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travailleurs noirs. Cette multitude de nouveaux habitants raréfia les logements au point que les Blancs se plaignirent d'être littéralement expulsés de leurs quartiers habituels. De cette concurrence naquit une vive opposition contre les Noirs qui aboutit à des troubles et à des batailles de rues. Les Nègres, fort maltraités, demandent la protection de la loi ; ils réclament la justice et l'égalité. Bien plus, qu'ils soient ouvriers d'usines ou fermiers des champs de coton, ils sentent tout ce que vaut pour la communauté américaine leur collaboration économique; ils demandent une situation matérielle et morale digne de leur fonction dans la cité, de meilleurs logements, de meilleurs salaires, de meilleures écoles; ils prétendent que par leur travail ils ont droit au même niveau de vie que les Blancs. C'est aux Etats-Unis que se trouve donc la zone de contact "brûlant entre les Blancs et les Noirs. Mais elle ne représente pas tout le domaine contesté ; il s'étend encore, aux portes des États-Unis, dans les Indes Occidentales ; les seules Antilles britanniques renferment plus d'un million et demi de Nègres contre cent mille Blancs à peine ; ce sont enfin
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les Nègres qui forment la majorité de la population dans les autres Antilles. Tous ces groupes noirs ne constituent pas encore une masse très cohérente, ni très consciente ; mais tout démontre qu'ils sont solidaires les uns des autres et que c'est pour tous à la fois qu'un jour se réglera le problème de la suprématie des Blancs.
Sur le continent Africain, c'est en Egypte que brûle le plus ardent foyer^ de nationalisme et d'émancipation indigène. Le peuple ég3rptien forme un bloc de treize millions d'habitants, parlant la même langue, assez homogènes pour qu'on n'y puisse plus distinguer les apports de longs siècles d'histoire. Province ou vassale de l'Empire Ottoman, l'Egypte a conquis durantle XIX* siècle la conscience de sa personnalité nationale ; avec son prince indigène, Méhémet Ali, elle était- devenue un pays de civilisation avancée, bien avant que l'Angleterre ne s'y établît en 1882; sous ce règne, la population avait doublé, le commerce sextuplé ; on avait organisé l'instruction publique, préparé des plans d'irrigation, construit le Canal Mahmoudieh, aménagé en partie le port d'Alexandrie,
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donné Fessor aux cultures riches du coton et de la canne à sucre. Plus tard, mais toujours avant 1882, Le Caire, Alexandrie et Port Saïd étaieut devenues des villes modernes ; on avait construit le Canal Ibrahimieh pour l'irrigation de la Haute Egypte et le Canal Ismaïlieh entre le Nil et Suez. Ces œuvres et ces progrès ne permettaient guère qu'on pût considérer TEgypte comme un pays mineur, aussi incapable de se conduire et de produire par lui-même que certains pays de l'Afrique Centrale.
Quand elle occupa l'Egypte en 1882, la Grande- Bretagne voulut surtout s'assurer le contrôle du Canal de Suez qui est la route de l'Inde. Mais, dès le débuts elle proclama le caractère provisoire de cette occupation. Cependant, chaque fois qu'il fut question de l'échéance de son mandat, elle trouva une raison pour en justifier la prolongation. Les Egyptiens n'avaient aucun moyen de contrôle sur sa gestion ; mais les patriotes espéraient un jour l'obtenir. Ils crurent ce moment venu quand la Turquie déclara la guerre à l'Entente; c'était le moment pour l'Egypte de briser les derniers liens qui l'unissaient à l'Empire Ottoman, puis, s'étant rangée
dans la guerre aux côtés de TAngleterre, d'obtenir d'elle la reconnaissance de son indépendance. Au lieu de mettre fin au régime de l'occupation, l'Angleterre l'érigea en un protectorat, rendant ainsi plus directe son autorité sur l'Egypte; les Alliés ont officiellement reconnu ce protectorat ; mais les Egyptiens le repoussent.
