LA TROISIESME JOURNEE
DU DÉCAMÉRON
£ii laijuelle l'on devise, souj le goayernemeni ■u "Dame V^éiphile, de cmx qui ont acquis a. industrie quelque chose foTl désirée, ou qui i
lenche matin, la Royne estoit dcsjà levée et avoit faict Je ver toute sa compagnie quand le soleil commençoit d'apparoistre ; et ayant le maiatre d'hostel envoyé long
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temps auparavant plusieurs choses nécessaires au lieu où ili: dévoient aller, et des gens qui y préparassent ce qui y estoit besoing; soudainement, quand il vit que la Royne estoit déjà en chemin, fit charger tout le demourant comme si quasi on eust levé un camp de là : et s'y en alla avec le cariage et le reste de la famille qui estoit demourée derrière les Dames et Seigneurs.
La Royne doncques, allant tout lé petit pas accompagnée et suyvie de ses Dames, et des trois jeunes hommes, print son chemin vers le soleil couchant : à*la guyde du chant de vingt rossignolz ou plus et d'autres oyseaux, par un sentier non guéres fréquenté, mais plein d*herbe verte et de fleurs : lesquelles, parce que le soleil montoit, commençoient toutes à espanouir : et en devisant, gaudissant et riant avec sa compagnie, les conduisit, sans aller guères plus loing d'une petite lieue, et devant qu'il fust entre six et sept heures, à un beau et riche palays: lequel un peu relevé au dessus de la plaine estoit assis sur un petit costeau de montaigne. Entrez dedans lequel, et après qu'ilz eurent esté par tout, et trouvé les grandes salles et les chambres nettes, accoustrées, garnies et meublées de ce qui appartenoit à chacune chambre^ ilz le louèrent grandement, et réputérent le seigneur dudict palays magnificque : puis, quand ilz furent descenduz en bas, et eurent veu la très-grande et plaisante court d'iceluy.
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8 caves pleines de vins excellentz, et Peau ès-froyde en grande abondance qui sourit là, ilz le louèrent encores plus : et de là lasi comme désirans se reposer, s'assirent 18 une gallerie qui regardoit toute la court, tant par tout plein de ramée et de fleurs, lies que la saison le permettoit: et lors le aistre d'hostel fut si avisé qu'il leur fit continent apporter des confitures et vins ;cellents dont ilz desjeunôrent. Après tout cy, s'estant faict ouvrir un jardin qui es toit ignant le palays, cloz et environné entièiment de murailles, ilz entrèrent dedans;
trouvantz de pleine arrivée tout le jardin sau à merveilles, commencèrent à regarder us attentivement les parties diceluy. Il roit tout à Tentour, et par le mylieu en U8ieurs endroitz, de très-grandes et spaeuses allées droictes comme une flesche,
couvertes des treilles de vigne qui monroient grande apparence de devoir rendre lie année force raisins : lesquelz estans us lors en fleur, rendoient une odeur si ande par le jardin, que mesiée ensemble ec celle de plusieurs autres choses, qui ntoient très-bon, il leur sembloit estre irmy toute l'espicerie qui jamais creut i Orient : les costez desquelles allées toient quasi tous couvertz de rosiers blancs rouges, et de jassemin : au moyen dequoy i pouvoit aller par tout, non seulement au atin, mais aussi à l'heure du jour que le leil estoit plus haut, soubz une ombre
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odoriférante, et très-plaisante, sans estre offensé de luy : et combien il y avoit des entes en ce lieu là, quelles elles estoient, et en quelle ordonnance elles avoient esté plantées, il seroit long à racompter: mais il n'en est point de qui on face estime, et que nostre aer puisse comporter, dont il n'en y eust abondance. Au milieu duquel jardin (ce qui n'est moins à louer que tout autre chose qui y fust, mais beaucoup plus) estoit un beau préau d'une herbe très-menue, et tant verte, qu'elle ressembloit quasi noyre, tout painct de mille diversitez de couleurs, environné de trés-vertz et vifz orengiers et cèdres, lesquelz ayans sur les branches les fruitz vieux et nouveaux, et les fleurs aussi, faisoient non seulement une plaisante umibre aux yeux, mais encor donnoient plaisir au sentiment. Et au milieu d'iceluy pré y avoit une fontaine de marbre très-blanc entaillé de merveilleux ouvrage : de là dedans (je ne sçay si c'estoit de veine naturelle ou d'artifice) sortoit, par une figure eslevée sur une colonne au milieu d'icelle fontaine, tant d'eau et si haute contre le ciel, que retombant après en la très-claire fontaine (non sans très-plaisant bruyt) elle eust faict mouldre pour le moins un moulin : laquelle eau puis après (je dy celle qui surabondoit quand la fontaine estoit pleine) sortant du préau par voyes secrettes et petitz canaux fort beaux et artificiellement faicts, se retrouvant hors du préau Tenvironnoit tout,
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et de là par autres semblables canaux couroit quasi par tous- les end roi tz du l>eau jardin : puis à la fin s'assembloit en un lieu, par où elle avoit son yssue hors d'iceluy jardin, et descendant de là tousjours très-claire vers la plaine, faisoit (avant qu'elle y fust) mouldre deux moulins avec grand force et non sans grande utilité du Seigneur.
