QUATRIESME JOURNÉE
Car moy laissé par Vorde tromperie De celle-là en qui seule espéroye^ Say apperceu sa fause piperie, Lors que sa grâce est de moy plus chérie; Et lors que plus sans craincte au mal tiroye De mon ennuy futur où faspiroye, Say veu qu'elle a receu autruy valeur, Me chassant de tel heur*
Dont vint au cueur le regret douloureux Que porte encor*, maudissans l'heure et jour Que premier vy son visage amoureux, Dé gran<^ beauté enrichy et heureux.
Et ce qui plus m'enflambe tout autour.
L'esprit mourant en déplaisant autour Va maudissant aigrement mon malheur, Foyy espoir et chaleur.
Parquoy tu peux, Seigneur Amour ^ sentir Quel est mon dueil despourveu de confort : Je te dy^ tel est-il sans en mentir, Que pour souffrir par moy moindre martir Invoque et quiers une cruelle mort :
Vienne doncq' tost, et d'un coup fier et fort Face finir ma vie et ma fureur Qui sera moindre ailleur.
Nulle autre voye ou confort me demeure Pour de l'ennuy oii suis me dessaisir, Sinon la mort :fay doncq* tant que je meure Que dueil je perde et la vie en mesme heure : Puis qu'à tort vi^, privé de tout plaisir, Laise qu'elle a de tel amy saisir Donne-luy telle en ma mort, ô Seigneur, De tous les Dieux majeur.
III i8
Bien peu me chaut ^ piteuse chansonnette, S^ autre que moy n'apprend à te chanter : Car nul te peut comme moy faire /este; Mais bien te vueil charger de chose honneste : C'est qu'à Amour te voyses présenter.
Pour à luy seul mon piteux cas compter : En le priant que luy pour son honneur Me mette à port meilleur.
Les parolles de ceste chanson déxnonstrotent assez clairement ce que vouloit Philostrate : et plus encor* l'auroit paradventure déclairé le regard de la Dame dont il parloit, qu^estoit en la dance, si l'obscurité de la nuict survenue n'eust caché la rougeur qui luy es toit montée au visage : mais après qu'il eut achevé celle-là. Ton en chanta plusieurs autres jusques à ce que l'heure de s'aller coucher fut venue, par^ quoy chacun se retira en sa chambre comme il pleut à la Royne.