Occupation ou protectorat, le régime britannique en Egypte mécontente les indigènes non seulement parce qu'il ne leur laisse aucun droit politique, mais encore parce qu'il oriente la vie économique du pays selon les intérêts britanniques. Deux questions tiennent au cœur des Égyptiens : la question du Soudan et la question du coton ; or, ils croient les voir résoudre contrairement aux intérêts de leur pays, de leur nation, car ils estiment que ce pays .est naûr pour une vie nationale. Aux yeux des Égj'ptiens, le Soudan forme une dépendance naturelle de l'Egypte ; leurs intérêts sont liés; les deux pays se complètent ; la puissance qui domine le Haut-Nil contrôle le régime des eaux du grand fleuve; pour la vie de l'Egypte, il importe que cette puissance soit l'Egypte. A cette solidarité matérielle se joint la communauté de civilisa-
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tion ; les Arabes qui composent la haute classe de la société soudanaise sont delamêni~ — che que ceux qui se sont établis en Égyp c'est l'Angleterre qui détient le Soudan territoire qui était propriété égyptienne, en iSggun condominium anglo-égyptien agit en souveraine. Afin d'assurer l'appro nement en coton du Lancashire qui t trop étroitement des planteurs américaii accroît l'étendue des terres soudanaises s tibles de porter du coton ; cette extenai< sols irrigués peut mettre en péril l'irrigai l'Egypte ; il importe qu'au moins ce péi Burreillé ; seule l'union du Soudan à l'I indépendante peut donner cette garant reste cette union se justifie parlesliensi que les Anglais ont créés entre les deux car c'est avec l'argent du budget égyptiï les Anglais ont payé les opérations mili les chemins de fer et les grands travaux ont entrepris dans le Soudan.
Pendant la guerre, la culture du c connu de mauvais jours ; elle les doit p la politique britanniquequ'àla force desc Pour augmenter les champs de céréales e
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au ravitaillement de l'armée, il fallut réduire les étendues de cotes. En outre, le prix du coton fut fixé de telle manière que le pays fcn souffrit gravement. Au commencement de la guerre, alors que les cours du coton s'effondraient jusqu'à des prix désastreux pour le fellah, l'autorité britannique repoussa des mesures qui auraient pu enrayer la baisse : les filateurs du Lancashire purent alors acheter le coton égyptien à très bas prix. Plus tard, en 1917, alors que la demande mondiale avait rehaussé tes cours, le gouvernement britannique acheta lui-même toute la récolte de coton égyptien à des prix bien inférieurs aux prix cotés en Angleterre: c'étaitencoreunavantagepourle Lancashire. Les cotonniers britanniques avaient déjà, quelques années auparavant, remporté un succès sur l'industrie naissante de l'Egypte : comme une société de filature s'était fondée en Egypte, ses produits furent frappés d'un droit d'accise égal au tarif douanier appliqué aux — *'"'is venant d'Angleterre ; l'entreprise a, comme devaient échouer ailleurs en es pays de suzeraineté britannique les >rises qui menaçaient les débouchés des
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manufacturiers de la métropole. Comme ■ critiquait cette politique, le « Times »
dait : « Od ne peut attendre d'un représ de la reine qu'il soutienne un projet c succès profiterait aux consommateurs tiens, mais nuirait aux manufacturiers an^ Tant qu'elles demeurèrent sur le terrai tique, les revendications nationales de 1'] n'avaient guère ému que la classe cultiva importait au fellah que les hautes foi auxquelles il n'était pas destiné fussent pi toutes occupées par des Anglais. Mais d. pays agricole comme l'Egypte qui vit de 1 et dont la terre est presque tout entière t tée par les indigènes, il est dangereu:
quiéter les intérêts des paysans. La clas!
rienne commence à soupçonner les Hei rattachent la vie quotidienne au régimi tique. Pour la première fois depuis longl on voit les deux classes s'unir dans tes i aspirations. Un groupe de notables demandé l'autorisation de quitter l'Égypt présenter les revendications nationales Conférence de la Paix à Paris, l'autori tannique la lui refusa ; plusieurs memb
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la délégation ayant été arrêtés et exilés à Malte en mars 1919, il y eut des démonstrations qui dégénérèrent en bagarres et en révoltes ; la répression fut dure ; elle n'a pas supprimé la question d*Égypte. D'autres troubles sanglants' eurent lieu à Alexandrie en octobre 19 19, à l'occasion d'une manifestation .contre la mission Milner que le gouvernement britannique envoyait pour enquêter sur les causes des troubles et sur les vœux des Egyptiens. Personne ne peut douter que la question nationale se pose d'une manière aiguë en Egypte ; il ne semble pas qu'on puisse maintenant négliger un mouvement d'opinion qui prend racine dans l'âme d'un peuple.