La veue de ce jardin, sa belle ordonnance, les entes, et les fontaines avec les petitz ruisseaux procédans d^icelles, pleurent tant à chacune Dame et aux trois jeunes hommes, que tous commencèrent à affermer, que si on pouvoit faire paradis en terre, ilz ne sçauroient croire qu'on luy sceust donner autre forme que celle de ce jardin, et ne pouvoient penser quelle beauté on luy sçauroit adjouster par dessus celle-là. S'en allans doncques très-contens autour dMceluy et faisans de beaux chappeaux de diverses branches d'arbres et de fleurs, oyans continuellement chanter vingt sortes d'oiseaux quasi à Tenvy l'un de l'autre, ilz s'apperceurent d'une délectable beauté, de laquelle (eux surprins des autres) ilz ne s'estoient encor* apperceuz : c'est qu'ilz virent le jardin plein d'environ cent diverses sortes d'animaux très-plaisantz. Et les monstrant l'un à l'autre: on voyoit sortir d'une part les connins, d'une autre courir les lièvres, et en aucun lieu les chevreux couchez, et en quelque autre les petitz jeunes cerfz qui s'en
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alloient paissant. Et outre ce, plusieurs autres espèces de bestes non nuysantes aux personnes, qu'on voyoit chacune aller à son plaisir à Tesbat comme quasi domestiques. La veue desquelles augmenta grandement les autres plaisirs dessusditz. Mais après qu'ilz eurent assez veu ores une chose, et tantost l'autre, ilz firent dresser les tables à Tentour de ^a belle fontaine. Où* ayantz premièrement chanté six chansonnettes, et dancé quelque dance, ilz s'en allèrent disner comme il pleut à la Royne. Et après qu'ilz curent esté serviz avec un ordre très-grand, beau et sans bruit, et repeuz de bonnes et délicates viandes, ilz en devindrent plus joyeux, et se levèrent de table: puis s*adonnèrent de rechef à jouer des instrumens, à chanter et à baller jusques à ce qu'il sembla à la Royne, pour le chaut qui survenoit, qu'il fust heure de s'en aller dormir qui voudroit : aucuns desquelz y allèrent, et les autres, raviz de la beauté du lieu, n'y voulurent aller : ains estans demourez là, les uns se prindrent à lire des romans, les autres à jouer aux eschetz, et une partie aux tables, cependant que les autres dormoient. Mais après midy passé qu'ilz se furent levez, et rafreschiz le visage d'eau froyde, ilz allèrent (selon le commandement de la Royne) dedans le préau joignant la fontaine : et s*estant assis comme ilz avoient de coustume, elles commencèrent d'attendre à compter des nou-
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velles sur la matière proposée par la Royne. Le premier desquelz à qui elle imposa ceste charge fut Philostrate ,* lequel commença ainsi :
ti
contrefaisant du muet, devint jardinier d'un monastère de femmes, lesquelles couchèrent toutes avecques luy.
NOUVELLE PREMIERE
Sous laquelle est monstre qu'il est bien difficile à garder la virginité en tous lieux.
L y a (mes très-belles Dames) beaucoup d'hommes et de femmes qui sont si folz qu'ilz croyent asseurément que tout aussi tost qu'on a mis à une jeune fille le voile sur la teste et le bandeau blanc au front, et qu'on luy a chargé le doz d'un capuchon noir, qu'elle ne soit plus femme, et ne sente
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plus les appétitz féminins : né plus ne moins que si elle, pour estre ûiite npn* nain, estoit devenue pierre : et si par fortune ils oyent quelque chose contre ceste leur créance, ils s'en courroussent aussi fort, comme si on avoit commis un très-grand et énorme péché contre nature, sans penser ne vouloir avoir quelque considération à eux-mesmes, la pleine* liberté desquelz à pouvoir faire ce qu'ilz veulent ne les peut saouler : et sans aussi considérer les grandes forces de Toysiveté et de la solitude. Pareillement il y a encor' beaucoup de gens qui croyent asseurément que la houe et la besche, les grosses vian^des, et les malayses, ostent du tout les appétitz sensuelz de la chair aux laboureurs des champs, et qu^lz les rendent grossiers d'entendement, et de prévoyance ; mais je vueil bien (puis que la Royne me Ta commandé, et sans sortir hors de ce qu'elle a proposé] vous faire certaines avec une petite nouvelleté, /Combien tous ceux qui le croyent ainsi, sont trompez grandement.
