‹ Le décaméron, traduction nouvelleChapitre 22 sur 25 · LD] LL · texte numérisé non relu

LD] LL

répondit : «— Je suis de Lajazzo, et de même que tu as un e ennui, j'en ai un autre. Je suis riche, jeune, et je dé- « pense mon bien à tenir table ouverte et à taire honneur à « mes concitoyens; et c’est chose neuve et étrange à penser «.que, malgré tout cela, je ne puisse pas trouver un seul « homme qui me veuille du bien. C’est pourquoi je vais où « tu vas toi-même, pour demander comment je dois faire « pour être aimé. — » | 7

« Les deux compagnons cheminèrent donc ensemble, et arrivés à Jérusalem, ils furent conduits davant Salomon par l'entremise d’un de ses barons. Melisso lui dit brièvement son Cas. À quoi Salomon répondit : « — Aime. — » Et cela dit, Melisso fut sur-le-champ reconduit, puis Joseph dit l’affaire pour laquelle il était venu. A quoi Salomon ne fit pas d’autre réponse sinon : « — Va au Pont aux Oies. — » Là-dessus, Joseph fut également reconduit hors de la présence du roi, et ayant retrouvé Melisso qui l’attendait, il lui dit ce qu'il ‘avait eu comme réponse. Tous deux, pensant aux paroles de Salomon, et ne pouvant en comprendre le sens, ni en tirer profit pour leur affaire, se remirent en route pour s’en retourner, de l’air de gens dont on se serait moqué.

« Après quelques jours de marche, ils arrivèrent à une rivière sur laquelle était un beau pont; et pour ce qu’en ce moment une longue caravane de mulets, et de chevaux lourdement chargés passait sur le pont, il leur fallut attendre qu’elle fût passée. Quasi tous étaient déjà passés, quand par aventure un mulet vint à prendre ombrage, comme on les voit faire souvent, et ne voulait en aucune façon aller plus avant; pour quoi un muletier, ayant pris une trique, se mit à le frapper tout d’abord assez doucement pour le faire passer. Mais le mulet, allant tantôt à droite, tantôt à gauche, traversait le chemin, revenait parfois en arrière, mais ne voulait absolument point passer. Ce que voyant, le muletier, fortement irrité, se mit à lui donner avec sa trique les meilleurs coups du monde, tantôt sur la tête, tantôt surles flancs, tantôt sur la croupe; mais rien n’y faisait. Pour quoi, Melisso et Joseph qui regardaient en attendant, dirent à plusieurs reprises au muletier : « — Eh! mauvais, que « vas-tu faire? veux-tu le tuer? Pourquoi n’essaies-tu pas « de le traiter doucement? Il marcherait plus volontiers « qu’en le bâtonnant comme tu fais. — » Le muletier leur répondit : « — Vous connaissez vos chevaux et moi je con- « nais mon mulet; laissez-moi faire. — » Cela dit, il se remit à le battre, et il lui en donna tant de tous les côtés que le mulet passa, de sorte que le muletier vint à bout de ce qu’il voulait. |

« Les deux jeunes gens étant sur le point de s'éloigner, Joseph demanda à un bon homme qui était assis à l’entrée du

pont, comment s'apnelait cet endroit. A quai le ban homme repondit : « — Messire, cet endroit s'apoelle le Pont aux « Oirs, — » Des que Joseph eut entendu ertte réponse, il se souvint également des paroles de Silomon ct dit à Melisso : «— Compaznon, je Le dis maintenant que ie conseil que m'a « donné Salomon pourrait bien ètre juste et bon, pour ce qu: e je reconnais manifestement que je ne savais pas battre ma ce ferrae: mais ce muletièér m'a montré ce que j'ai à fairo.—»

« A quelques jours de là, étant arrivés à Antioche, Joseph retint Melis<o chez Jui pour se reposer queléue temps, et comme sa femme avait accueil frondement son compasnon de vovate, il lui dit de préparer à souper comme Melisso lordonnerait. Ce dernier vovant que cela piaisait à Joseph, dit en peu de mots ce qu'il désirait, La dune, selon son babitude, fit non pas comme Melis-o l'avait indiqué, mais quasi tout le contraire; ce que vovant Jüseph, il dit d'un air courroucé : « — Ne l'avait on pas dit de quelle façon tu devais « faire ce souper? — » La dums s'étant retournée avec hauteur, dit : « — Que veut donc dire ceci? Ehf que ne soupes- « tu, si tu veux souper? Si Fon m'a dit de faire autrement. il « m'a convenu à moi de faire ainsi; si cela te plait, tant s mieux; sinon, ne mange pas. — » Melisso s'étonna de la réponse de la dame et la blina beaucoup. Joseph,entendant cela, dit : « — Femme, tu es bien toujours la mème; maia « crois- moi, je te ferai changer tes manières. — » Et s’étan: tourné vers Melissa, 11 dit : « — Ami, nous allons voir tout à « l'heure ce que vaut le conseil de Salomon; mais je te prie « de ne point t'émouvoir de ce que tu verras, ni de prendre « pour un jeu ce que je vais faire. Et afin que tu ne m'en s« empôches point, souviens-toi de la réponse que nous fit le « muletier, quand nous avions pitié de son mulet. -— » A quoi Melisso répondit : « — Je suis dans ta maison où je « n'entends pas m'élever contre ton bon plaisir. — »

« Joseph, ayant trouvé un bâton rond, fait d’une tige de jeune chêne, monta à la chambre où la dame, après s'être Jevée de table, s'en étuit allée en grornmelant de dépit, et l'avant prise par les cheveux, il la jeta par terre et se mit à iui donner une fière volée de son bâton. La dame commença par crier, puis en vint aux menaces; mais voyant que malgré tout cela Joseph ne s'arrétait point, elle 8e mit, dej toute meurtrie, à demander grâce pour bieu, le priant de ne pas la tuer, disant qu'elle ne ferait jamais rien dé<ormais contre sa volonté. Malsré cela, Joseph ne s’arrétait pas; au contraire, il frappait avec plus de furie, la battant tantôt sur les côtes, tantôt sur les hanches, tantôt sur Îles épaules, et lui rabattait les coutures. Il ne s'arrêta que lorsqu'il fut fatigué, et quand il n'y eut plus sur le dos de la bonne dame un endroit qui ne fût meurtri. Cela fait, il

s'en revint vers Melisso et lui dit : « — Demain nous ver- « rons quel résultat aura produit le conseil d’aller au Pont « aux Oies. — » Et après s’être un peu reposé et lavé les mains, il soupa avec Melisso, et, le moment venu, ils allèrent se reposer. — |

« La maïheureuse femme eut grand’peine à se lever de terre, et se jeta sur son lit oùelle se reposa du mieux qu'elle put ; le lendemain, s'étant levée de bonne heure, elle fit demander à Joseph ce qu’il voulait qu'elle fit pour déjeuner. Celui-ci, ayant ri de cette demande avec Melisso, ordonna ie déjeuner, et quand l’heure en fut venue, étant rentrés à maison, ils trouvèrent toute chose exactement faite suivant l’ordre donné, pour quoi ils louèrent beaucoup le conseii qu’ils avaient mal compris tout d’abord. Quelques jours après, Melisso ayant pris congé de Joseph, et étant retourné chez lui, répéta à un homme qui passait pour sage la réponse qu'il avait eue de Salomon. Ce sage lui dit : «-— Il « ne pouvait te donner un conseil plus juste ni meilleur. Tu « sais bien que tu n’aimes personne, et que les politesses et « services que tu rends, tu les rends non par l’amitié que « tu portes aux autres, maïs pour ostentation. Aime donc, « comme Salomon te l’a dit, et tu séras aimé. — » Ainsi fut châtiée la femme acariâtre, et ainsi le jeune homme en aimant fut aimé. — » | où

Maitre Jean, sur les instances de son compère Pierre, fait un enchantement pour changer la femme de celui-ci en jument, Quand il en vient à appliquer la queue, compère Pierre, disant qu'il n'y voulait pas de queue, gâte toute l'opération.

