car je ne sçay que faire. » D'une part me tire Tamour que je t'ay » tousjours plus portée que jamais père » porta à fille : et de l'autre me tire une » très-juste indignation prise par ta » grande folye. L'un veut que je te par- » donne : et l'autre que contre mon na- » turel je devienne cruel envers toy.
» Toutesfois, premier que d'en faire » aucune résolution, je désire d'ouyr ce » que tu dois dire à cecy. »
Et ces paroUes dictes, il baissa le visage, plorant aussi fort, comme feroit un enfant qu'on auroit bien fessé. Sigismonde, oyant son père, et congnoissant que non seulement son amour secrette estoit descouverte, mais aussi que Guyschart estoit prisonnier, elle sentit une douleur inestimable, ce qu'elle cuyda plusieurs fois monstrer avec criz et larmes, comme font la pluspart des femmes; mais le grand cueur qu'elle avoit, vainquit ceste basseur, et asseura son visage avec une merveilleuse force : délibérant en soy-mesmes, avant que de faire aucunes prières pour soy, de ne vouloir plus demourer en vie : voyant aussi bien que son Guyschart estoit desjà
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mort. Parquoy, non comme femme dolente, ou reprinse de quelque faute, mais comme ne se souciant de rien, avec un visage sec et ouvert, et point troublé, elle dist à son père :
a Mon père, je ne suis délibérée de 9 vous nyer aucune chose, ne aussi de » vous prier d'aucune : parce que l'un » ne me vaudroit rien, et je ne vueil pas » que Tautre me vaille : et outre ce je 9 ne prétend en aucune manière rendre 9 bénévole vostre clémence et amour » envers moy : mais confessant la vérité, » je vueil premièrement deffendre mon » honneur avecq' vrayes raisons, et puis » suyvre vertueusement par effect la 9 grandeur de mon courage. Il est vray 9 que j'ay aymé et ayme Guischard : et 9 Taymeray tant que je vivray, qui sera » peu : encor' si on s*ayme après la mort, 9 je ne me tiendray de Taymer. Mais à 9 cecy ne m'a tant induict ma fragilité 9 féminine, comme ont faict le peu de 9 soing que vous avez eu de me remarier 9 et la vertu de Guischard. Il vous de- 9 voit (mon père) estre tout notoire, que 9 vous estant de chair, aviez engendré 9 une fille de chair, et non de pierre ou 9 de fer : et aussi vous devoit et doit
I SIGCMONOB 67
souvenir (ores que vous soyez maintenant viefl) quelles sont et avec combien de force Tiennent les loix de jeunesse; et encor' que tous tous sojes (durant la force de vostre aa^ exercîté anx armes, si ne deviex-Toos pourtant moins omgnoistre, OMnbieii de puissance ont ks oysirctex et dâices non seulement es jeunes, mais aussi es vieux. Je suis donoques de ciiair oonmie engendrée devons: et ay si peu vescu, que je suis encores jeune et pleine par l'une et l'autre raison de concuptsâble désir : à quoy la congnoissance que î'ay eue (pour avoir esté mariée) du plaisir que c'est de donner accomplissement à un tel désir, y a ajousté de merveilleuses forces, auxqudles ne m'estant possible résister que je n'aye suivy ce à quoy elles me tirment, je devins amoureuse comme jeune, et femme Vjue je j suis}: et^certainement j'employay toute ma vertu autant qu'il me Ait possible, pour ne vouloir fadre honte ne à vous ne à moy, en ce à quoy péché naturel me tiroit. A laquelle chose amour pitoyable et fortune bénigne m'avoient trouvé et monstre une voye assez secrette, par