En cestuy nostre païs il y eut, et est encores un monastère de femmes fort
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renommé de sainctetë et bonne vie, lequel je ne nommeray point pour ne diminuer aucunement sa réputation ; auquel n'a pas long temps, que n'y estant plus que huict Religieuses avecques l'Abbesse, il y avoit un bon hommeau, jardinier d'un très-beau jardin qu'elles avoient : lequel, ne se contentant de ses gages, ne les vouloit plus servir, et ayant faict compte avec le Fac totum des Dames il s'en retourna au village de Lamporrecchio dont il estoit : et là, entre les autres qui lui firent bon recueil, ce fut un jeune païsant fort et robuste et beau de sa personne pour un homme de village, le nom duquel estoit Maset, qui luy demanda où il avoit tant esté : le bon homme, qui se nommoit Nuto, le luy dist. Maset luy demanda après dequoy il servoit au monastère. A qui Nuto respondit : — « Je labouroye un jardin, » qu'elles ont beau et grand, et puis » alloye quelquefois à la forest pour » quérir du boys; je tiroye de l'eau, et » faisoye autres semblables services ; » mais les Dames me donnoient si petitz » gages, qu'à peine en pouvois-je payer » les souliers que j'usoye : et qui pis est, » elles sont toutes jeunes, et m'est advîs
)> qu'elles ont le diable au corps, car on » ne peult faire aucune chose à leur gré : » ains quand je labouroye quelque fois » le jardin, l'une me disoit, boute là cecy, » l'autre, boute cecy là, et l'autre m'o- » stoit ma houe des mains, et disoit, cecy » n'est pas bien. Si m'ennuyoient tant » que j'abandonnoye la besongne, et » m'en sortoye du jardin : tellement que » tant pour une chose que pour Tautre » je n'ay plus voulu demourer, et m'en » suis venu comme tu vois : encor' me » pria leur Fac totum, quand je m'en » party, que si je sçavoye quelqu'un qui » fust pour faire tout ce que dessus, que » je le luy envoyasse, ce que je luy pro- » mis : mais ainsi le face Dieu sain des » rains, comme je lui en pourchasseray » ou envoyé ray aucun. »
Quand Maset ouyt les parolles de Nuto, il luy vint un tel désir de demourer avecques ces nonnains qu'il en transissoit tout : comprenant par lesdictes parolles qu'il pourroit bien venir à chef de ce qu'il désiroit. Et avisant en soymesmes qu'il ne le pourroit facilement faire s'il en disoit rien à Nuto, luy dist : — « Hé, que tu fais bien de t'en venir I » qu'est-ce que d'un homme qui se tient
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n avecques les femmes? il vaudroit beau- 0 coup mieux demourer avecques les » Diables, elles ne sçavent de sept fois » les six qu'elles mesmes veulent. »
Mais après que leurs propos furent achevez, Maset commença à penser quel moyen il pourroit tenir pour pouvoir demourer avecques elles : et congnoissant qu'il sçavoit très-bien faire les services que Nuto disoit, il ne soucia point d'y perdre pour cela : mais craignoit seulement de n'estre point receu, pource qu'il estoit trop jeune et apparent. Par quoy ayant pensé plusieurs choses, il va imaginer et dist en soy-mesmes : le lieu est fort loing d'icy et personne ne m'y congnoist; si je puis faire semblant d'estre muet, pour certain j'y seray receu. Et s'estant arresté à ceste imagination, il print une coignée sur son col, et sans dire à personne où il alloit, s'en alla, en guyse d'un paovre homme, au monastère, là où, quand il fut arrivé, il entra dedans, et trouva par fortune le Fac totum en la court : auquel (en faisant les signes comme font les muetz) il monstroit qu'il demandoit à manger pour Dieu, et que s'il estoit besoing fend roi t du bois ou quelque autre chose. Le Fac
totum luy donna volontiers à repaistre, et après cecy il luy monstra certaines grosses souches que Nuto n'avoit sceu despecer, lesquelles cestuy-cy (qui estoit très-fort) meit en peu d'heure en pièces. Le Fac totum, à qui il convenoit aller au bois, le mena avec soy : et là il luy fit couper du bois, puis luy mit Tasne devant soy, et avecques ses signes luy fit entendre qu'il le menast au logis. Ce que Maset sceut très-bien faire. Parquoy le Fac totum, qui a voit à faire plusieurs besongnes, le tint là beaucoup de jours, durant lesquelz advint que TAbbesse le vit et demanda au Fac totum qu'il estoit. Lequel luy dist : — « Ma Dame, c'est un » paovre homme muet et sourd qui vint » icy un de ces jours pour demander » Paumosne, que je luy donnay volon- » tiers : et luy ay faict faire plusieurs » choses qui estoient nécessaires céans. » S'il sçavoit labourer le jardin, et qu'il » voulust demourer céans, je pense qu'on » en tireroit tout plein de service : car » nous en avons besoing : et il est fort » ,et puissant et en pourroit Ton faire ce » qu'on voudroit; et outre ce il ne fau- » droit point avoir de pensement qu'il » causast avecques noz jeunes Religieu-
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» ses. » A quôy TAbbesse respondit : — « Par la foy de mon corps, tu dys vray : D sçache doncques s'iFsçayt labourer, et » essaye-toy de le retenir : luy donnant » quelque paire de souliers et quelque » vieil capuchon : flatte-le, et le ami- » gnarde, et luy donne à manger son D saoul. » Le Fac totum promit de le faire. Maset, qui n'estoit guères loing d'eux faisant semblant de nettoyer la court, ouyt toutes ces parolles, et tout joyeux disoit en soy-mesmes: Si vous me mettez une fois céans, je laboureray tellement vostre jardin qu'il ne fut jamais si bien labouré.
