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mais hors la ville, <ipnt le moyne enrageoit de deuil. Mais long temps après il va penser un moyen pour pouvoir jouyr d'elle en sa maison mesmes sans aucun soupçon, ores que frère Puccio y fust.
Et estantz allé un jour passer le temps ensemble, le moyne lui dist :
« J'ay beaucoup de fois comprins, frère » Puccio, que tout ton désir est de de- » venir sainct homme : à quoy il me » semble que tu prens un long chemin, » où nous en avons un qui est fort court, » lequel le pape et ses autres grans pré- » latz qui le sçavent et en usent, ne » veulent pas que on l'enseigne, parce j» que le mestier des prestres (qui vivent » la plus part d'aumosne) seroit inconti- » nent aboly : comme celuy auquel les » gens séculiers ne courroient plus avec » aumosnes et autres choses ainsi qu'ilz » font; mais pource que tu es mon » amy, et m'as faict beaucoup d'honneur » en ta maison, si je pensoye que tu ne » le disses à personne, et que tu le » voulsisses suyvre, je te l'enseigne- » roye. »
Frère Puccio eut incontinent le plus grand désir du monde de le sçavoir, et commença à le prier premièrement avec-
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ques grande instai^pe de le liiy.enAeigOigr, et puis à jurer que jamais (sinon quand il luy plairoit) il ne le. diroit à personne : affermant que si c'jestoit jchose qui fust «n sa puissanice, qu'il ae ^mettroit k le faire. — « Puis que tu le me » prometz ainsi, » (dist le moyne] « je te » le monstreray. Tu doibs ^voir, que » les sainctz docteurs de T Eglise ^tien- » nent que qui veut devenir du nombre » des bienheureux, il luy convient faire » la pénitence que tu orras; mais en- » tendz-le bien sainement : car je ne dy » pas que après la pénitence £aicte tu ne » sois pas pécheur comme tu es : mais il » adviendra de cecy que tous les péchez » que tu as faictz, jusques à l'heure de la » pénitence, seront tous purgez, et par » icelle te seront pardonnez : et ceux » que tu feras par après ne seront ii escriptz à ta damnation, ains's'en iront » avec l'eau béniste comme font ores les » vénielz. Il faut doncques que l'homme » (mais avec une grande diligence etso- » licitude) se confesse de ses péchez » quand il vient à commencer la péni- » tence; et après oecy, luy convient » commencer à jeusner et à faire une 9 abstinence très-grande, laquelle doit
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» durer quarante jours, durant lesquelz » il se faut abstenir non seulement de » toucher une autre femme, mais la » sienne propre; et oultre ce il te con- » vient avoir en tapropre maison quelque » lieu dont tu puisses voir de nuict le » ciel, et t'en aller en ce lieu sur l'heure » de Compiles, et là avoir une table fort » large, mise et ordonnée de sorte » que toy estant debout tu y puisses » apuyer les reins, et tenantz les piedz » en terre estendre les bras comme fait » le crucifix, et si tu les voulois apuyer » à quelque cheville tu le peux faire ; et » en ceste manière regardant le ciel, il » te faut demourer sans te mouvoir au- » cunement jusques au matin ; et si tu » estois homme lettré, il te faudroit dire » ce pendant certaines oraisons que je te » donneroye : mais pource que tu ne » l'es point, il te fauldra dire trois cens » patenostres, et trois cens Ave Maria^ » en l'honneur et révérence de la Tri- » ni té, et regardant le ciel avoir tous jours » en mémoire que Dieu a esté créateur » du ciel et de la terre : et pareillement » te souvenir de la passion de Jésus- » Christ, te tenant estendu en la manière » qu'il fut sur Tarbre de la croix. Puis
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» quand Matines sonneront, tu t'en peux » aller, si tu veux, te jecter tout vestu 9 sur ton lict et dormir ; et le matin » après il faut aller à l'église : et là ouyr » pour le moins trois messes, et dire » cinquante patenostres et autant d!Av€ » Maria : et après cecy faire avecques » toute simplicité aucune de tes beson- » gnes si point tu en as à faire, puis » disner et estre après à vespres en » Péglise, et là dire certaines oraisons » que je te donneray par escrit, sans » lesquelles on ne peut rien faire; et » puis sur rheure de Compiles retourner » en la manière dessus dicte. Et en » faisant cecy (comme j'ay autrefoys » faict) j'espère que, avant que tu soyes » à la fin de ta pénitence (au moins si tu » le faiz avec dévotion), tu sentiras chose » esmerveillable de la béatitude éter- » nelle. »
Frère Puccio dist alors : — « Cecy n'est » point chose fort pénible, ne trop Ion- » gue, et se peut facilement faire : par- » quoy je vueil au nom de Dieu » commencer dimenche prochain. » Et prenant congé de luy s'en alla à sa maison, où il compta tout cecy par ordre à sa femme.