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» laquelle, sans que personne le sceust, » je parvenoye à mes désirs. Et cecy 0 (qui que le vous ayt monstre , ou » comme que vous l'ayez sceu) je ne le » vueil nyer ; mais je n'ay point prins » Guischart par accident, comme plu- » sieurs femmes font : ains avec un con- » seil délibéré, et un penser avisé, le » choisy par sur tout autre, et Tintro- » duisy à moy : jouissant avecques nostre » sage persévérance longuement de mon » désir. Dont il semble (outre ce que je » n'ay péché sinon par amour) que pour » suyvre plus la vulgaire opinion que » la vérité, vous m'en vueillez reprendre j) plus amèrement, disant que quasi vous » n'auriez occasion de vous en cour*- » rousser, si j'eusse choisy en cecy un 9 gentilhomme. En quoy vous ne vous 9 appercevez point que vous reprenez » non pas ma faute, mais celle de for- » tune : laquelle eslève assez souvent les » indignes, laissant à bas ceux qui sont 9 très-dignes. Mais ne parlons mainte- 9 nant de cecy et regardez aucunement 9 au commencement des choses. Pre- 9 mièrement vous verrez que d'une 9 masse de chair, nous avons tous rcceu » chair, et que un mesme créateur a
» créé toutes les âmes avec force et puis* » sances esgalles, et avec esgalle vertu : » laquelle Ait la première qui fit distin- » ction de nous tous, qui sommes nez et » naissons esgaux ; et ceux qui eurent » d'elle la plus grand part et en firent » les œuvres, furent appeliez nobles, » demourant le reste non noble : et » combien que contraire usance ayt » caché depuys ceste loy, si n'est-elle » pourtant ostée ne chassée de la nature 0 ne des bonnes meurs ; et par ainsi » celuy qui par vertu faict toutes ses » opérations, se monstre appertement » noble, et celuy qui l'appelle autrement, » commet faute, non pas celuy qui est » appelle. Regardez doncques tous voz » gentilzhommes, et examinez bien leur » vertu, leurs conditions et façons de 9 faire : d'autre part, regardez celles de » Guyschart : lors, si vous voulez juger » sans affection, vous direz qu'il e^ » très-noble, et que tous voz gentilz- » hommes sont vilains au respect de luy, D des vertuz et de la valeur duquel je » n'ay creu au jugement d'aucune autre 0 personne qu'à celuy devosparoUes, et » de mes yeux. Qui jamais les loua tant » comme vous les louez en toutes les
» choses louables,qu'un honneste homme » doit estre loué ? Et certainement ce » n'estoit à tort : car si mes yeux ne » m'ont trompée, vous ne luy donnastes » oncques louange, que je n'en aye plus » congneu en luy, que voz parolles ne » le pouvoient exprimer. Toutesfoys, si »' j'avoye receu en cecy aucune trom- » perie, ce seroit de vous de qui j'auroye » esté trompée. Voudriez-vous doncques » dire que je me soye mise avec un 0 homme de basse condition ? certes » vous ne diriez pas bien. Mais par^ven- » ture si vous disiez avec un pauvre, il » se pourroit confesser ; vray est que ce » seroit avec vostre honte, qui n'avez » daigné colloquer en grand estât un » honneste homme vostre serviteur.