Or ayant le Fac totum veu qu'il sçavoit labourer parfaictement bien, et luy ayant demandé avecques signes, s'il vouloit demourer léans, et cestuy-cy ayant respondu aussi avecques signes, qu'il vouloit faire ce qu'il luy plairoit, Payant receu en leur service, luy commanda qu'il labourast le jardin, et luy monstra ce qu'il avoit à faire, puis s'en alla faire les autres besongnes du monastère : et le laissa au jardin. Lequel Maset labourant un jour après l'autre, les nonnains comrbencèrent à le venir harseller, et à le vouloir mettre en propos comme sou-
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ventes fois advient qu'on fait aux muetz : et lùy disoient les plus folles paroUes du monde, ne pensais estre eiltendues par luy : et FAbbesse, qui paradventure cuidoit qu'il fiist sans queue comme il estoit sans paroUes, s'en soucyoit peu ou point.
Toutesfbis il advint que luy ayant un jour fort travaillé, et se reposant dans le )«rdin, deux jeunes nonnains (qui se promenoient] s'aprochèrent du lieu où il estoit faisant semblant de dormir, et le commencèrent à regarder, dont Tune (qui estoit quelque peu plus hardye) dist à Tautre : « Si je pensoye que tu me » fusses secrette, je te diroye une chose » que )'ay plusieurs fois pensé, qui te » pourroit paradventure profiter. » L'autre respondit : — « Dy-le seu rement : » car pour certain je ne le rediray jai> mais à personne. » Alors ceste hardye commença à dire : — « Je ne $çay si tu » as mis en ton entendement combien 9 nous sommes tenues estroictement, et » que jamais aucun homme n'ose entrer » céans^ sinon nostre bon homme Fac » totum^ qui est vieil, et ce muet : et » j'ay maintes fois ouy dire à plusieurs » femmes qui nous sont venues visiter,
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» que toutes les autres douceurs du » monde sont une mocquerle, au pris de » celle-là quand la femme prexid son V plaisir avecques l'homme : parquoy je » me suis mise plusieursfois en la teste 9 de vouloir esprouver avec ce muet » (puis que je ne puis avec un autre) s'il n est ainsi : car ce lourdault est le meil- » leur du monde pour cecy, par ce que » quand bien il voudroit il ne pourroit, » ny le sçauroit dire : tu voys qu'il est » un maistre jouvenceau sot, et crèu » premier que le sens : parquoy je sçau- » roye volontiers ce qu'il t'en semble. — » Ave Maria o (dist rautre),« que est-ce que » tu dis ? ne sçais-tu pas que nous avons j) promis nostre virginité à Dieu ? — O » (dist celle-là), a combien de choses luy » promet-l'on tous les jours dont on ne » luy tient pas une seule? Si nous les »luy avons promises, qu'il en treuve » une autre ou des autres qui le luy » tiennent. » A qui la compagne dist : — « Ho, et si nous devenions grosses, com- » ment iroit le cas? » Alors celle-là dist : — <c Tu commences desjà à te soucier » du mal avant qu'il favienne : quand » il aviendroit, il y faudroit lors penser. 9 Si aurons niille moyens de aire en
9 sorte qu'il ne se sçaura jamais, si nous » ne le disons nous-mesmes. » Ceste-cy (oyant ces parolles) avoit des jet plus de volonté que Tautre d'essayer quel animal c'estoit que Thomme, et dist à sa compagne : — « Or bien, comment fe- » ron$-nous? » A qui celle-là respondit: -^ « Tu voys qu'il est sur Theure de 9 midy, que toutes les autres sœurs » sont allé (comme je pense) dormir V çinon nous ; guettons par le jardin s'il i y a personne , et s'il n'y a ame, qu'a- » voos-nous àfaire que de le prendre par » la main, et le mener en celle cahuette » Où il se met à couvert. quand il pleut? » et là l'une demourera dedans avec- » è^ues luy ; l'autre fera le guet : il est si 9 sot, qu'il se mettra comme l'on vou- 0 dra. »
Maset oyoit tout ce parlement, et délibéré d'obéir, n'attendoit autre chose sinon d'estre prins par l'une d'elles. Lesquelles ayans bien regardé par tout, et voyans qu'elles ne pouvoient estre apperceues de personne, celle qui avoit commencé le propos s'aprocha de Maset, et Tesveilla ; et il se leva incontinent debout : parquoy ceste-çy avecques contenance de flatterie, l'ayant prins par la
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main, le mena, luy riant et faisant le sot, en la cahuette ; là où Maset, sans trop se faire prier, fit ce qu'elle voulut : laquelle, comme loyalle compagne, ayant eu ce qu'elle désiroit, fit place à l'autre. Et Maset, se monstrant tous jours sot, faisait encores ce qu'elles vouloyent, tellement qu'avant que ilz se départissent de là, chacune d'elles voulut esprouver plus d'une fois, comme le muet sçavoit aller à cheval. Et souventesfois après, elles disoient en devisant ensemble, que véritablement cela estoit une chose autant douce et plus encores qu'elles n'avoierit ouy dire : et sçachants ainsi choysir le temps à heure convenable, elles s'en alloient esbattre avecques le muet.
