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LE JAPON ET L AMERIQUE LATINE

On sait par l'extension de leurs relations maritimes avec l'Amérique latine quel intérêt les Japonais attachent à ce grand continent.

L'origine de ces rapports remonte essentiellement au début du xx* siècle, époque où les pays anglo-saxons des bords du Pacifique depuis le Canada et les États-Unis jusqu'à l'Australie se fermèrent aux immigrants de race jaune. Chinois et Japonais, L'Amérique latine se montrait plus accueillante aux colons asiatiques ; elle ignorait les préjugés de couleur ; pays jeune, à peine peuplé, ayant besoin de main-d'œuvre, elle sollicitait, au lieu de la craindre, l'arrivée de ces recrues. Un courant d'émigration, encou-

L^EXPANSION DU JAPON l63

ragé par les compagnies de navigation, s'établit entre le Japon et l'Amérique du Sud ; on vit arriver avec plaisir les Japonais auxquels on donna vite la préférence sur les Chinois. Avec la guerre, la question de la main-d'œuvre devînt aiguë ; beaucoup d'Européens retournèrent chez eux et, d'autre part, le flux d'émigrants européens s'arrêta; il fallut combler les vides; on fit appel aux Japonais avec plus de force.

On voit des Japonais dans presque tous les pays de l'Amérique latine *. Détournés des États-Unis par les troubles de Californie, ils arrivaient au Mexique dès 1906 et s'établissaient dans les régions tropicales du Chiapas et de l'istluae de Tehuantepec, La Basse-Californie en possède une petite colonie d'une cinquantaine d'individus employés à la culture du riz. Certains Yankees, qui voient déjà en imagina-* tion leur Californie peuplée, dans un siècle, de plusieurs dizaines de millions de Jaunes, croient que le Mexique se livre aux Japgnais. En réalité, sur tout le Mexique, on ne compte

I. Voir pour l'ayaut-guerre : Lorin, Asie française, I9i4> p. 58-9 ; Labrotie, L'impérialisme japonais, Paris, Delagrave, [i

LE DiCLin DE L BVROPE

} de 3 ooo Japonais, mineurs, journa- :ole3, artisans, pécheurs, commeril n'y a pas dans cette poignée de quoi recruter l'armée de aooooo sol- ;és dont certaine presse américaine a concentration. La Bolivie n'avait eure présente reçu aucun émigrant m 191S, elle négociait l'établisaemeat rs milliers de cultivateurs nippons re en valeur les terres incultes. Au i Japonais sont installés depuis 1899; te époque, il en débarque d'autres aée qui travaillent dans les plantainne k sucre ; le gouvernement leur is avantages particuliers pour le paielalaires, pour l'éducation des enfants a naturalisation. Au Chili, même lent à recevoir les colons japonais; ire, tandis qu'on cherche à limiter ion chinoise ; on les établit sur de laines agricoles; on veut même y »s pécheurs pour les archipels du Sud.

rs le Brésil que se dirige le principal émigration japonaise^. Les premiers

'irai, juillet 191S, p. 39.

l'expansion du japon i65

colons étaient arrivés en 1907 ; d'autres affluèrent bientôt vers les plantations de café, les mines d'or, les champs de riz, les chantiers de chemins de fer. Pendant quelques années, il en vint une dizaine de milliers par an ; toutefois l'Etat de San Paulo ayant dénoncé le contrat qui le liait à deux compagnies d'émigration japonaise, l'afflux se mit à baisser. Mais, pendant la guerre, à la suite du départ de nombreux Allemands qui travaillaient dans les fermes de Rio Grande do Sul, de San Paulo et de Santa Catarina, devant la crise de main-d'œuvre provoquée par la cessation de l'immigration européenne, le Brésil ne vit de salut immédiat que dans l'appel aux Japonais. Les deux gouvernements s'accordèrent pour les encourager ; au Japon l'État donne un subside à tout individu qui émigré au Brésil. Aussi la colonie japonaise du Brésil s'accroît beaucoup ; elle dépasse le chifi^re de 30000 dans l'État de San Paulo, sur les grandes plantations de café. Ouvrier laborieux et sobre, le Japonais travaille deux ou trois ans, puis, avec ses économies, il achète des terres ; plus de A 000 sont ainsi devenus en peu de temps propriétaires fonciers ; cette évolution

u DÉcuir DE l'eubofe

vec l'aide d'une puissante associa' e qui s'est fondée pour le dévelop- ;uUures de canne et de café. Ce is propriétaires japonais qui ont ture du riz dans les terres basses

et qui par leur exemple ont sugde l'entreprendre en grand ; en ponais débarquaient pour collabo- Buvre ; d'autres étaient attendus Jrande do Sul. A ses Noirs, à ses tes Blancs, le Brésil voit s'ajouter ie Jaunes ; elle est, pour le Brésil, util de colonisation. Pour le Japon, noroe d'un mouvement d'échanges X pays et le point d'appui d'une msion économique.