La nouvelle dite par la reine donna quelque peu à murmurer aux dames et à rire aux jeunes gens ; mais quand les uns et les autres se furent arrêtés, Dioneo commença à parler ainsi : « — Charmantes dames, parmi de blanches colombes un corbeau noir paraît bien plus beau qu’un cygne immaculé ; de même, parfois, au milieu de nombreux sages, un moins sage non seulement augmente en valeur et en éclat au contraste de leur maturité, mais encore y trouve soulagement et plaisir. Pour quoi, comme vous êtes toutes très discrètes et modestes, je dois vous être plus cher, moi qui, ayant peu d'esprit, fais briller d'autant votre mérite par mon infériorité, que si, par une plus grande valeur, je rendais

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votre mérite plus obscur. Par conséquent, je dois avoir une plus larceliberté pour me montrer à vous tel que je suis, et je dois étre, dans ce que je vais dire, supporté par vous plus patiemment que vous ne devriez taire si j'étais plus sage. Je vous dirai doncune nouvelle peu lontue, dans laquelle vous verrez avec quel soin il convient d'observer les formalités imposées par ceux qui font auvre d’enchantement, et combien la plus petite infraction à ces formalités gâte tout ce qu'a fait l’'enchanteur.

« L'autre année, il y avait à Barletta un prètre appelé maître Jean de Barolo, lequel. ayant une église trop pauvre, se mit, pour gagner sa vie, à colporter de côté et d'autre, sur une jument, des marchandises aux foires de Ja Pouille, à acheter et à vendre. Ainsi vovageant, il se lia intimement avec un certain Pierre de Tresanti, qui faisait le même métier avec un âne. En signe d'affectucuse amitié, suivant la coutume de Pouille, il ne l'appelait que compère Pierre, et chaque fois que celui-ci arrivait à Barletta, il l'emmenait à son presbytère, où il lui offrait l'hospitalité, lui faisant de son mieux les honneurs du logis. De son côté, compère Pierre qui était très pauvreet ne possédait à Tresanti qu une petite cabane à peine sutlfisante pour lui, pour sa belle et jeune femine et pour son âne, menait maître Jean chez lui, toutes les fois que ce dernier passait à Tresanti, et le traitait le mieux qu'il pouvait, en reconnaissance de la réception qu'il en recevait à Barletta. Cependant, quant à la question du coucher, compère Pierre n'ayant qu'un petit lit dans lequel il dormait avec sa femme, il ne pouvait recevoir maître Jean comme il aurait voulu, mais il étuit obligé de l'envoyer coucher sur un peu de paille dans une petite écurie où la jument de maître Jean était remisée à côté de son âne. La femme, sachant la bonne réception que le prêtre faisait à <on mari à Barletta, avait plus d'une fois voulu, quand maître Jean venait, aller dormir avec une de ses voisines nommée Zita Carapresa de Giudice Leo, afin que leur hôte pût reposer dans fe lit avec son mari, et elle l'avait souvent proposé au prêtre; mais celui-ci n’avait jamais voulu. Une fois, entre autres, il lui dit : « — Commière « Gemmata, ne t'inquiète pas de moi; je suis fort bien, « parce que, quaad cela me plaît, je change ma jument en « une belle jeune fille et je couche avec elle. Puis, quand je « veux, je la fais redevenir jument. C’est pourquoi je ne me « sépareraïs pas d'elle. —» La jeune femme étonnée, le crut et le dit à son mari, ajoutant : « — S'il est ton ami autant « que tu le dis, que nete fais-tu enseigner cet enchante- « ment ? Tu pourrais me changer en jument et faire tes af- « {aires avec un âne et une jument. De la sorte, nous ga- « gnerions le double. Quand nous serions de retour, tu

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« pourrais me faire redevenir femme, comme je suis. — x» Compère Pierre, qui était aussi simple que pas un, la crut, goûta le conseil et, du mieux qu’il sut, se mit à solliciter maître Jean de lui enseigner la chose. Maître Jean s’efforça de le détourner de cette sotte idée ; mais ne le pouvant, il dit : « — Eh bien, puisque vous le voulez absolument, nous « nous lèverons demain matin, suivant notre habitude, avant « le jour, et je vous montrerai comment on fait. A vrai dire, « le plus malaïisé en cette affaire c’est d’attacher la queue, « comme tu verras. — » Compère Pierre et commère Gemmata, ayant à peine dormi de la nuit, tellement ils attendaient le moment désiré, se levèrent dès l’approche du jour et appelèrent maître Jean, lequel s'étant levé en chemise, vint dans la chambre de compère Pierre et dit : « — Je ne « sais personne au monde pour qui je ferais cela, si ce n'est « pour vous. Donc, puisque cela vous plaît, je le feraï ; mais «il faut que vous fassiez tout ce que je vous dirai, si vous « voulez que la chose réussisse. — » Ceux-ci dirent qu'ils feraient ce qu’il leur dirait. Sur quoi, maître Jean prit une chandelle, la mit dans la main de compère Pierre et lui dit: « — Regarde bien comme je ferai et rappelle-toi bien com- « ment je dirai. Garde-toi, si tu as bon désir de ne pas gà- « ter tout, quelque chose que tu entendes ou que tu voies, « de dire une seule parole ; et prie Dieu que la queue s’at-

.. “tache bien. — » Compère Pierre prit la chandelle et dit

qu’il le ferait bien. Alors maître Jean fit mettre commère Gemmata nue comme à sa naissance, et la fit placer les mains et les pieds par terre, comme se tiennent les juments, la prévenant aussi qu’elle n’eût à dire mot, quoi qu’il advînt. Puis, avec les mains, il se mit à lui toucher la figure et la tête et commença par dire : « — Que ceci soit belle tête de « jument. — » [l lui toucha les cheveux et dit : « — Que « ceci soit belle crinière de jument. — » Lui touchant les bras, il dit : « — Et que ceci soit belles jambes et beaux « pieds de jument. — » Passant ensuite au sein et le trouvant ferme et rond, il sentit se réveiller et se lever quelque chose qui n'avait pas été appelé, et il dit : « — Que ceci « soit beau Éoitral de jument. — » Il fit de même pour l’échine, le ventre, la croupe, les cuisses et les jambes. Enfin, ne restant plus à faire que la queue, il leva sa chemise, et prenant le plantoir avec lequel il plantait les hommes, il le mit prestement dans la gaîne pour ce faite, etdit: « — Et « que ceci soit belle queue de jument. —» Compère Pierre, qui avait tout regardé fort attentivement, voyant cette dernière opération, et ne la trouvant pas de son goût, dit: « — 0 ruaître Jean, je n'y veux pas de queue, je n’y veux « pas de queue! — » Déjà l’humide radical, par lequel toutes les plantes prennent racine, était venu, quand maître