Advint un jour qu'une de leurs compagnes, s'estant apperceue de cecy par une petite fenestre de sa chambre, le monstra à deux autres : lesquelles conclurent premièrement de les devoir accuser envers l'Abbesse; puis ayant changé d'opinion et s'estans accordées avec elles, devindrent participantes de la puissance de Maset : desquelles les autres trois nonnains qui restoient. du nombre des huict, devindrent aussi com-
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pagnes, par divers moyens, avec le tçmps.
A la fin l'Abbessf , qui ne s'apereevoit •ncor' de toutes ceSfChoses, en' se promenant un )Our toute seule par le jardin, faisant grand chaut, trouva Maset dormant tout estendu à l'ombre d'un amendier : lequel avoit^ assez, de peu de besongne le jour, pour avoir trop travaillé la nuict ; et le vent luy a3^ant levé sa chemise, estoit tout desoouvert. Ce que voyant TAbbesse, et se sentant seu]^, elle tomba en ce mesme appétit que ses nonnains estoient tombées ; et ayant èsveillé Masèt, le mena avec soy en sa chambre : là où elle le tint plusieurs jours, non sans grande querimonie de ses nonnains de ce que le jardinier ne venoit faire le jardin ; et esprouva une fois et plusieurs celle douceur qu'elle souloit blasmer au paravant aux autres.
A la fin l'ayant renvoyé de sa chambre en la sienne, et le voulant plusieurs fois ravoir, elle taschoit d^en tirer plus que portion de luy, qui ne pouvoit plus satis^ itire à toutes : parquoy il s'advisa que son estre muet (s'il demouroit plus guères en ceste sorte) luy pourroit re« tourner à grand dommage. Au moyen
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dequoy estant une nuict avecq' TAbbesse, et le fillet de la langue s'estant rompu, il commença à dire : «r Ma » Dame, j'ay aùtresfois ouy dire qu'un € coq peult très-bien suffire à dix ge- » Unes : mais que dix hommes pour- » roient mal aysément (ou à tout le » moins avec grand'peine) satisfaire à » une femme, Ul où il me convient servir » à neuf, à quoy je ne pourroye plus » fomir pour chose du monde : ains je » suis desjà venu à tant de ce que j'ày » faict jusques icy, que je n'en puis plus » faire ne peu ne prou : et par ainsi ou » vous me donnerez congé pour Pamour » de Dieu, ou vous trouverez quelque » moyen à cecy. »
L'Abbesse, oyaot parler cestuy-cy (lequel elle croyoit estre muet) fut toute esbahye et dit : — « Qu'est cecy? je pen- » soye que tu fusses muet. — Ma Dame, » dist Maset, « aussi estoye-je; mais non » pas de nature : ains par une maladie » qui me fit perdre la parolle, et ne Tay » seulement recouvrée que de ceste » nuict, dont je loue Dieu tant comme » je puis. » L'Abbesse le creut fermement, et luy demanda que vouloit dire ce qu'il disoit, qu'il avoit à servir à neuf?
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Masçt luy compta tout le faict. Ce que oyant TAbbesse, elle s'apperceut bien qu'elle n'avoit Religieuse qui ne fust beaucoup plus sage qu'elle. Parquoy, comme discrette qu'elle estoit, et sans vouloir donner congé à Maset, elle délibéra de vouloir trouver avec ses nonnains un expédiant à cest affaire, à fin que le monastère ne fust scandalisé par luy. Et estant leur facteur allé un peu au paravant de vie à trespas, s'estantz descouvertes entre elles toutes de ce qu'au paravant avoit esté faict, elles ordonnèrent d'un commun consentement, avec le plaisir de Maset, qu'on fer oit accroire aux gens d'à l'environ, que par le moyen de leurs oraisons, et des mérites du sainct au nom duquel le monastère estoit fondé, la parolle qu'il avoit long temps perdue luy avoit esté rendue, et le firent leur Fac totum; et de là en avant partirent son labeur de telle sorte qu'il eut la puissance de le comporter. Et combien qu'il forgeast en elles plusieurs petitz monichons, toutesfois le cas fut conduit si discrètement qu'on n'en ouyt jamais parler, sinon après la mort de l'Abbesse, estant desjà Maset presque vieil, et désirant s'çn retourner riche en
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sa maison. Ce qu'estant sceu, il luy en avint facilement comme il désiroit.