L'Egypte, qui vit du Nil, n'est qu'un mince sillon d'humanité au milieu des déserts d'Afrique ; par contre, l'Inde est tout un monde. Une révolte de l'Inde qui chasserait les Anglais ébranlerait les fondements de l'Empire britannique ; elle changerait la carte du monde.
L'Inde offre le type de la colonie d'exploitation; terre immense, riche et peuplée, elle représente pour ses maîtres à la fois une fortune et une défense ; c'est par elle vraiment que l'Em-
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pire brîtanaique assure ses destinées ; elle possède les étapes du commerce britannique vers l'Extrême-Orient ; elle donne à la fiotte des points d'appui sur les routes maritimes recrute pour l'armée des légioUa de fier data ; on a TU des contingenta hindous con:
pour la Grande-Bretagne en Chine et ei que australe. Durant la grande guerre, fournit plus d'un million d'hommes don de looooo succombèrent; oo peut di c'est elle qui a conquis la Mésopotai vaincu la Turquie. L'Inde est pour la G Bretagne un énorme marché ; les deux t ses importations viennent d'une origine ] nique; elle fournit seule 5i pour loc production du blé de l'Empire, 68 pour thé, 73 pour 100 du café, la presque tota coton, D'immenaea capitaux britannique engagés dans les mines, les usines, les | tions, les travaux d'irrigation, les rhen; fer de l'Inde ; ils dépassent probableme millions de livres sterling pour lesquels paie des intérêts. L'Inde occupe une arr fonctionnaires britanniques dont elle ass traitements et dont les économies s'e
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chaque année en Grande-Bretagne ; de même elle verse dans les caisses britanniques les intérêts de sa âette publique, les pensions des anciens fonctionnaires, les dépenses métropolitaines de son administration. On évalue à plus de 3o millions de livres sterling par an les sommes que Tlnde paie dans le Royaume-Uni à ses créanciers, à ses actionnaires et à ses fonctionnaires. Encore ignorons-nous ce qu'elle rapporte aux commerçants qui trafiquent avec elle et aux armateurs qui font ses transports. Jamais le terme d'exploitation ne fut mieux appliqué.
Voilà ce que Tlnde représente pour le Royaume-Uni. Que représente le Royaume-Uni pour rinde ? Il n'est pas douteux que la domination britannique n'ait apporté des bienfaits à l'Inde. Ce qui vaut mieux encore, elle a eu l'intention d'être bienfaisante ; elle lutte contre la sécheresse, contre les maladies, contre l'ignorance, contre la pauvreté. Mais cette œuvre de la civilisation européenne laisse intacte l'essence même de la civilisation indigène « Nous sommes portés à croire, dit Vidal de la Blache, que nos chemins de fer, nos industries sont des panacées
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pour transformer les sociétés à a L'expérience indienne prouve le c réalité, lea chemins de fer ont proj:
tement l'influence brahmanique en pèlerinages aisés ; en réalité, la [ à développer l'idée nationale qu racines dans les traditions religieu lité, l'éducation indigène a porté 1'; les vieux monuments de la sagf auxquels on demande la solution de présents. Aussi ce que le peuple d à ses gouvernants, c'est une coni nette de ses droits'. » Dans le méi Charles Dilke écrivait avec clairvo n'est pas la Russie que nous avon pour l'Inde. Mais, par la desti diverses nationalités de l'Hindousti de la centralisation et des chemins avons créé une Inde que nous ne combattre. C'est l'Inde elle-mém' Russie qui est le danger, et notre I la concilier plutôt que de la conqu
I. Vidal de la Blache. Le peupla de l'Inde. A phie, 1906, p. 4Sï-