NUCSIEME TOULNTE: ns

Henn, rire! san onu, dite — Eh! comaptre Pierre, . qu'agtu fit? Ne Lai-je pas dit do ne pas bouser, quoi « que ty viss03? La jument allait re faite ; mais en pars « dant, êu as tout gite, ct il n'y a plus moyen de la refaire a juars miuntenant — » Conpere Pierre dit : « — C'est son: je nv voulais pas cette queue, Pourquoi ne me di esiez-vous pas: fais-la, toi? Et puis, vous l'attachiez trop a bas. — » Maître Jean dit « — Parce que tu n'aurais pas « gu l’attacher si bien que moi la preiniere fois, — » La jeune femme, enterndant cela, se leva sur ses pieds et dit naivernent à son maris e — Bite que tu es ; pourquoi as-&. « gite tes affaires et les miennes? Quelle jnment as-tu ja1- «inaig vu sans queue ? Que Dien me soit en aide; tu ea « pauvre, mais ce serait bien fut que tu le fusses encore « davantaze. — » Et vovantqu'iln'vavait plus moven d'être change de jeune fermime en jument, elle se rhabilla mélancolique et toute marrie. Quant à compére Pierre, il s'en tint à gon âne, ainei qu'il en aviut l'habitude, pour faire son 1n6ter. Is'en alla avec maître Jean à la foire de Bitonto, ce: pius jamais il ne requit de lui semblable service. — » Combien on rit de cette nouvelle, inicux comprise des dimez: que Dioneo ne voulait, celui-là se l’imasine qui en rira encore lui-même. Mais la nouvelle étant finie et le <oleil commençant déjà à tiédir, la reine reconnut que la fin de son pouvoir était venue, S'étant levée, elle ôta la couronne de dessus sa tè'e et la mit sur celle de Pamphile, le seul de tous qu'il restât à honorer d'un tel honneur. Puis elle dit en souriant : « — Mon scirneur, grande charge t'incombe, étant, à défaut de moi et des autres qui ont déjà tenu la place que tu tiens, le dernier à être Roi. Pour quoi, Diru te prète sa grâce, comme il me l'a prètée. — » Pamphile, ayant joveusement reçu cet honneur, dit : « — Votre inérite et celui de mes autres sujrts, fera que je m'en tirerai moi-méme avec gloire, comme les autres. — » Et, suivant l'habitude de ses prédécesseurs, ayant réglé avec le sénéchal toutes les choses opportunes. il se retourna vers les dames qui attendaient et dit : « — Armoureuses dames, la discrète Emilie, qui a été notre reine d'aujourd'hui, pour rendre quelque repas à vos forces, vous donna la permission de parler de ce qui vous plairait le plus. Pour quoi, comme vous êtes déjà reposées, je juge qu’il est bon de reven.+ à notre règlement ordinaire ; et je veux que demain chacune de vous songe à raisonner sur ceci, à savoir, ceux qui, par sibéralité ou munificence, ont fait œuvre d'amour ou autre. Ce disant et faisant, vos esprits sans aucun doute se sentiront tout diapos à opérer vaillamment. Car c’est ainsi que notre vie, qui ne peut être que brève dans un corps mortel, se nerpétuera grâce à la renommée louangeuse ; laquelis

renommée, quiconque ne sert pas seulement son ventre, comme les bêtes font, doit non seulement désirer, mais poursuivre de tous ses efforts et travailler en conséquence.—» Le raisonnement plut à la joyeuse compagnie. Avec licence du nouveau roi, elle se leva toute de l'endroit où elle était assise, et se livra à ses jeux accoutumés, chacun allant là où son désir l’attirait le plus. Et ainsi ils firent, jusqu’à l'heure du dîner où ils se rendirent en fête, et où ils furent servis avec célérité et avec ordre. A la fin du repas, ils se levèrent pour baller comme d'habitude, et après qu’on eut chanté peut-être mille chansons, plus plaisantes de paroles que remarquables comme chant, le roi commanda à Néiphile d’en chanter une en son nom. Celle-ci, d’une voix claire et joyeuse, sans se faire prier et sans retard commença ainsi : | |

Je suis toute jeunette et volontiers Je me réjouis-et je chante en la saison nouvelle, Merci d'amour et de douces pensées.

Je vais par les vertes prairies, regardant Les fleurs blanches, jaunes et vermeilles, Les roses sur les buissons et les lis blancs ; Et je les compare toutes, tant qu’elles sont, Au visage de celui qui, m’aimant, | M'a prise et me gardera touiours, comme celle Qui n’a d'autre pensée que de satisfaire ses désire

Et si parmi elles j'en trouve une qui soit, À ce qu'il me semble, bien semblable à lui, Je la cueille et je la baise, et je lui parle ; Et, comimne je sais, je lui ouvre Toute mon âme et ce que mon cœur désire, Puis, avec les autres, j'en fais une guirlance, Que je lie de mes cheveux blonds et légers. :

Et ce même plaisir que la fleur naturelle Fait éprouver aux yeux, je l'éprouve Comme si je voyais la personne même Qui m'a allumé de son doux amour.

Ce que son parfum me fait éprouver, Je ne puis l’exprimer avec la parole, Mais mes soupirs en sont un vrai témoignage.

Ils ne s'échappent jamais dé ma poitrine Comme ceux des autres femmes, âpres ni pesants $ Mais ils sortent tièdes et suaves, Et s’en vont à mon amour

Qui sitôt qu'il les sent, vient de lui-même Me douner soulagement, et arrive juste an moment Où jesuis prête à w'écrier:ab! viens,ueme désespere pas À

Le roi et toutes les damesapplantirent hsaucoupla chanscn de Néiphils ; après quoi, la nuitétaint dej fort avancée, le roi commanda que chacun allât se reguser jusqu'au jour.

se

La neuvième journée du Décawénon finie, eommence la dixième, dans laquelle sous le gouvernement de Pamphile, on devise de ceux qui, par libéralité ou pa munificence, ont fait œuvre d'amour ou autre,

Certains nuages à l’occident étaient encore vermeiïls, ceux de lorient étant déjà à leurs extrémités resplendissants comme l'or, à cause des rayons solaires qui, étant plus proches d’eux, les frappaient, quand Pamphile s'étant levé, fit appeler les dames et ses compagnons. Tous étant venus, après avoir délibéré avec eux où ils pourraient aller prendre leurs ébats, il se mit en marche à leur tête, accompagné de Philomène et de Fiammetta, tous les autres venant apres et tout en devisant longuement entre eux de ce qu’its sHaient faire ce jour-là, ils se promenerent longtemps. %près avoir fait une grande promenade, le soleil comrmæezçant à être déjà trop chaud, ils retournèrent au palais, et là, :es bouteilles ayant été mises à rafraîchir autour de Ia claire fontaine, ceux qui en eurent envie purent boire; puis, ils allèrent se délasser sous les plaïsants ombrages du jardin. Enfin, quand ils eurent mangé et dormi, comme d’habitude, ils se réunirent où cela plut au roi, et celui-ci ordonna à Néiphile de dire la première nouvelle, ce qu’elle commença joyeusement ainsi :

Ua chevalier sert le roi d'Espagne. Il croit en être mal récompensé, sur quoi lroi lui prouve que ce n'est pas sa faute mais bien celle de sa mauvaise fore tane; puis il lui fait de magnifiques présents.