Ainsi doncq' Maset, desjà vieux, s'en retourna père, et riche (sans avoir la peine de nourrir ses enfans], au lieu d'où il estoit party avecq' une coignée : ayant par son bon sens et entendement seeu employer très-bien sa jeunesse, tesmoignant que nostre Seigneur traitoit ainsi ceux qui luy faisoient porter les cornes.
mmé^::ms^mk.
etmcha avec la femynt d'Agiluf, Roy de lAUnbardie : dont le Roy ^aperçait secrets tement, et le trouva, puis le tondit; le tondu tondit toue les autret qui estaient avec luy : et aitui il eschappa de la malle adventure.
NOUVELLE II
«igniScr U prudcoct d'un homme ug il forolt raitop d'iucr de vengeance, ei H d'an antre à le garder de mal.
I la nouvelle de Philo- ; fut achevée [laquelle t quelque fois &ict rou- , et quelque autre, foîct e les Dames), il pleut à la Royne, que I^mpinée suyviit et complast la EÎenne : laquelle, commençant avec un visage riant, dist ainsi :
Il est des hommes si peu s
I en
II — l'amoureux de la royne 1 55
voulant néantmoins monstrer qu'ils congnoissent et entendent ce qu'il, ne seroit point de besoing qu'ik entendissent, que quelquefois voulans par cecy reprendre en autruy les fautes qu'on -a fedctes sans y penser, cuydent diminuer leur honte, là où ilz la font croistre infiniment. Et que cecy soit vray, je le vous vueil monstrer (mes -chères Dames) par son contraire, vous .déclarant Tastuce dont usa un qu'on jugeroit par aventure de moindre estime que Maset- : lequel fut plus fin qu'un Roy qui estoit trèssage.
Âgiluf, Roy des Lombards, voulut faire le principal siège de son Royaume ^comme ses prédécesseurs avoient faict) en la cité de Pavie : ayant pris à femme Theudelingue, demourée vefve de Vetari^ qui pareillement avoit esté Roy des . Lombards, laquelle fut très-belle, sage et honneste Dame, mais mal fortunée en amy. Or estans les afiOsiires de Lombardie, par la vertu et bon sens de ce Roy Agiluf, aucunement en prospérité, et non toutesfois en repos, avint qu'un palefrenier de Tescuyerie de ladicte Royne (homme quant à sa nais-
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sance de très*vile condition, mais au demeurant trop plus qu'assez suffisant pour faire un mestier si vil, beau de sa personne, et aussi grand comme estoit le Roy) devint amoureux desmesurément de la Royne : et pource que son bas estât ne luy avoit point osté de Tentêndement, qu'il ne congneust très-bien que ceste sienne amytié estoit hors de toute convenance, il ne le.disoit (comme sage qu'il estoit)" à aucune personne, et encores moins* le luy osoit-il découvrir par ses regards; et combien qu'il vesquist sans aucune espérance de luy devoir complaire, si se glorifîoit-il toutesfois en soy-mesmès, d'avoir logé si hautement ses pensées ; et comme celuy qui brusloit tout d'amoureux désir, il faisoit tout expressément, par dessus tous ses autres compagnons, tout ce qu'il croyoit qu'il deust plaire à la Royne : dont aven<Mt que quand elle vouloit aller à cheval, elle montoit plus volontiers sur le pallrfroy que cestuy-cy pensoit, que sur nul autre. Ce que avenant, cestuy-cy le réputoit à un très-grand heur, et jamais n'abândonnoit l'estrier, se tenant bien heureux toutes les fois qu'il pouvoit seulement toucher à ses-habillemens.
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Mais comme nous voyons avenir souventesfois, que d'autant plus que l'espérance devient moindre, d'autant plus croist l'amour, ainsi en avenoit-il à ce pauvre pallefrenier, tellement que ce luy estoit chose très-griefve de comporter le grand désir ainsi caché comme Û flaisoit, n'estant aydé d'aucune espérance. Par^ quoy ne se pouvant deslier de ceste amour, il délibéra plusieurs fois en soy-mesme de mourir, dont pensant le moyen, il conclud faire de sorte qu'il apparust qu'il mouroit pour Pamitié qu'il avoit porté, et portoit à la Royne. Se délibéra que son entreprise seroit telle, qu'il esprouveroit sa fortune, et employeroit tout son pouvoir pour avoir tout ou partie de son désir, sans se mettre en peine de vouloir parler à elle ou luy descouvrir par lettres son amytié : car il sçavoit bien qu'il parleroit ou escriroit en vain; mais il vouloit essayer si par quelque invention il pourroit coucher avecq' elle ; et n'y avoit autre finesse ne voye, sinon de trouver moyen comment il pourroit parvenir à entrer en sa chambre, au lieu du Roy, qui ne couchoit pas (comme il sçavoit très-bien) tousjours avccques la Royne. Parquoy, à fin qu'il veist en
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quelle manière, et en quel habit le Roy estoit quand il alloit coucher avec elle, il se cacha plusieurs fois de nuict en une grand* salle du palais, qui estoit entre la chambre du Roy et celle de la Royne; et entre les autres il veit une nuict sortir k Roy de sa chambre, affublé d'un grand manteau de nuict, ayant une bougie en une main, et en l'autre une baguette, qui s'en alloit en la chambre de la Rpyne; et quand il fut k l'huys, il frappa sans sonner mot une fois ou deux de la baguette ; puis vit que incontinent l'huys luy estoit ouvert, et luy ostoit-lon la bougie de la main* Ce que ayant veu, et pareillement le retour du Roy, il pensa d'en faire autant.