» Toutesfoys la pauvreté ne prive aucun » de noblesse, mais si fait bien de ri- » chesse . Plusieurs Roys et grands » Princes furent jadis pauvres, là où » beaucoup de ceux qui labourent la » terre et gardent les brebis, ont par le » passé esté riches, comme il en est » encores. Et quand au dernier doute » qui vous tormente, c'est à sçavoir, que » vous devez faire de moy : chassez-le » hardiment de vostre entendement, et
» si VOUS avez délibéré en Textrémité de » vostre vieillesse, d'user de ce qu'en » vostre jeunesse vous nefistes oncques, » j'entend de devenir cruel, usez contre » moy de vostre cruauté : pour laquelle » éviter, je n'ay délibéré de vous faire » aucune prière : comme celle qui est la » première occasion de ce péché, si » péché se doit nommer. Vous asseu- » rant, que si vous ne faites de moy, » ce que vous avez faict ou ferez de » Guyschart, mes propres mains le fe- » ront. Parquoy allez respandre vos lar- )) mes avecques les femmes, et si vous » voulez devenir cruel, faites mourir » luy et moy d'un mesme coup, au » moins s'il vous semble que nous » l'ayons mérité. »
Le Prince congneut le grand cœur de sa fille : mais il ne creut pourtant qu'elle fust délibérée de faire ce à quoy tendoient ses parolles, et comme elle disoit vouloir faire. Parquoy partant d'avec elle et en volonté de ne vouloir user envers elle d'aucune cruauté, il pensa qu'avec le dommage d'autruy il refroydiroit son ardente amytié. Et commanda à deux de ses gens (qui avoient Guyschart en garde) que sans aucun bruit,
ilz l'estranglassent la nuict ensuyvant, puys, luy ayans tiré le cueur hors du corps, le luy apportassent : lesquelz firent comme il leur fut commandé. Et le lendemain le Prince se fit apporter une belle et grande couppe d'or : dedans laquelle il mit le cueur de Guyschart, qu'il envoya, par un sien serviteur familier, à sa fille, et luy commanda qu'il luy dist, le luy présentant, ces parolles : a Ton père » t'envoye ce présent, pour te consoler » de la chose que plus tu aymes :
» comme tu l'as consolé de ce que plus » aymoit. »
Or Sigismonde, non desmeue de sa cruelle délibération, s'estoit fait apporter (après le partement de son père) des herbes et racines venimeuses, qu'elle distilla, et en fit de Teau, pour la boire soudainement, si ce dont elle doutoit avenoit. Et quand le serviteur du Prince fut venu à elle, et qu'il eut fait le présent, et dit les parolles qu'il avoit charge de dire, elle print la couppe, et avec un visage asseuré, et icelle descouverte, tout aussi tost qu'elle vit le cueur et entendit les parolles, se tint pour toute certaine, que c'estoit le cueur de Guyschart. Parqupy, le visage levé vers le serviteur, elle luy
dist : « Il n'appartenoît certes à un tel » cueur qu'est cestuy-cy une sépulture » moins digne que d*or : en quoy mon » père a usé très-sagement. » Puis l'approchant de sa bouche, et le baisant, dist : « J'ay en toutes choses et jusques » à ceste extrémité de ma vie, trouvé » tousjours Tamitié de mon père très- » grande envers moy : mais je la con- » gnoy maintenant plus grande que ja- » mais; et par ainsi tu luy rendras de ma » part les dernières grâces, lesquelles je » luy doy jamais rendre d'un si grand » présent. » Et après ces paroUes, estant retournée sur la couppe, laquelle elle tenoit estroitement, regardant le cueur, dist ainsi :
a O dpulx recueil de tous mes plai- » sirs, maudicte soit la cruaulté de celuy » qui est cause que je te voy maintenant » avecques les yeux du front ! Il me suf- » fisoit assez de te voir à toute heure » avec ceux de l'entendement. Tu as » achevé ton cours, et tel que la fortune » te l'a voulu donner : tu t'es despesché, » et es venu à la fin où chacun court : » tu as laissé les misères et travaux de » ce monde : et as eu, de ton ennemy » mesmes, telle sépulture que ta valeur
» a mérité. Il ne te falloit plus autre » chose, pour avoir obsèques accomplies, » sinon les larmes de celle que tu aymois » tant, pendant que tu estois en vie.