« — Honorables dames, je dois considérer comme une grandissime faveur que notre roi m'ait choisie pour parler la première sur une si belle chose que la munificence, laquelle, de même que le soleil est la beauté et l’ornement

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du ciel tout entier, eat la clarté ef Ja lumiore de toutea les autres vertus. Je dirai donc à ce sujet une petite nouvelle, très belle à mon avis, que certainetrent il ne pourra qu'être utile de se rappeler.

« Il faut done que vous sarhiiez que, parmi les autres valeureux chevaliers qui ont été dents lontlanps en notre cité, il v en eut un, le meilleur pooutetire, messer Ruisrier de Fisiovanni, lequel, riche et de grand cæwur, et vovunt que, vu la manicre de vivre et les meurs de In Foscane,tl ne pourrait, S'il y derncurait, faire peu ou pas du tout run: tre de sa vatilance, prit le part d'aller pendañt queique temps aupres d'Alphonse, rot d'Éspazte, dont Ps renom de vaillance dépassait celui de tous les autres seitneurs de ce temps. Fort honorablement pourvu d'armes, de chevaux et de serviteurs, il sen alla le trouver en Espagne, où il fut gracieus-ment reçu par le roi. Messer Ruuuieri demeurant donc là, et vivant d'une façon gieniiide, accomplissint de merveilleuses choses en faits d'arres, se fit bientôt connaître pour un vaillant, I 6 avait déjà un certaïn teraps qu'il y était, lorsqu'avant fort observe Eumanièére d'air du rot, il lui scmbla voir que celui-ci donnait tantôt à D'un tartôt à l'autre, et assez peu discrètement, chlcaux, vilies ct baron: nies, à des gens en un ma! qui en etuens peu dites; et pour ce qu'on ne fui dongait rien à ui qui connuissait ce qu'il valut, il pensaque sa renommés en etait fort dinionre: pour quoi il resolut de partir et deinanida corse au roi, Le roi le lui accorda, et fui donna une des meill:ures muies qu'on eût jamais chevauchées, voire Ia plus oclle, laqueil:, vu le Tony chemin qu'il avait à faire, fut fort prisée par messer Russieri, Après quoi, le roi ordonna à un sion Tamilier très discret, de s’arraner dn imicux qu'il ni semblerait pour chevaucher de compistie avec messer Ruszieri, de façon quil ue parût pas être envové par le roi, et d'écouter tout ce qu'il dirait alin de pouvoir le fui redire, puis le lendemain de lui commander @e rétourmer vers le roi, Le familier, ayant épié le moment où messer Ruzzieri sortait de la ville, Ini tint fort adrotternent compagnie, lui donnant à croire quil se diriseait vers PItalie.

« Messèr Ru:srieri chevauchant donc sur la mule que ls roi lui avait donnée, et parlant de choses et d'autres, comme la troisième heure approchait, dit: « — Je crois que nous « ferons bien de laisser pisser nos bêtes. — » Et les ayant fail entrer'dans une étable, elles pissérent toutes, saur la mule. Four quoi, ayant repris leur marche, et l'écuyer étant toujours attentif aux paroles du carvalier, ils arrivèrent vers une rivière, Gu, leurs bètes sciant mises à hnire, la mule pissa. Ce que voyant, messer Ruzriert, ii di‘ : « — Eh! que « Dieu te contoniie, vilaite büice, car tu es comme le £ei-

« gneur qui t’a donnée à moi. — » Le familier retint ces paroles, et bien qu’ea cheminant tout le long de la journée avéc lui, il en recueillit beaucoup d’autres, il ne lui en en- . tendit dire cucune äautre qui ne fût à la louange du roi: pour quoi, le lendemain, étant monté à cheval, et le chevalier se disposant à continuer sa route vers la Toscane, le familier lui ft commandement du roi d’avoir à rebrousser chemin, ce que messer Ruggieri fit incontinent.

« Le roi, après avoir appris ce qu’il avait dit à propos de la mule, le fit appeler, l’accueillit d’un air joyeux, et lui demanda pourquoi il l'avait comparé à sa mule, ou plutôt : pourquoi il avait comparé sa mule à lui. Messer Ruggieri d’un air ouvert lui dit : « — Mon seigneur, parce que vous « lui ressemblez, attendu que comme vous donnez quand il « ne le faut pas et ne donnez pas quand il le faudrait, ainsi elle « n’a point pissé là où il l'aurait fallu et a pissé là où il ne « fallait pas. — » Le roi dit alors : « — Messire Ruggieri, « si je ne vous ai pas aonné comme je l'ai fait à beaucoup « d’autres qui ne sont rien en comparaison de vous, cela « n’est point advenu parce que je ne vous avais pas reconnu « pour un vaillantissime chevalier, digne de grandes récom- « penses, mais c’est votre fsrtune qui a fauté en cela et non « moi, ne m’ayant point permis de vous récompenser; et je « vous montrerai marifestement que je dis vrai. — » À quoi messer Ruggieri répondit : « — Mon seigneur, je ne me suis « poiut fâché de n'avoir reçu aucune récompense de vous, « pour ce que je ne désirais pas une récompense afin de de- « venir plus riche, mais de ce qu'en aucune circonstance « veus n'ayez rendu témoignage de ma valeur. Néanmoins, « je ‘iens votre excuse pour bonne rt honnête, et je suis « prêt à voir ce qu’il vous plaira de me montrer, bien que je « voux Sroie sans avoir besoin de preuves. — »

: Sur ce, le roi l’ayant mené dans une grande salle où, Se'ua sus ordres, on avait porté deux grands coffres fermés, lui dit, en présence d’un grand nombre de personnes : « — WMessire Ruggieri, dans l’un de ces coffres est ma « couronne, le sceptre royal etle globe, ainsi que nombre de « balles ceintures à moi, des colliers, des anneaux et d’au- « tres bijoux que je possède; l’autre est plein de terre. Pre- « nez-en un, et quei que soit celui que vous aurez choisi, il « sera à vous, et vous sourrez voir qui a été injuste envers « voice vaillance, de :1oi ou de votre fortune. — » Messer « Ruggieri, voyant que celu plaisait ainsi au roi, choisit un des coffres que le roi ordonna d'ouvrir, et il se trouva que c'était celui qui était plein de terre. Sur quoi, le roi dit en riant : « — Vous pouvez bien voir, messire Ruggieri, que ce « que je vous ai dit de votre fortune est vrai; mais certes, « votre valeur mérite que je corrige son influence maligne,

Je sais que vous ne désirez point devenir Espagnol, et pour ce je ne veux pas vous dorner ici ni chäteau ni ville, mais bien le coffre que la fortune vous a empiché d’avoir; en dépit d'elle, je veux qu'il vous appartienne, alin que vous puissiez l'emporter dans votre pays, et vous glorifier parmi « vos compatriotes de mes dons faits en témairnace de votre « vaillance. — » Mexser Ruggieri prit le coffre, et ayant remercié le roi comme un don si considérable le demandait, il s ea relourna juycux en Toscane.

