‹ Le décasyllabe roman et sa fortune en EuropeChapitre 13 sur 36 · L'ÉCOLE CLASSIQUE ET L’ÉCOLE ROMANTIQUE · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE CLASSIQUE ET L’ÉCOLE ROMANTIQUE

Le décasyllabe roman se montre dans la littérature anglaise plus d’un siècle apres son apparition en Italie. Le D r J. Schipper en signale deux exemples dés la première moitié du xiv siècle, mais au cours de poèmes où d'autres mètres dominent (i). En réalité, il ne fut employé que bien plus tard pour une composition un peu longue, et ce fut Chaucer qui l'introduisit vers 1370-72 dans sa Complej'nte to Pitee. On a étudié avec soin la question des modèles qu'il avait pu suivre et elle semble résolue d'une façon certaine. C'est à son contemporain Guillaume de Machault que le poète a emprunté les couplets à rimes plates, ainsi que la stance de sept vers sur trois rimes, comme l’ont établi M. Sandras et M. Skeat. D’autre part. M. Motherëa complété la démonstration en faisant voir que Chaucer a dû lui prendre le décasyllabe même, puisque celui-ci présente des caractères tout semblables chez l’un et chez l'autre (a). S’il a subi également l'influence italienne, à la suite de ses voyages sur le continent en i 3 ja-j 3 et en 1378-79. cela n'enlève rien, nous le savons, à la structure et à l’origine françaises de sa mesure préférée.

Mais le décasyllabe roman, en traversant la Manche, ne devait

(1) Voir J. Schipper, Englische Metrik, 1881. vol. 1 , p.

(3) J. Motheré, Les Théories du vers héroïque anglais, 1886, p. i 8 - 35 .

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pas, comme en pays latins, trouver place nette devant lui. La littérature qui l'accueillait possédait depuis longtemps une versification traditionnelle dont il aurait à triompher et que nous avons intérêt à examiner de plus près pour savoir sur quels points ils divergent et par quels côtés ils arrivèrent à se rejoindre. L'ancien vers anglais, qui parut revenir en honneur précisément pendant le xiv' siècle, était le vieux vers germanique allitératif partagé en deux hémistiches dont chacun contenait quatre accents et un nombre indéterminé d'atones. Les accents étaient de deux sortes : celui que l’on peut appeler le ton principal (der llauptton, en allemand) et qui portait sur la partie la plus importante du vocable et celui qu'on peut appeler le ton secondaire (der Nebenton)et qui porte sur une partie moins essentielle ou sur une terminaison (i). Prenons un exemple en allemand, où la distinction existe encore. Dans le mot composé Der Hàusvàter, le ton principal est sur le premier composant Haus, qui se fait plus fortement entendre, et le ton secondaire sur le commencement du second composant VA 1er, en sorte que l’ensemble des deux constitue une cascade aeeentuellc allant du plus intense au relativement atone. Il en était de même en anglais au moyen-Age comme le prouve, entre autres choses, la présence à la rime chez Chaucer de hvlng : nôthlng ou de doùghtrên : chtldrén. Mais avec le temps ces accents contigus s'atténuèrent, ou plutôt ils prirent une valeur sensiblement égale au point que dans les termes en question l’accentuation devint ilottunle et dépendit du rythme et du sens de la phrase.

Les conséquences de cette évolution ne tardèrent pas à se faire voir. A l'époque même de Chaucer le sentiment de l'ancienne mesure germanique avait plus ou moins disparu et maint lecteur n'v retrouvait que quatre ou cinq toniques au lieu de huit. De là une confusion inextricable de la versification pendant ce xiv' siècle dans les genres proprement populaires, tels que les moralités et les mystères (a). Mais le fuit de reconnaître un vers de cinq accents

(i) Nous préférons ces expressions à celles d’accent principal et d’accent secondaire réservés au phénomène du rythme naturel binaire que M. G. Paris a mis en lumière dans toutes les langues à base accentue lie. En anglais et en allemand le principe de l’alternance des accents toniques conserve d’ailleurs sa valeur.

(a) Voir à ce sujet l’article de M. A. Schroer sur « A Comedy concerning the Lnwes » de John Baie dans l’Anglin, vol. V. fuscic. i. Nous lui sommes redevables d’une partie des idées exprimées ici.

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