Pourquoy trouvant moyen d'avoir un manteau semblable à celuy qu'il avoit veu au Roy, et ime bougie, et une baguette, et s'estant premièrement bien lavé en unes estuves, à ce que par aventure; l'odeur du fiens n'ennuyast à la RoyAe, pu qu'il la feist apercevoir de la tromperie, il se cacha avécq' toutes ces choses en la salle, comme il avoit de Cfoustume. Et voyant qu'on, dormpit desjà par tout, et luy semblant qu'il estoit temps, ou de devoir donner eâect
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à son désifj ou de faire-voye avec haulte occasion à la tant désirée mort, luy, ayant faict du feu avec un fuzil qu'il portoit quant et soy, alluma sa bougie, et s'e^ stant affublé du manteau, s'en alla à rhuys de la chambre où il frappa deux fois avec la baguette. La chambre fut incontinent ouverte par une femme de chambre, toute endormie, et la chandelle prinse et cachée : au moyen de quoy il passa sans sonner mot jusques à la cour^ tine; et ayant laissé son manteau, entra dedans le liict où là Royne dormoit : prenant laquelle par grand désir entre ses bras, et faisant semblant d'estre courroucé (par ce qu'il savoit que la coustume du Roy estoit, quand il estoit courroucé, de ne vouloir point parler, ne pareillement qu'on luy sonnast mot), sans dire aucune chose, et sans qu'on luy dist rien, il jouyt de la Royne par plusieurs fois. Et cela faict, combien qu'il lui feist grand mal de s'en aller, toutesfois, craignant que sa trop longue demeure ne fiiat occasion de retourner le plaisir receu en très-grande tristesse, il se leva : et ayant repris son manteau et sa clarté, sans dire aucune chose s'en alla, et le plus tost qu'il luy fut possible
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s'en retourna en son lict : où à peine pouvpit-il encore estre dedans, quand le Roy s'estant levé s'en alla à la chambre de la Ray ne, dont elle s'esmerveilla fort : et quand il fut entré au lict, il la salua joyeusement.
Elle, ayant prins hardiesse de ceste bonne chère, luy dist : « Quelle noU- 1» veauté, monseigneur, vous est advenue A cette nuict ? vous ne faictes que de ui partir tout à ceste heure d'avec moy : » et si avez prins plus que de coustume u vostre plaisir de moy : et maintenant » vous veoir retourner de rechef? re* tt gardez ce que vous faites. » Le Roy, oyant ces paroUes, soudainement présuma bien que la Royne avoit esté trompée, par similitude de façons de faire et de personne : mais (comme saget) il pensa incontinent, puisqu'elle ne s'en estoit point aperceue (ne pareillement aucun autre), de ne luy en faire aucun semblant; ce que plusieurs sotz n'eussent pas ainsi faict, mais eussent dit : Je ne suis point venu icy; dont plusieurs choses fussent avenues : par lesquelles il eut fasché à tort la Royne, et luy eust donné occasion de désirer une autrefois ce qu^elle avoit desjà senty ; et qu'en taisant
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ne luy pouvoit tourner à aucune honte, là où s'il eust parlé, luy eust bien peu apporter vitupère. Et alors, plus troublé en son entendement qu'il ne monstroit au visage, ou par ses paroUes, il respondit à la Royne î — « Ne vous sem- » blé-)e pas (ma Dame), homme pour » pouvoir avoir esté icy une autre fois, » et encor' pour y retourner ceste-cy ? » A qui la Dame respondit : — « Certes ouy, » monsieur : mais je vous prie toutes- » fois que vous regardiez à vostre santé. » Alors le Roy luy dist : — « Il me plaist » de croire vostre conseil, et m'en vueil » retourner pour cette fois, sans vous » donner plus d'empeschement. »
Et ayant desjà le cœur plein de ire, et de mauvaise volonté pour l'injure quUl voyoit luy avoir esté faicte, il reprint son manteau, et sortit de la chambre; puis pensa de vouloir trouver secrètement celuy qui avoit faict cecy, imaginant qu'il devoit estre de la maison : et qui que ce fust, qu'il n'en pouvoit encores estre sorti. Ayant prins doncq' un bout de chandelle dans une petite lanterne, il s'en alla en un fort grand corps d'hostel, qui estoit en son palais sur son escuyerie, auquel presque toute sa famille