a RL A:X

Gbino & Tacco fait prisonnier l'a}4 de Clunv et le cufrit d'une mar'adic d'este mae; pais il lai rend la liberté, L'albé, da retour à la cour de Htoma, reconail:e Ghino arec le pape Boniface, et le fait nommer vricur de l'hôpital

La munificence du roi Alphonse envers le chevalier florentin avait déjà été fort approuvée, quand Île roi, auquel la -nouvelle avait plu beaucoup, ordonna à Elisa de poursuivre Celle-ci commença aussitôt : « — Délicates dames, qu'un roi se soit montré magnifique, et ait exercé sa munificence en faveur de qui l'avait servi, cela ne peut être que considéré comme une louable et grande chose; mais que dirons-nous, £i on nous raconte qu’un homme d'église a usé d'une admirable munificence vis-à-vis de quelqu'un que personne ne l'aurait blâmé de traiter en ennemi? Nous dirions que si la munificence du roi fut vertu, celle de l'homme d'église fut miracle, étant donné qu'ils sont tous plus avares que les femmes, et ennemis jurés de toute libéralité. Et bien que chacun ait naturellement soif de venger les offenses reçues, les hommes d'éclise, comme cela se voit, quoique prèchant la patience et surtout le pardoa des offenses, se laissent aller à la vengeance plus fougueusement que les autres. Laquelle chose, à savoir comment un homme d'église se montra magnifique, vous pourrez apertement voir dans ma nouvelle que voici :

« Ghino di Tacco, homme fameux pour sa férocité et ses brigandages, ayant été chassé de Sienne et devenu l'ennemi des comtes de Santa Fiore, fit révolter Radicofsni contre l’Eghse de Rome, et s’étant écabli dans cette ville, ïl faisait détrousser par ses satellites quiconque passait dans les environs. Or, Boniface VIII étant pape à Rome, l'abbé de Cluny s'en vrat à sa cour. C'était, à ce que l’on croit, un des plus riches prélats du monde. Le séjour de la cour lui ayant gâté l'estomac, les médecina lui conseillèrent d'aller aux bains de

Sicnne et lui dirent qu'il y guérirait sans faute. Your quoi, le pape l’y ayant autorisé, il se mit en route avec un grand train de bête de somme, de chevaux et de serviteurs, sans se . soucier de ce qu’on disait de Ghino. Celui-ci apprenant sa venue, tendit ses rêts, et sans laisser échapper le plus petit domestique, il enferma l’abbé, avec toute sa suite et tout son équipage dans un endroit fort resserré. Cela fait, il envoya vers l’abbé ua des siens — le plus instruit — qui lui dit très courtoisement de sa part, de lui faire le plaisir de descendre dans le château de Ghino. Ce qu’entendant l'abbé, il répondit tout furieux qu’il n’en voulait rien faire, n'ayant rien à voir axec Ghino; mais qu'il continuerait sa route et qu’il voudrait bien voir ‘qui l’en empêcherait. L’ambassadeur, lui parlant d’un air humble, dit : « — Messire, vous êtes venu « en un lieu, où, hors la colère de Dieu, nous ne craignons « rien, et où les excommunications et les interdictions sont « elles-mêmes excommuniées, et pour ce, vous ferez mieux « de satisfaire Ghino. — » Pendant cet entretien, l’endroit avait été complètement cerné par les soudards; ponr quoi, l’abbé se voyant pris avec tous les siens,s'achemina d’un air de dépit vers le château, en compagnie de l'ambassadeur et suivi de toute sa troupe et de ses bagages. Dès qu'il fut descendu de cheval, on l’installa seul, sur l’ordre de Ghino, dans une petite chambre du palais, très obscure et mal commode, et tout le reste de sa suite fut assez bien logé, chacun selon sa qualité, dans le château; quant aux chevaux et aux bagages, ils furent mis en sürelé, sans qu'on y touchât rien. : | .

« Cela fait, Ghino s’en alla trouver l'abbé et lui dit : « — Messire, Ghino, dont vous êtes l'hôte, vous envoie prier « de vouloir bien lui dire où vous alliez et le motif de votre « voyage. — » L'abbé qui, en homme sage, avait un peu rabattu de sa fierté, lui dit où il allait et pourquoi. Ce qu'ayant oui Ghino, il le quitta et résolut de le guérir sans bains Ayant fait entretenir continuellement dans la petite chambre un grand feu, et l’ayant fait bien garder, il ne retouraa vers l'abbé que le lendemain matin, et sur une serviette très blanche il lui porta deux tranches de pain rôti et un grand verre de vin blanc de Corniglia, du même qui appartenait à l'abbé, et il lui parla ainsi : « — Messire, quand Ghino était « plus jeune, il étudia la médecine et il dit qu’il a appris « qu'il n’y a pas de meilleur remède pour le mal d'estomac « que celui qu'il vous fera et dont ce que je vous apporte est : « le commencement; et pour ce, prenez-le, et réconfortez- « vous, — » L'abbé qui avait plus faim qu’envie de causer, . mangea le pain et but le vin blanc, bien qu'il le fit d’un aie dédaïgneux; puis, tenant nombre de propos hautains. 1l fit beaucoup de questions, donna beaucoup d'avis, et insiste

surtout pour voir Glico. Ce: qu'entendant Ghino, ilen laissa uns bonne part s'en ailiren vaine fumée, crévondit au reste fort conttoisernent, affirmant qu'ausstiôt que Ghino le pour. rat il viendrai fui faire visite; cela dit, ille quitta, etnere. vint le voir que le lendemain avec la méme quantité de pain roti et de via blanc. Et de cette façenille Unt pendant plu- -teurs jours, jusqu'à ce qu'il se fût entin aperçu que l'abbé avait mangé des teves sèches qu'il avait portées en secret et qu'il Jui avait laissées sans rien dire. Pour quoi, il lui decanda de la part de Gino comimenti lui semblait se trouver de lesborsacs À quoi lPablé rénondits e — [lime semble e que cela ira t bien, st j'etais hors de ses mains: après « cela, je néprouve pas d'autre envie que de mancer, telle- «ment sès resmedes t'ont bien gucri, — »

« Ghino lui avant en conséquence fait préparer une belle chambre avec ses pronres brares, et avant fait dresser un crand banquet auquel toute la suite de abôs devait prendre part, avec un craud nombre de gens du ehiteau, s'en alla le trouver le lendemain matin et lui dit « — Mossire, puisque + vous vous sontz bien, il est temps de sortir de Fintin « merie, — a Et lavoat pris par la main, il le conduisit dars la chambre qu'il lui avait fait préparer, et l'avant laissé avre ses dons, il alla veiller à ce que le banquet fût magnifique. L'atbé se recrea quelque peu avec ses finiliers et leur couta quelis avait été sa vie po les jours précédeuts, tandis qu'eux, au contraire, but dirent qu'ils avaient eté imevveieusement traités par Ghino. Mais l'heure de Gun,.:r étant venue, l'abbé et tous lea autres convives furent abondanment servis de bonnes victuiuilles et de bons vins,

sans que Gino se fût encore fait connaître. Quand l'abbé eut

été ainsi truté de cette facon pendant quelques jours, Ghino après avoir fait mettre tous ses bazates dans une salle, et tous ses chevaux jusqu'au moindre roussin, dans une cour qui se trouvait au-de:sous dé la dite salle, s'en alla trouver l'abbé et lui demanda comment il se trouvait et s'il se croyait assez fort pour monter à cheval, A quoi l'abbé répondit qu'il était tres fort et bien guéri de l'estomac, et qu'il se trouverait tout à fait bien dès qu'il serait hors des mains de Ghino.