le considère pas en effet ces émi~ e des colons ; il a ses ambitions lais c'est l'Asie qu'elles visent. Ce is ces essaims de travailleurs qu'il s campagnes américaines, ce sont i qui doivent ouvrir la route au ponais et aux marchandises japoompagnies de navigation savent

où les hommes ont pénétré, les

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marchandises tôt ou tard suivront. Depuis longtemps, des diplomates, des industriels, des commerçants viennent du Japon en Amérique latine pour enquêter sur les ressources locales et sonder le terrain économique. Il existe à Tokio une société latino-américaine dont le but est de seconder les études sud-américaines.

Depuis la guerre, une vive poussée se manifeste dans les relations des deux pays. En 191 7, le consul japonais de Rio de Janeiro s'occupait, avec lés Chambres de Commerce portugaise et italienne, d'organiser dans les colonies japonaise, portugaise et italienne une propagande en faveur des marchandises de leurs pays respectifs. Une compagnie japonaise demande à l'État de Rio Grande do Sul la concession de 30 kilomètres de côtes pour établir des pèche» ries. Au Chili, de 1916 à 1918, le commerce à destination ou en provenance du Japon a doublé; des capitalistes japonais y fondent des affaires; une banque japonaise se crée à Valparaiso; au début de 1918, des ingénieurs japonais, de la grande maison Fudukawa, débarquaient à Cabildo pour étudier et acheter des gisements de cuivre. En deux ans, de 19 16 à

I DÉCLIN me l'suropb

1918, les échanges entre Japon et Argentine ont augmenté de joo pour 100.

Malgré la vive allure de ces progrès, il ne faudrait pas exagérer la position du Japon dans l'Amérique du Sud. C'est du grain qui germe, et non une moisson qui se récolte. En 1917, le total du commerce entre le Japon et l'Amérique du Sud ne dépassait pas 35 millions de yen (contre 9 en 1916). Mais il semble que ces chiffres modestes contiennent une menace ; car aux États-Unis on s'en inquiète ; on affecte même de redouter la formation de centres de japonisation et l'on dénonce avec indignation de mystérieuses manœuvres. En réalité, il s'agit surtout de rivalité commerciale, et ce qu'on reproche au Japon, c'est de mettre en échec, sur ,ce terrain d'avenir, le panaméricanisme économique.

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LE JAPON ET LES COLONIES DK l'eUROPE

Parmi les riches colonies qui, dans l'Extrême- Orient et dans les mers du Sud, composent le patrimoine économique de l'Europe, le Japon a

L BXPAHSIOH DU JAPON

noué d'étroites relations. L'Europe, dét de ces pays par la guerre, n'y retrouve position intacte.

L'influence japonaise s'avance dans le britanniques à pas de géant. En 191 1, comptait qu'une trentaine de Japonais ^1 demeure; aujourd'hui, il existe à Boml colonie japonaise assez nombreuse pour derun club. Durantla guerre, deusbaoqu naises se sont fondées à Bombay. On voit 1 nant des naviresjapûnais dans tous les ports de l'Inde; les cargos japonais tr:

taïent, en igia-191 3, 3oooo tonnes entre le et les pays autres que le Japon ; aujoi (igi8-i9i9)ilsen transportent 539000. Qu marchandisesjaponaises, elles arrivaient, an début du siècle, j)resque toute» s bateaux anglais et se répartissaient dane rieur par l'intermédiaire de négociants an hindous, o Aujourd'hui, écritle Times du tembre 1919, 90 pour 100 de ces march:

viennent par navires japonais ; elles soni sées à des maisons japonaises et vendi elles. Même chose pour le commerce d'e tioQ. Pratiquement l'Association des filat

LE DÉCLDI DB l'kL'BOFE

iponais est maîtresse du marché .pour le rut ; on trouve des acheteurs japonais dans ricts ruraux eux-mêmes ; ils égrènent et int eux-mêmes le coton acheté. » D'autre s articles manufacturés du Japon, machi- Jinettes, bière, jouets, cimentgagnentdu lurle marché hindou où ils remplacentles allemands ; les produits envoyés de To- 'Osaka encombrent littéralement les maie Ceylan. Point douloureux à la Grandele, le coton, acheté brut par le Japon, reinufacturé;61é3ettissu8Japonatschaasent lissus britanniques ; sur ce marché sécurppriété britannique depuis l'aurore des iloniaux,leJapon s'avance en conquérant.

