VIII AVERTISSEMENT
Boccace vient naturellement se ranger à côté ou plutôt au-dessus de ses deux émules, si dissemblables entre eux, quoiqu'ils l'aient eu tous deux pour modèle.
Le Décaméron est une de ces œuvres impérissables qui rajeunissent avec les siècles au lieu de vieillir, et celle qui porte le plus profondément peut-être l'empreinte de l'époque où elle parut. La joie de revivre y éclate, la grande joie de la Renaissance, quelque chose d'analogue à cette effusion que peint Goethe au commencement de son Faust, quand tout le monde sort en habit de fête des inaisons closes par le deuil de la Semaine sainte en s'écriant : Christ est ressuscité! Seulement alors c'était l'homme qui, longtemps emmailloté dans le linceul, levait enfin la pierre du tombeau et fêtait lui-même son retour à la vie. Comme pour donner plus de saveur et de raffinement aux voluptés, Boccace a mis pour frontispice à son livre la peste de Florence, tableaux lugubres de la Mort, sinistre emblème du Moyen Âge en personne, décharné par les macérations, abêti par la scolastique. Le voile de tristesse que la religion répandait sur ce monde, pour faire désirer d'en sortir, Boccace le déchire en se jouant; ce poison