« Alors Ghino mena l'abbé dans la salle où étaient ses bagages et toute sa auite, et l'ayant fait approcher d'une fepêtre d'où il pouvait voir tous ses chevaux, il dit : « — Messire l’abbé, vous saurez que ce n’est point la méchanceté « d'âme qui a poussé Ghino — lequel je suis — à se faire « voleur de graniis chemins et ennemi de la Cour de Rome, « mais bien sa qualité de gentilhomme, après s'ètre vu « chassé pauvre de sa maison, et pour delendre sa vie et sa a noblesse contre les nombreux et puissants ennemis qu'il

« à; Mais pour ce que vous me paraissez un vaillant sei- « gneur, et bien que je vous aie guéri de l'estomac, je « n'entends pas vous traiter comme un autre à qui, le tenant « dans mes mains comme je vous tiens, je prendrais ce que « bon me semblerait de ce qui lui appartiendrait; j'entends, « au contraire, que, considérant quels sont mes vesoins, « vous me donniez vous-même ce que vous voudrez. de ce « qe vous avez. Tous vos bagages sont ici devant vous, et « de cette fenêtre vous pouvez voir vos chevaux dans ja «cour; pour ce, prenez-en une partie, ou prenez tout, « comme il vous plaira ; dès à présent vous pouvez vous en . « aller ou rester à votre plaisir. — »

« L'abbé, étonné d’entendre des paroles si généreuses chez un voleur de grands chemins, et cela lui plaisant beaucoup, sentit soudain tomber sa colère et son dédain qui se changèrent en bienveillance, et devenu en son cœur l’ami de Ghino, il courut l’embrasser en disant : « — Je jure Dieu « que pour gagner l'amitié d’un homme comme désormais « je juge que tu es, je souffrirais une bien plus forte in- « jure que celle qu'il m'avait semblé que tu m'avais faite « jusqu'ici. Maudite soit la fortune qui t'a contraint à un « métier si condamnable. — » Après quoi, ayant fait prendre parmi ses bagages et ses chevaux le strict nécessaire, il lui laissa le reste et s’en retourna à Rome.

« Le pape avait su la capture de l’abbé et il en avait été très affligé ; en le voyant, il lui demanda si les baïns lui avaient profité. À quoi l’abbé répondit en souriant : « — Saint Père, j'ai trouvé avant d'arriver aux bains un » savant médecin qui m'a parfaitement guéri. — » Et il lui raconta commeñt; de quoi le pape rit beaucoup. L’abbé doursuivit son récit, et, poussé par une pensée généreuse, demanda une grâce. Le pape, croyant qu'il lui demanderait autre chose, promit libéralement de faire ce qu'il demanderait. Alors l’abbé dit : « — Saint-Père, ce que j'entends « vous demander, c’est que vous rendiez vos bonnes grâces « à Ghino di Tacco, mon médecin, pour ce que, parmi les « autres hommes de valeur que je connaïsse, je n’en ai « certes jamais rencontré un qui vaille plus; quant au mal « qu’il fait, je l’impute beaucoup plus à la fortune qu’à lui- « même; changez donc cette fortune en lui donnant chose « dont il puisse vivre selon sa condition, et je ne doute pas « qu’en peu de temps vous ne le voyiez tel que je le vois moi- « même. — » Entendant cela, le pape, qui avait l'âme grande et qui aimait les hommes généreux, dit qu’il le ferait volontiers, si cela était comme il le disait, et qu'il pouvait le faire venir en toute sûreté. Sous la foi de cette pans Ghino s’en vint donc à la Cour, dès qu’il plut à

abbé; et il ne resta guère auprès du pape sans que celui-ci

ne le tint pour un homme de valeur et ne se réconciliäl avec lui, ét lui donnât un grand prieuré de ceux de l'hôpital dont il l'avait auparavant fait chevalier, charse cul con-° cerva toute sa vie pendant laquelle il fut ami ei serviteur de la sainte Eglise et de l'abbé de Cluny.

Mitrilanes envieux de la cénArouité de Nat'an et étant a:!é6 pour le turr, lai paris sans le connaitre, Nathan Jui indique le mavun d'atteinire son but, et il va 'a'tenidre, selcn ses indisations, dans an petit boïe, où, Mitridanes l'avant reronn:, a honte ds son erimne vt devient son ati.

Il semblait à tous avoir entendu chose semblable à un miracle, à savoir qu'un homme d'église eût fait œuvre de muniticence; mais après que les belles dames eurent cessé d'en

.deviser, le roi ordonna à Philostrate de poursuivre. Celui-ci commença sur-le-champ : « — Nobles dames, la muniticence du roi d’Espagne fut grande, et celle de l'abbé de Cluny fut chose probablement jarnais oule auparavant ; mais peut-être ne vous paraîtra-t-1il pas moins merveilleux d'apprendre cominent un homme, pour user de libéralite envers un autre qui avait soif de son sang et de sa vie, se décida sans rien dire à lui en faire le sacrilice; ce qu'il aurait mis à exécution si son ennemi avait voulu en proliter, ainsi que j'entends vous Île montrer dans ma petite nouvelle. — »

« C'est chose très certaine — si l'on peut ajouter foi aux paroles de quelques Génois et d’autres gens qui vivent en ce ays — que dans certaines parties du Catay fut jadis un He de noble lignage et riche sans comparaison, nommé Nathan. Cet homme avait un domaine voisin d'une route par laquelle devait passer quasi nécessairement quiconque voulait aller du Ponant au Levant, ou du Levant au Ponant, et comme son âme était grande et généreuse et qu'il voulait le prouver par ses actes, 1] manda en cet endroit un grand nombres d'artistes, ct leur fit construire en peu de temps un des plus beaux, des plus grands et des plus riches palais qu'on eût jamais vus, et le fit remplir abondamment de tout ce qu'il fallait pour recevoir avec honneur des gentilshommes. Ayant avec lui un nombreux domestique, il y faisait recevoir &vec honneur, au milieu des plaisirs et des fètes, quiconque allait et venait; et il persévéra tellenent dans cette louable coutume, que sa renommée fut bientôt connue non seulement dans le Levant, mais daus quasi tout le Ponant. |