couchoit en divers lictz ; et estimant que quiconques fiist cestuy-là qui avoit faict ce que la Dame disoit, son poulx et le battement du cueur ne seroit encor' reposa, pour le travail qu41 avoit soufièrt, commença tout bellement par Pun des boutz de ce corps d'hostel, et s'en alla taster l'estomach à tous, pour sçayoir s'il leur battoit point. Et combien que chacun des autres dormist fort, toutesfois celuy qui avoit esté avec la Royne, ne dormoit pas encores : parquoy, quand il veit venir le Roy, luy conghoîssant bien ce qull alloit cherchant, il commença fort à se doubter : tellement que sur le battement de la peine qu'il avoit eue, la peur y en adjousta un autre trop plus grand ; et pensa asseurément que si le Roy s'apercevoit de cecy, qu'il le feroit mourir incontinent. Et combien que plusieurs considérations fassent en son entendement qu'il le deust ainsi faire, toutesfois, voyant que le Roy ne portoit point d*armes , il délibéra de faire semr blant de dormir, et d'attendre ce que feroit le Roy : lequel ayant cherché plusieurs d'entre eux, et n'ayant encor trouvé aucun qu'il jugeast avoir esté celuy*Ià, il vint en fin à cestuy-cy : et trouvant
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que le cueur luy battoit fort, il dist en soy-mesme, le voîcy. Mais comme celuy qui ne vouloit qu'on sceust rien de ce qu'il prétendoit faire, il ne luy feit dutre chose, si non que, avec une paire de forcettes qu'il avoit apportées, il luy tondit un peu l'un des costez des cheveux, qu'on portoit en ce temps-là fort longs, afin que par ce signe il le recongneust le matin ensuyvant. Et cecy Êiit, il s'en retourna en sa chambre.
Cestuy-cy, qui avoit senty tout cecy, s'aperceut clairement (comme malicieux qu'il estoit) pour quelle cause il avoit esté ainsi marqué : parquoy, sans atten* dre personne, se leva; et ayant trouvé unes forcettes (desquelles il y en avoit de fortune quelque paire par Testable pour le service des chevaux), il s'en alla tout bellement à tous ceux qui couchoient en ce corps d'hostel, et leur coupa à chacun les cheveux sur l'oreille, à l'endroit où le Roy les luy avoit coupez. Et cecy fait, sans avoir esté senty de personne, s'en retourna coucher.
Le Roy (quand il fut levé au matin) commanda, avant que les portes du palais s'ouvrissent, que tous ceux de sa famille viosent devant luy, et ainsi fut
£dt. Lesquelz (estans tous la teste descouverte en sa présence) il commença à regarder s'il congnoistroit celuy qu'il «voit tondu ; et voyant que la pluspart d'iceux avoient les cheveux coupez tous d'une . mesme sorte, il s'en esmerveilla, et dist en soy-mesmes : Celuy que je voys cherchant (combien qu'il soit de basse condition) monstre fort bien toutesfois qu'il est de grand entendement. Puis, voyant qu'il ne pouvoit avoir (sans faire bruyt) celui qu'il cherchoit, délibérant de ne vouloir pour une petite vengeance acquérir une grand honte, il luy pleut, avec une seule IparoUe , de l'amonester et lui. faire entendre qu'il s'en estoit aperceu. Et en se retournant devers eux tous, leur dist : «t Qui Ta fait, si le taise, i> et qu'il n'y retourne plus : allez-vous- » en tous. » Un autre les eust voulu mettre en la géhenne, martirer, examiner, et interroguer : et le faisant ainsi, il eust descouvert ce que chacun doit tascher de couvrir, et qui estant descouvert (encor' qu'il en eust prins entière vengeance), il n'eust sceu toutesfois en diminuer, mais bien plustost accroistre sa honte et contaminer l'honnesteté de sa femme. Ceux doncques qui puyrent celle
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paroUe s'esmerveillèrent fort et examinèrent longuement en eux-mesmes ce que le Roy avoit voulu dire par icelle : mais il n'y eut personne qui l'entendist, sinon celuy seul à qui elle touchoit. Lequel (comme sage] jamais ne le descouvrit tant que le Roy vesquit, et plus ne bazarda en tel acte sa vie soubz la puissance de fortune.
SOVBZ COULEWK,
dt tùnfatioH et de trèt'pure cotiteiatce, une trèi-telle Anne, omoureËue tfnn tetmate A homme, introduysit un dévot et taUnnel Religieux à luy donner moyen (tant qu'il s'en apperceuit) de jouyr de son amy.
NOUVELLE III
ma Dame Pompinée se taisoil, et la hardi eue et eautelle du palefrenier, ensemble la sagesse du Roy, avoir esté louÈe de plusieurs d'entre eux, quand U Royne, s'estant tournée devers ma Dame Philomène, luy ordonna de suyvre l'ordre, et dire à son reng ta nouTelle, comme les autres. Pai^