!S ces relations du Japon et de l'Inde se i dans l'élan prodigieux des chiffres de tique :

tfMEBCE DU JAPON ET DE L'INDE

(an millignt i» }«il)

■porta tions du JapOD

àaat riadi. . . . 9, A lO ' 101

iportatioDB de l'Iode

an Japon. . . . fi8 160 asS

LEXPAKSIOn DU JAPON I7I

Tant de progrès n'ont été possibles que gr&ce au régime britannique du libre échange. Aussi le Japon proteste d'avance contre les mesun protectionnistes qui se préparent dans l'Empii britannique. Les Chambres de Commerce ni] ponnes ont fait savoir en 1917 que leur pa; entendait ne pas être sacrifié si la Grande-Br tagne concluait avec ses colonies des accords c préférence. Le gouvernement de la Malaisie bi tannique ayant interdit de vendre à des étrai gers les terrains propres k la culture du caou chouc, les planteurs japonais ont réclamé, dar une réunion tenue à Tokio & la ^n de 191' contre cette mesure qui menaçait leur industr: naissante : les concessions japonaises couvraiei déjà alors près de 5oooo hectares, représentai un capital de i5 millions de yen, et leur récoll de 1916 valait un million de yen. A Singapori centre de commerce pour le caoutchouc »

l'étain, le nombre des japonais avait tellemei augmenté au cours de l'année igig qu'on n pouvait' plus s'y loger. Au Siam, les Japonai sont les bienvenus depuis le prestige de leui victoires ; les échanges ont suivi le prestige ; 1 commetre du Siam et dn Japon a doublé d

LE DÉCLIS DK r'EtIROPE

) à igiy; les articles japonais y supplantent articles européens. Aux Philippines, de i À 19171 le commerce japonais (en millions 'en) s'est élevé de 6,7 à 16,8 à l'importation, e 7,3 à i5,3 à l'exportation, irmi les marchés qui sont en train d'échapà l'Europe, il faut placer les Indes néerlanes; sur ce terrain, on assiste à un effort ce de pénétration japonaise. Cet archipel, de la colonie d'exploitation, offre au comce de riches produits à exporter et des gènes nombreux à pourvoir d'articles lufacturéa. Quelle source de fortune pour nation mercantile I Certains Japonais ont le déjà faille réved'une conquête politique; ongent aux antiques liens du Japon avec pays malais ; ils rappellent la colonisation Formose comme un modèle d'entreprise naise en pays tropical ; ils considèrent me un paradoxe qu'un pays d'Europe, aussi t que la Hollande, détienne en Asie d'aussi es et d'aussi' riches territoires, ll-faut reconre que cet impérialisme n'a jamais pris de le concrète dans la politique japonaise. Des juètes économiques sont ici la seule amhi-

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tion des Japonais. Mais, même sous cette forme, leurs progrès ont pu inquiéter les Pays-Bas.

Bien avant la guerre, on professait à TÉcole des Langues de Tokio un cours de malais, langue commerciale de ces parages de rExtrême-Orient. Durant la guerre, on vit se répandre à Java une feuille bi-mensuelle, le Nikkwa, rédigée et imprimée en malais afin d'atteindre les milieux du commerce indigène. Depuis igog, il existe à Batavia un consulat japonais. Des missions japonaises de financiers et de savants sont venues enquêter afin de préparer des entreprises et des placements. Avec la guerre, les communications entre la Hollande et ses colonies se rompirent ; il fallut chercher au commerce de l'Archipel de nouvelles orientations. De igiS à 1917, les importations de la Hollande à Java tombèrent de iiâ,5 millions de florins à 87; celles des États-Unis montèrent de 6 à 47, celles du Japon de 5,5 à ^9. Comme dans l'Inde britannique, les produits japonais conviennent par leur bon marché à ces sociétés de petits paysans qui leur font bon accueil ; le Japon leur fournit bijouterie, tissus, filés, objets de métal, cuirs travaillés et fort exactement copiés sur des

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