» Pour avoir lesquelles, nostre Seigneur » mit en Tentendement de mon impi- » toyable père de t'envoyer à moy : et » certes je te les donneray : combien » que j'eusse délibéré de mourir les » yeux secz, sans verser aucunes larmes, tt avec un visage asseuré et non espou- » vanté d'aucune chose ; et quand je les » t'auray données, je feray que mon » ame, que tu gardas jadis tant chère- » ment, se joindra par ton moyen avec » la tienne. Mais aussi avec quelle com- » pagnie pourrois-je aller plus contente » ou mieux seure es lieux non con- » gneuz, qu'avec elle? Certes je suis » asseurée qu'elle est encor' icy de- » dans : qui regarde le lieu de ses plai- » sirs et des miens, m'asseurant (comme » celle qui suis certaine qu'elle m'ayme » encores) qu'elle attend la mienne :
» de laquelle est aussi grandement ay- » mée. »
Et cecy dit, commença à verser (tout ainsi que si elle eust eu une fontaine d'eau en sa teste) tant de larmes, que ce
I — SIGISMONDE y 5
fut chose merveilleuse à voir : baisant par infinies foys le cueur mort. Ses Damoyselles, qui estoient autour d'elle, n'entendoient point quel cueur c'estoit, ne que vouloient dire ces parolles : mais vaincues de compassion, ploroient toutes, luy demandant piteusement, mais en vain, l'occasion de son plorer, et se parforçoient comme mieux elles pouvoient et sçavoient de la conforter. Laquelle, après avoir tant ploré qu'il luy sembla assez, leva la teste ; et ayant essuyé ses yeux, dist : « O cueur aymé, tout mon de- 9 voir est achevé envers toy : ne me 0 restant plus à faire autre chose, sinon » de venir avec mon ame faire compa- » gnie à la tienne. » Et cecy dit, elle fit apporter la fioUe où estoit Teau qu'elle avoit faict le jour de devant, et la versa en la couppe où estoit le cueur lavé de plusieurs de ses larmes : ayant laquelle mise en sa bouche, sans aucune crainte, elle la beut toute ; et quand elle Teut beue, elle monta sus son lict, avec la couppe en la main, rengeant le plus honnestement qu'elle sceut son corps sur iceluy ; puis approcha de son cueur celuy de son amy mort. Ses Damoyselles, ayant veu et entendu cecy (encor* qu'elles
ne sceussent quelle eau estoit celle qu'elle avoit beue), avoient envoyé dire tout cecy au Prince : lequel, craignant ce qui survint, descendit incontinent en la chambre de sa fille, où il arriva à .la mesme heure qu'elle se jetta sur son lict, et trop tard venu à son secours, avecques douces paroUes commença (la voyant aux termes où elle estoit) à plorer amèrement. Aviquel la fille dist : — « Mon père, gar- » dez ces larmes a moins désirée fortune » que ceste-cy, et ne les me donnez : car » je ne les désire point. Qui jamais vit » homme, sinon vous, plorer de ce qu'il » a voulu faire? Mais toutesfoys, s'il y a » encores en vous tant soit peu de ceste » amour que vous m'avez tant portée:
» accbrdez-moy, pour le dernier don que » je désire de vous, que puis qu'il ne » vous a esté aggréable que je vesquisse » secrettement et à cachettes avec Guy- » schart, au moins que mon corps et le » sien, quelque part que vous l'ayez » fait jetter, soyent enterrez publicque- » ment ensemble. » L'angoisse du plourer ne permit que le Prince luy respondist aucune pâroUe. Et lors la Dame se sentant" tirer à la fin, estraignarit et serrailt fort le cueur mort à son estomach,
dist : — « Demourez avec nostre Sei- » gneur : car je m'en voy. » Et ayant les yeux cloz, et perdu tout son sentiment, se partit de ceste dolente vie.
Et ainsi eut Tamour de Guyschart et Sigismonde doloreuse fin, comme vous l'avez ouye. Lesquelz le Prince, après avoir fort ploré, et s'estant repenty trop tard de sa cruauté, fit enterrer tous deux honorablement, en un mesme sépulchre, non sans grand deuil de tous les Salernitains.
feit acroire à une femme Vénicienne, que l'ange Gabriel estait amoureux d'elle, et y coucha par plusieurs fois, en guise dudict Ange. Puis, par crainte des parens de la femme, se jetta par une fenestre, et se cacha en la maison d'un pauvre homme, lequel le mena le jour ensuyvant en guyse d'un homme sauvage, en la place sainct Marc, là oit estant recongneu de ceux de son ordre il fut mis en prison,
NOUVELLE II
Reprenant la mauvaistié d'aucuns hipocrites, et la sotise des imprudentes femmes. '
A nouvelle racomptée par ma Dame Fiammette, avoit fait venir plusieurs foys la larme à l'œil à ses compagnes. Mais quand elle fut achevée, le Roy dist avec un visage se-