550 LE DÉCAMÉRONe.

« Étant déjà chargé d’ans, sans que pour. ceia ,sa généro : . sité se tût lassée, il advint que sa renommée arriva jusqu'aux oreilles d’un jeune homme nommé Mitridanes, habitant d'un pays peu éloigné du sien, lequel, se sentant non moins riche que Nathan, devint envieux de sa réputation et de son mérite, et se proposa de l’annuler ou de l’éclipser par une libéralité plus grande. Ayant fait faire un palais semblable à celui de Nathan, il se mit à faire les plus démesurées libéralités qu'eût jamais faites un autre homme, à quiconque allait ou venait par là, et il devint sans conteste en peu de temps très fameux. Or il advint, un jour que le jeune homme ‘était demeuré tout seul dans la cour de son palais, qu'une vieille femme entra par une des portes, lui demanda l'aumône, et la reçut; étant ensuite rentrée par une autre porte, elle reçut encore une nouvelle aumône, et ainsi successivement jusqu'à la douzième; comme elle revenait une treizième fois, Mitridanes dit : « — Bonne femme, tu es bien « prompte à revenir demander! — » Néanmoins, il lui fit encore Jl’aumône. La petite vieille, entendant cette réponse, dit : a — O générosité de Nathan, combien tu es mérveil- « leuse! Je suis entrée par les trente-deux portes qu’a son « palais, comme j'ai fait pour celui-ci, et je lui ai chaque « fois demandé l’aumône; mais il n’a point fait semblant de « me reconnaître et il me l’a toujours donnée; tandis que je « ne suis venue ici que treize fois encore, et j'ai été recon-

« nue et réprimandée, — » Et ce disant, elle partit sâns

plus revenir.

« Mitridanes, entendant les paroles de ta vieille et estimant que ce qu’il venait d'entendre au sujet de la renommée de Nathan diminuait la sienne, s’enflamma d’une rageuse colère, et se mit à dire : « — Malheur à moi! Quand done « égalerai-je la libéralité de Nathan dans les grandes choses, « loin de les dépasser, comme je le.cherche, puisque même « dans les plus petites choses, je ne puis en approcher° « Vraiment, je m'’efforcerai en vain d'y arriver, si je ne le « fais disparaître de dessus terre; puisque la vieillesse ne « veut pas se charger de ce soin, il faut que sans plus de « retard, mes mains se chargent de cette besogne. — » Et s'étant levé dans cet accès a fureur, sans communiquer son dessein à personne, il monta à cheval avec une suite peu nombreuse, et arriva le troisième jour à l'endroit où Nathan demeurait. Là, ayant ordonné à ses compagnons de faire semblant ne n'être point avec lui et de pas.1e connaître, il leur dit de chercher à se loger jusqu’à ce qu’il, leur donnât d’autres ordres. | | ; |

« Resté seul, et le soir commençant à venir, il rencontra, à peu de distance du beau palais, Nathan qui se promenait seul et sans le moindre vêtement d’apparat. Ne le connais-

DIXIÈME JOUR NÉS. Do sant pas, il lui dernanida s'il pourrait lui enseigner où Nahan demourait, Nathan dut répondit joveusement se — Mon etils, per-onne en ce pays ne saurait nueux te lens. e uner que tons el pour ce, quand il te plaira, je L'y mence a ral — » Le jeune homime dit que cela Jui auréerait fort, ms que, st c'etait possible, ne voulait point ètre vu ni connu de Nattian, A quoi Nathan dit te — Et je ferai en « core ainsi, puisque Cela te plait, -» Etant donc descendu Jde cheval, Mitridanes s'en alla j'isqu'au beau paliis avec Nathan qui se mit à lui tenir la plus plaisante conversation, La Nathan fit prendre le cheval du jeune homine par un de ses familiers, et Sétant penché vers l'orville de ce dernier, il lui ordonna d'informer prompteiment tous les sens de la maison que petsonne ne s'avisAt de dire au jeune homme qu'il füt Nathan; ce qui fut fait. Quand ils furent dans le palais, il install Mitridanes dans une masnitique chambre où nul ne pouvait l+ voir excepté ceux qu'il avait commis à son service, et lui usant rendre de grands honneurs, il lui tint lui-même compaunie.

« Pendant qu'il etait avec Tui, Mitridanes, bien que le révérant commeunpere, lui demanda cependant qui il était, 4 quoi Nathan répondit : « — Je suis un petit serviteur de « Nathan; depuis ma plus tendre enfance j'ai vivilli avec s lui,etil ne m'emploie pas à autre chose qu'à ce que tu « vois; pour quoi, bien que tous les autres se louent beau- « coup de lui, je ne puis guère m'en louer pour mon « compte. — » Css paroles donnèrent à Mitridanes quelque espérance de pouvoir motire à exécution son perfide dessein avec plus d'aide et de facilité. Nathan lui demanda à son tour très courloisement qui il était, et quel motif l'amenait, Jui offrant ses conseils et son aïe en ce qu'il pourrait. Mitridanes resta un moment sans répondre; enfin, se décidant à 8e confier à lui, il employa un long détour pourexiger sa parole; puis, lui demandant aide et conseil, il lui découvrit entièrement qui il était ot pour quel motif il était venu. Nathan, entendant co discours et le cruel dessein de Mitnidanes, fut tout bouleversé au fond de lui-mème; rependant, d'un cœur-fort et d’un visage ferme, il lui réprndit sans.trop d'hôsitation : « — Mitridanes, ton père é‘:ul « gentilhomme, et tu ne veux pas désénérer, ayant résolu «une si haute entreprise, à savoir d'être libéral envers « tous; et je loue très fort l'envie que tu portes au mérite «de Nathan. pour ce que s'il y avait beaucoup d’entrepri- « ses semblables, le monde, qui est très misérable, devien- « drait bien vite bon. Ton dessein que tu m'as confié sans. « hésiter sera gardé secret; je puis plutôt en cela te donner « conseil que grande aide, et ce conseil est celui-oi : tu peux « voir d'ici à un mille de distance à peu près, un petit bois

« dans lequel Nathan va quasi tous les matins se promener « longlemps seul; là, il te sera facile de le trouver et de « faire à ton plaisir. Si tu le tues, afin de pouvoir retourner « sans empêchement chez toi, Lu t'en iras non par le che- « min que tu as pris pour venir ici, mais par celui que tu « vois sortir du bois à gauche, pour ce que, bien qu’il’ soit

« un peu plus sauvage, il est plus près de chez toi et par- !

« tant plus sûr pour toi. — »

« Après avoir reçu cette information, et quand Nathan l'eut quitté, Mitridanes fit secrètement prévenir ses compagnons qui étaient aussi dans le château, de l'endroit où ils devaient l’attendre. Le lendemain, Nathan, invariable dans ses sentiments, malgré le conseil donné à Mitridanes, et sans rien changer à ses habitudes, s’en alla seul vers le petit

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bois pour y mourir. Mitridanes, s'étant levé, et ayant pris

son arc et son épée, — car il n’avait pas d’autres armes, —monta à cheval, s’en alla droit au bois, et vit de loin Nathan qui se promenait tout seul. Voulant, avant de l’assaillir, le voir et l’entendre parler, il courut vers lui, et, le saisissant par le bandeau qu’il avait sur la tête, il dit : « — Vieillard,

« tu es mort! — » À quoi Nathan ne répondit rien, si ce

n’est : « — Alors, c'est que je l’ai mérité. — » Mitridanes entendant sa voix et le regardant au visage, le reconnut aussitôt pour celui qui l’avait si bien accueilli, qui lui avait courtoisement fait compagnie et l’avait loyalement conseillé ; pour quoi, sa fureur tomba soudain et sa colère se changea en honte. Alors, jetant son épée qu'il avait déjà tirée pour le frapper, il descendit de cheval, courut en pleurant se jeter aux pieds de Nathan, et dit : « — Je reconnais manifeste- « ment votre générosité, très chér père, considérant avec « quelle délicatesse vous êtes venu ici pour me aonner votre « vie, laquelle, bien que je n’en eusse aucune raison, je mo « suis montré à vous-même désireux de vous arracher. Mais « Dieu, plus soucieux que moi de mon devoir, m’a ouvert, « juste au moment où il en était le plus besoin, les yeux de

