‹ Le décasyllabe roman et sa fortune en EuropeChapitre 11 sur 36 · I.TIRNllÉCASYLLABE ITALIEN · texte numérisé non relu

I.TIRNllÉCASYLLABE ITALIEN

des voyelles, devenue de règle entre syllabes atones, s’étend à tous les cas où l’euphonie s’en accommode.

La facilité merveilleuse de contracter et d’unir les mots à volonté les uns aux autres, est encore renforcée par l’usage de la langue poétique, souple entre toutes quand il lui faut se plier aux exigences de la versification. L’accent tonique, on le sait, se soumet chez les auteurs du moyen-âge aux nécessités de la scansion à l’intérieur de la mesure (p. ex. quand Dante fait prononcer Cutnmedia pour Cominédia ) et vers la lin du mètre, quand il transforme ùmile en uinfle et soddisfarà en soddis/âra (i). Le même besoin d'assurer la rime amène un changement de la finale dans chiudessi pour chiudesse (Inf. ix. <>o) et membre pour membra (Inf. xxix, 5l). Les noms propres naturellement sont également modifiés comme Neshirre, Annibâlle. où l'allongement atténue la violence faite à l'accentuation, et l’on trouve IpocrAte pour fp<icrate dans le vers :

Di quel sommo Ipoerâtc ehe natura.

D’ailleurs pareilles licences ne s’expliquent qu'au début de la littérature et les écrivains modernes ne peuvent se les permettre que dans les cas où l'exemple du maître les y autorise. Mais il est d’autres libertés laissées au plus novice des versificateurs et que nous allons énumérer. Elles expliquent pourquoi l’Italie a été de tout temps la terre privilégiée des improvisateurs. grâce à l’aisance avec laquelle on dispose les éléments du vers suivant les exigences du rythme. On peut en effet à son gré donner quatre terminaisons et trois dimensions au même mot, soit nmnrono , amâron, amâro et amdr, le traitant ainsi tour à tour comme un proparoxyton, un paroxyton ou un oxyton et cela sans faire aucunement violence à la langue. C’est que le poète a le droit de raccourcir ses vocables. Il rejette la finale et écrit nté pour rnéglio, é pour egli, imtnago pour immagine (a). Par apocope il substitue rena à arena, dijicio à edijicio (3), tondo à rotondu. Il ne lui est pas moins facile de les allonger, le cas échéant, par

(t) Voyez le vers : « A la ttimanilu tua non soddisfàra. a

(a) Dans Tasse on voit : Amico, liai vinto, io li perdnn, perdons.

(3) Cf. :« Voiler mi purvr un tal dilirio attora » et o (Es) Srnilo lo spirto giii da Ici diviso ».

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l'addition d'une syllabe, d'où die pour di, suso pour su, giuso pour giù, veritade pour vérité ; par l'adjonction d'un préfixe, d’où imperchè pour perché et dans Dante, au lieu de traversando :

Attraversando senza altro sermone ;

par l'insertion, au milieu d'un mot, d'une syllabe supplémentaire, telle que e dans natumlemente à la place de naturaf mente et dans la Divine Comédie :

Siinilcmente il mal semed'Adamo

à la place de similmente. Enfin il lui est loisible de contracter un polysyllabe par l’omission d'une atone suivant l'accent principal, comme dans spirto pour spirito, medesmo pour medesimo ou negghienza pour negligenza, par exemple :

Corne l'uom per negghienza a star si pone. Dante.

et, si l'on veut, la niétathise d'une liquide et d une autre consonne n'otl're pas de difficulté, par exemple, dans drento mis pour dentro, drietu pour dietro ou strupo pour stupro dans :

Fc la vendetta del superbo strupo. — Dante.

La Divine Comédie présente même certaines contractions hardies nécessitées par les besoins de la rime, lorsque s'appoja remplace s' appoggia et orrama onoranza à 1 a fin des vers :

« Ch’é tramortendo dovunque s'appoja » et « Questi chi son c’hanno cotanta orranza. »

Enfin l’auteur pourra séparer un mot composé en ses parties composantes dont la seconde formera rejet au début d’un nouvel hendécasyllabe. C'est ainsi que Dante écrit :

Cosi quelle carole, differente-

inente danzando (Par. XXIV, 16 ).

et de son côté Arioste :

Fece la donna di sua man le sopruvesti a cui l'arme converrian più fine.

(Orl. Fur. XLI, 3a.)

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