« l'intelligence, que la méchante envie m'avait fermés. Et

« pour ce, je me reconnais d’autant plus avoir mérité d’être « puni de mon erreur, que vous avez été plus empressé à « me complaire ; prenez donc de moi telle vengeance que « vous jugerez convenable pour mon crime. —»

« Nathan fil relever Mitridanes, le serra tendrement dans ses bras, l’embrassa, et lui dit : «a — Mon fils, il n’est pas « besoin que tu demandes pardon ni que je te pardonne « pour ton entreprise, que tu la veuilles appeler crime ou « autrement, pour ce que tu ne la poursuivais point par haine, « mais afin de pouvoir être tenu pour le meilleur. Vis donc « sans aucune crainte de moi, et sois certain qu'il n’y a per. « sonne que j'aime autant que toi, considérant la grandeur

« de ton Âme qui ne sest point adonn:e à cntasser de l'ar- «gent, comme font les avares, mars à le dénenser. N'aie « point non plus verzoune d'avoir voulu me tuer pour deves nir plus renotmme, et ne crois pas que je m'en étonne. « Les illustres empereurs et Îles plus grands rois n'ont < agrandi leur royaume, et par conséquent leur renommer, « qu'eu crinsovant quasi uniquement l'art de tuer, non pas Un hodtmne comme tu voulais faire, imnais un nombre intini «de gens, qu'en brülant des pays entiers et renversant les e villes; pour quoi, si toi tu as voulu me tuer, moi seule- « ment, pour te rendre plus fameux, tu faisais une chose ni « fort étonnante, ni nouvelle, mais fort habituelle, — »

« Mitridanrs, sans exruser son dessein pervers, mais louant beaucoup l'honnète excuse trouvée par Nathan, en vint à dire, tout en devisant avec lui, qu'il s'émerveillait outre mesure de ce que Nathan eût pu se résoudre à lui ‘Honner le conseil et le moven de le tuer. A quoi Nathan dit : « — Mitridanes, je ne veux pas que tu t’étonnes du conseil « que je t'ai donné ni de ma résolution, pour ce que depuis « que j'ai eu mon libre arbitre et que je me suis résolu à faire « cequetuas toi-mèmeentrepris, personne n'est jamais venu « en ma maison que je n'aie satisfait à sa demande. Tu ves « venu désireux de me prendre la vie; pour quoi, te l'en- « tendant demander, et afin que tu ne fusses pas seul à t'en « aller d'ici sans avoir obtenu ce que tu demandais, je me auis sur-le-champ décidé à te la donner ; et pour que tu

« pusses Ja prendre, je t'ai donné ce conseil que j'ai cru « bon pour que tu eusses ma vie sans risquer de perdre la « tienne ; et pour ce, je te dis encore, et je te prie, si elle ts « fait toujours envie, de la prendre et de te satisfaire toi « mèmeen cela,attendu que je ne crois pas que je ne la puisse « emoloyer mieux. Je m'en suis déjà servi pendant quatre- « vingts ans, et je l'ai employée pour mes plaisirs et mon « contentement ; et je sais que, suivant le cours de la nature, . «ainsi qu'il advient des autres hommes, et généralement « de tout, elle ne m'est laissée que joe peu de temps « désormais. Pour quoi, je crois qu'il est mieux de {a « donner, comme j'ai toujours donné et dépensé mes tre- , sors, que de la vouloir tellement garder qu’elle me soit, « contre mon gré, ôtée par la nature. C’est faire un mince « présent que de donner cent années ; combien donc en est- « ce un moindre de donner les six ou huit ans que j'ai à « vivre ? Prends-la donc, si elle t’agrée, je t’en prie; pour «ce que, pendant tout le temps que j'ai vécu, je n'ai «encore trouvé personne qui l'ait désirée, et je ne sais si « je trouverai jamais qui la veuille, si toi, qui l’as demandée, «tu ne la prends pus. Et si pourtant il arrivait qu'il s'en strouvât un, je reconnais que plus je la garderai, moins

« elle aura de prix; donc, avant qu’elle devienne prus vrie, « prends-la, je t'en prie. -— » : |

« Mitridanes, plein de vergogne, dit: « — A Dieu ne « plaise, non pas seulement: que je sépare de vous une vie « aussi précieuse que la vôtre et que. je la prenne, mais que « j'en conçoive même le désir, comme je le faisais naguère ; « bien loin de diminuer ses années, je l’allongerais volon- «ticrs des miennes. — » A quoi Nathan dit aussitôt : « — Et, si tu veux, tu peux les en allonger en effet, et tu « me feras faire. vis-à-vis de toi ce que je n'ai jamais fait » pour aucun autre, c’est-à-dire prendre de ce qui est à toi, « moi qui jamais n’acceptai rien-d’autrui. — n. « — Oui, — » « dit vivement Mitridanes. « — Donc — dit Nathan — « tu feras comme. je vais te dire : tu resteras, jeune comme « tu es, ici, dans ma maison, et tu t’appelleras Nathan, et « moi, j'irai dans la tienne, et je me ferai désormais « appeler Mitridanes. — » Alors Mitridanes répondit : « — Si je savais aussi bien agir que vous savez et que vous « avez toujours. su, j'accepterais sans: trop hésiter: ce que « vous m'offrez ; mais pour ce.qu’il me paraît très. certain : « que mes œuvres diminueraient la renommée de: Nathan, et « que je n’entends pas gâter chez les autres, ce que je: ne « sais pas arranger pour moi-même, je ne l’accepte: pas. — »

« Après. ces plaisants entretiens entre Nathan. at: Mitridanes, et beaucoup d’autres encore, ils revinrent ensemble au palais, selon qu'il plut à Nathan. Là, Nathan: combla d’honneurs Mitridanes pendant plusieurs. jours, et: avec beaucoup d'esprit et de savoir l’encouragea dans sa grande et noble entreprise. Et Mitridanes voulant s'en retourner chez lui avec sa suite, Nathan lui donna congé après lui avoir fait bien voir qu’il. ne pourrait jamais le surpasser en libéralité.. -— à.

“eszer.Gentile de’ Carisendi, de. retour de Modène, tire: du tombeau où on l'avait enesvelia comme morte, une. dame aimée. de lui. Revenue à elle, cette dame accouche d'un enfant mâle et messer Gentile la rend, elle et l'enfant, à Niccoltuccio Caccianimico, son mari,

Cela sembla, à, tous. chose merveilleuse qu'on fût ainsi libéral de sou propre sang; etils affirmèrent que la générosité de Nzfñan avait vraiment: dépassé celle du roi d’Espagne et celle de l’abbé de Cluny. Mais quand, d’une chose à.une autre, on.en eut assez dit sur ce sujet, le roi, regardant du. côté de Lauretta, lui fit voir qu'il désirait qu’elle contât à

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